Chronique d’un psy : l’utopie du pluridisciplinaire

Chronique d'un psy : l'utopie du pluridisciplinaire

Parce que l’on nous rabâche sans cesse les vertus du pluridisciplinaire et que l’on part du principe qu’il s’agit de quelque chose d’acquis et d’élaboré, j’ai décidé de me pencher un peu plus sur le rôle des psy dans la pluridisciplinarité d’une institution.

Cette semaine, j’ai fait un rêve. Je me suis laissé aller à imaginer un doux monde où tous les membres d’une même institution pourraient danser main dans la main, sans distinction de diplôme, de salaire ou de tenue vestimentaire, en se liant d’une étreinte confraternelle pour finalement se réunir autour d’une seule et même personne : le patient.

« Non, mais ça existe, en vrai » m’a renvoyé mon amour de collègue devant notre jatte de café matinale nauséabonde, propre à toute grande institution qui se respecte. On appelle ça « le pluridisciplinaire ». Ça existe en Belgique, vraiment, lui ai-je demandé ? « Oui, c’est même censé être une norme ». Devant cette formidable découverte, je n’ai pas pu m’empêcher d’aller trouver un des grands manitous de mon institution, pour lui parler de ce concept révolutionnaire et de comment le mettre en place le plus vite possible. Je dois le confesser, j’ai été surpris face à sa réponse on ne peut plus pragmatique : « Vous existez, donc, on fait du pluridisciplinaire, non ? ».

Après mûre réflexion, je me suis posé une pléthore de questions. Peut-on placarder partout dans son institution que l’on fait du pluridisciplinaire parce que l’équipe compte des paramédicaux ? A-t-on réellement compris le principe ? Est-ce un magnifique coup de publicité ? Le pluridisciplinaire est-il à l’institution ce que l’AOP est au vin, c’est-à-dire, un prétexte de qualité pour vendre plus cher ? Rien n’en est moins sûr. Pourtant, je peux comprendre les détracteurs qui me renvoient clairement que cette vision des choses est utopique. Certes, on est déjà pressé comme des citrons, il faut être rentable. Je peux réellement entendre que bloquer du temps pour faire des réunions et discuter collégialement de patients, ce n’est pas forcément gérable, mais dans ce contexte, doit-on fièrement estampiller que l’on travaille en équipe ? Non.

Bref, c’est en rediscutant avec ma collègue qu’une remise en question s’est imposée. Oui, je crache ouvertement sur mon institution parce qu’elle n’est pas fichue de faire collaborer médecins et paramédicaux de concert, mais en même temps, qu’ai-je fait de mon côté pour que cela soit mis en place ? Rien. J’en prends petit à petit conscience : le pluridisciplinaire absolu est une utopie, mais d’une certaine manière, j’ai le sentiment que bon nombre de psys, moi le premier, ne font pas grand chose pour que cela puisse devenir une ébauche de réalité.

En sirotant mon café, toujours en compagnie de ma charmante collègue, je me suis dit que finalement, j’avais un rôle à jouer et je lui ai fièrement dit : Renée, je crois que les psy, c’est comme le café en institution. « C’est-à-dire ? Pas cher et de piètre qualité ? ». Non, Renée… Je pense qu’en effet, comme le café, on est présent dans l’institution. Il n’est pas génial le café, il donne parfois mal au ventre, on aimerait bien parfois s’en passer mais derrière sa capacité à maintenir en alerte, je crois qu’il est nécessaire. De fait, dans toute institution, les gens ont cette capacité à se connecter autour d’une machine à café. Et si c’était le rôle, certes ingrat, mais tellement important, du psy ? Lier les gens entre eux pour qu’ils communiquent ?

En conclusion, cette semaine, j’ai invité toute l’équipe à nous rejoindre ma collègue et moi, autour d’une tasse, de manière complètement anodine. Je vais vous l’avouer, le temps d’un instant fragile, j’ai cru voir tomber les rôles de chacun et me retrouver dans mon magnifique rêve. C’était parfait et je compte bien réitérer l’expérience, en espérant que la prochaine fois, on puisse néanmoins parler de nos patients…

T.Persons

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