Chronique d’un psy : A la recherche d’un psy…

Chronique d'un psy :  A la recherche d'un psy...

Que celui qui n’a jamais connu de difficultés lorsqu’il s’agit de devoir renvoyer un patient vers un autre psychologue, me jette la première pierre. Une réflexion au vif sur un sujet qui pose question : le renvoi vers un autre psy.

Cette semaine, pour ne rien vous cacher, un certain inconfort s’est imperceptiblement emparé de mon corps, à l’écoute d’une de mes patientes. Tel un gouvernement en affaires courantes, j’ai tenté de surfer sur les vagues de ces questionnements sans jamais trop y répondre espérant qu’avec le temps, cela se calmerait. Malheureusement, il n’en était rien.

Comment pourrais-je la décrire ? Madame Macchin-Schose (nom d’emprunt) est un petit rayon de soleil dans la grisaille de ma consultation matinale. Une dame posée, instruite, qui a un humour incisif et qui en plus fait de super belles métaphores. Bref, je ne vais pas vous parler de contre-transfert, mais ce qui me paraît évident, c’est que j’ai du mal à décevoir Madame Macchin-Schose. Dans ce contexte, imaginez mon désarroi lorsque celle-ci rentre dans mon cabinet et que sans crier gare, elle me regarde de biais avec cet air qui trahit vaguement une complicité commune en me lançant : « Vous n’auriez pas un psy, pour mon mari ? »

Avant tout, le soulagement. J’ai une patiente qui comprend la nécessité de séparer les suivis, sans que je doive perdre dix minutes à lui expliquer que je ne me sens pas à l’aise avec l’idée de suivre deux personnes qui se connaissent aussi bien et que ce n’est pas une question de place, de prix et que même si elle n’y voit pas d’inconvénient, moi j’en vois un énorme… Bref, jusqu’ici tout va bien avant qu’une vague d’angoisse ne vienne déferler sur mes pensées : il va falloir que je renvoie son mari vers un autre psy.

De fait, on n’a pas forcément envie de perdre la face devant ses patients. Je lui explique donc qu’à l’heure actuelle, il y a des très bonnes adresses qui référencient des psychologues cliniciens diplômés et qu’on peut aisément faire son shopping en ligne, tel un site de rencontres pour y sélectionner l’élu avec qui l’on partagera un petit coin de parapluie thérapeutique. J’ai assez vite compris, face à son regard sceptique qui me renvoyait avec douceur : « Oui, mais vous ne pouvez pas me conseiller quelqu’un ? », que je n’allais pas aussi facilement m’en sortir…

On en arrive alors à des considérations métaphysiques qui flirtent avec la justification… « Ce n’est pas que je ne travaille pas en réseau, mais vous savez pour les psys, c’est plus compliqué. Il n’y a pas de bon ou de mauvais psy, mais juste celui qui conviendra à votre mari ». Bref, plus j’argumente, plus je me rends compte que cela sonne creux et qu’il faut se rendre à l’évidence : renvoyer vers un autre psy, ce n’est pas une sinécure… Si je devais être complètement honnête, j’aurais eu plus de facilités à lui dire clairement chez qui il ne fallait absolument pas aller…

Bref, j’avais envie de lui donner les mêmes adresses que je donne à chaque fois, sachant pertinemment que je peux renvoyer les yeux fermés vers deux ou trois collègues et que l’on va pouvoir collaborer, échanger et faire au mieux dans l’intérêt de nos patients respectifs. Or, je pose la question : pourquoi les psys avec qui j’apprécie de travailler refusent de prendre de nouveaux patients ou ont un agenda bouclé jusqu’en 2018 ?

Enfin, elle n’arrêtait pas d’insister Madame Macchin-Schose. Je me suis senti inutile d’un coup. Est-ce réellement de ma faute si les bons psys sont débordés ? Puis, sur tous les diplômés en psychologie clinique de Belgique, il doit bien y avoir quelques psys compétents, non ? Epris d’un doute que j’ai aussitôt refoulé, je me suis senti comme un touriste fortuné qui lance les dés au casino d’Ostende. Avec un peu de chance, ma patiente tombera sur un double six…

En conclusion, cette semaine, je me sens honteux. Je ne suis pas fier de ce que j’ai fait : j’ai laissé ma patiente filer avec l’adresse d’un confrère qui a toute ma confiance, me disant que vu que son agenda est rempli, c’est lui qui tranchera et prendra la décision de renvoyer son mari vers quelqu’un d’autre, en espérant sincèrement que le courant passe.

T.Persons

[A Lire]

- Chronique d’un Psy : la culpabilité du gréviste
- Chronique d’un psy : une histoire de papier…
- Chronique d’un Psy : une formation sans fin
- Chronique d’un Psy : le professionnel du futur ...
- Chronique d’un psy : derrière le spectre du stéréotype
- Chronique d’un psy : le juste barème
- Chronique d’un psy : un sacré coup de pub !
- Chronique d’un psy : sous la loupe des médias
- Chronique d’un psy : l’utopie du pluridisciplinaire
- Chronique d’un psy : face à l’horreur
- Chronique d’un psy : combien tu prends ?
- Chronique d’un psy : l’art de poser un lapin thérapeutique
- Chronique d’un psy : tout est une question de taille...
- Chronique d’un psy : la chasse est ouverte !
- Chronique d’un psy : pour la gratuité du travail psy
- Chronique d’un psy : le règne du docteur



Ajouter un commentaire à l'article




Pour votre facilité, ce site utilise les cookies conformément à nos conditions générales.