Chronique d’un psy : le professionnel du futur…

Chronique d'un psy : le professionnel du futur...

Face à l’éclosion d’une série de professionnels qui enfilent la casquette de coach, il est important de s’interroger sur un point qui dérange : que fait-on du passé quand on s’intéresse au futur ?

Cette semaine, je croyais que rien ne pourrait tarir la source de mon profond soulagement : entre un refus de l’extrême droite en France et l’annonce du retour du soleil en Belgique, j’en étais arrivé à laisser mes gouttes de Lysanxia à la maison, jusqu’à cette consultation de milieu de semaine où ma patiente de 15 heures m’annonça d’une manière assez abrupte qu’elle allait en parallèle prendre rendez-vous avec un coach…

En quoi est-ce une mauvaise nouvelle, me direz vous ? A priori, cela n’en est pas une… Après tout, si ma patiente estime que c’est ce qu’il lui faut, elle est libre de consulter un autre professionnel de la santé qui a des compétences que je n’ai peut-être pas. Partant d’une volonté de comprendre comment ma patiente comptait nous faire rentrer tous les deux dans son cadre thérapeutique, je me permis de la questionner sur ce qu’allait lui apporter le coaching. Ce à quoi elle me répondit : « On m’a dit que vous, les psys, vous vous occupez du passé, alors qu’un coach, lui, va se soucier de mon futur ».

Interloqué, je me mis à investiguer un peu plus profondément les propos de ma patiente. D’où vient ce joli stéréotype ? En quoi le psy est-il confiné au passé ? Et puis, c’est qui ce coach qui va certainement mettre beaucoup de désillusions dans la tête de ma patiente, lui faisant croire qu’on peut balayer le passé aussi facilement ? Tentant de ne pas être trop dans un questionnement intempestif, je menai néanmoins ma petite enquête. J’ai bien entendu le cri de désespoir de ma patiente et je lui ai renvoyé que si j’avais une baguette magique, j’effacerais volontiers tous les aspects négatifs de son passé, mais que malheureusement on ne peut que travailler ensemble pour le rendre moins douloureux… Rien n’y fit, elle sembla décidée à laisser une tierce personne tracer le boulevard de son futur.

Après avoir pris soin de noter les coordonnées du coach de ma patiente, je m’apprêtais forcément à une joute verbale intense en composant le numéro de téléphone de mon correspondant. Il n’en fut rien. Moi qui m’attendais à renvoyer qu’il était inadmissible de bourrer le crâne de nos patients avec une image aussi désuète du psychologue, je fus surpris. De fait, après avoir pris une inspiration profonde, j’ai commencé mon argumentation en douze points en passant par le fait qu’il était bien loin le temps où l’on ne consultait que sur un canapé dos au psy et où il était à peu prêt tolérable d’avoir une aventure avec ses patientes. J’insistai avec gravité sur un point : nous confiner à cette image était outrancier. Pourtant, celle-ci me répondit calmement qu’elle était tout à fait d’accord avec moi. En effet, ma collègue n’était pas psychologue, mais l’assumait complètement. Elle me rétorqua qu’elle ne voulait pas faire de travail thérapeutique, mais uniquement se cantonner à des conseils de vie, à une organisation qui conviendrait mieux à ma patiente. On est donc facilement arrivés à se comprendre, nos visions étaient complémentaires ou, en tous cas, elle ne venait pas intervenir dans mon travail thérapeutique et était consciente que le passé restera toujours gravé quelque part. Quant aux désillusions de ma patiente, la coach m’annonça clairement la couleur : « C’est vous, le psy. »

Bref, quand une situation s’éclaircit, il est plus facile de travailler conjointement. Que l’on se le dise, je n’ai rien contre les coachs qui fleurissent aussi vite que les plaques de psychothérapeutes disparaissent. Tant que l’on annonce ce que l’on fait d’une manière transparente et que l’on communique clairement la formation que l’on a suivie, il n’y a rien d’ahurissant à pratiquer l’art du coaching. Là où je bondis, c’est lorsqu’on va opposer des pratiques. En effet, j’ai du mal à comprendre le clivage entre coaching et psychothérapie ? Parce que malgré tout ce ramdam, j’ai l’impression que ma patiente y trouvera de la complémentarité…

En conclusion, cette semaine, j’ai donc décidé de m’intéresser d’un peu plus prêt au coaching. En dehors du fait qu’il faut, dans la plupart des cas, vendre un de ses reins au marché noir pour financer son minerval, j’y ai trouvé des concepts que je pourrais aisément mettre dans ma boîte à outils. Pour le reste, faut-il s’interroger sur l’appétence du psy pour le passé ? Il est possible que certains de mes collègues y soient peut-être un peu trop attachés. Faut-il en faire fi ? Non, pardi ! Toute cette histoire n’est-elle pas un joli argument pour détourner notre patientèle vers des coachs labélisés « horizon futur » ? Certainement, et cela doit être absolument recadré, parce qu’après tout, j’aimerais également regarder le futur sans devoir avoir accès à mon anxiolytique préféré !

T. Persons

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Commentaires - 1 message
  • Il existe déjà des psychothérapeutes résolument orientés vers le futur, ceux qui pratiquent la thérapie brève ;-)

    parker vendredi 12 mai 2017 10:13

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