Chronique d’un psy : mea Culpa

Chronique d'un psy : mea Culpa

Dans un monde où le sérieux l’emporte sur la légèreté, je m’interroge sur la capacité de certains de mes collègues à faire la part des choses entre le premier et le second degré. Attention : ceci n’est pas de l’humour !

Cette semaine, je me sens rongé par des sentiments forts, empreints de culpabilité accompagnés d’une estime de soi en dessous de tout. De fait, il m’est apparu évident qu’il fallait, pour le bien-être de ma santé mentale que je m’incline face aux Zola des temps modernes qui accusent aussi vite qu’un politicien ne se justifie face à ce qu’il estime être une insoutenable calomnie. Je le concède, mes chroniques sont piquantes, cruelles, complètement ambivalentes et ne rendent grâce qu’à l’infâme auteur à l’humour plus que douteux que je suis. Pour tout cela, je vous demande pardon mille fois.

Tant qu’à y être, j’ai le sentiment qu’il faudrait creuser un peu plus loin. Soyons transparents, quitte à enlever la magie qui mystifie, j’en suis persuadé, ces quelques lignes. Il y a quelque chose qui me dérange dans ma profession de psychologue clinicien : l’impression que pour un métier qui se base essentiellement sur les mots, une certaine partie des praticiens de la parole manque cruellement de ce que je qualifierais de « second degré ». Loin de moi l’idée de traiter l’ensemble de mes confrères de psychotiques, mais l’expérience de mes quelques chroniques m’a alarmé sur le fait que pour parler du travail psychologique, on se doit d’être foncièrement sérieux, pour ne pas dire profondément ennuyeux. Bref, sourions, il s’agit d’humour. En résumé, je n’ai pas de collègue qui s’appelle Renée. Je n’instrumentalise pas mes stagiaires. J’ai un égo démesuré, certes, mais qui ne rend pas encore hommage au nombrilisme de mon personnage. Je suis généralement bienveillant avec mes patients. Aucun d’entre eux n’a jamais voulu repeindre ma salle d’attente.

Loin de moi l’idée de vouloir me justifier, je pense en effet qu’une certaine mise au point s’impose. Donc, amis psychanalystes, je ne suis pas de votre obédience, mais je vous le promets, je viens en paix. J’ai un profond respect pour la plupart d’entre vous, ceux qui arrivent de par leur sagesse à sortir de cet horrible carcan qui les fait tourner en rond et qui, par la fougue de leur intelligence, arrivent à s’ouvrir à un monde moderne tout en quittant leur poussiéreuse tour d’ivoire. Concernant les autres, je vous invite librement à polluer les commentaires de cet article, car malheureusement, je n’ai pas fini de vous traiter de protozoaires, moule à gaufres et autres insultes que je partage avec mon ami le capitaine Haddock. En effet, je refuse de faire de vous les Netanyahou de la psychologie et de vous offrir ce statut d’intouchable sous peine d’être traité de tous les noms, quitte à me faire le porte-parole éphémère de tous les psychologues qui en ont marre de devoir lutter face à un front dogmatique qui, pour moi ne s’apparente ni plus ni moins qu’à du lobbying.

Enfin, aux adeptes des théories conspirationnistes qui verraient en moi un neo-Onfray au service du mal qui abuserait de sa position pour salir tonton Sigmund, j’ai envie de renvoyer ceci : j’aimerais vraiment que l’on sorte de cette pensée unique où seules les personnes ayant subi une psychanalyse auraient le droit de circoncire le Père ou d’en faire simplement la critique. Accepter que l’on puisse avoir un savoir-faire différent ne peut être que bénéfique pour la pratique de chacun d’entre nous. Et puis, entre nous, même Freud délaissait de temps à autre l’association libre pour l’hypnose.

En conclusion, cette semaine, j’ai décidé de m’attendre au pire, afin d’avoir l’agréable surprise de me rendre compte qu’une quantité non négligeable des professionnels de la santé mentale ont une capacité à prendre du recul, à penser les mots différemment, et surtout, à faire la part des choses entre la critique, l’humour, le cynisme, l’ironie, le respect et la liberté de penser…

T. Persons



Commentaires - 2 messages
  • C'est dommage que vous deviez vous justifier de votre chronique et ton humoristique. Personnellement, votre chronique est une bulle d'air dans ma semaine, elle tourne en dérision des situations que je rencontre régulièrement, des réflexions personnelles. Elle permet justement aussi de prendre de la distance. Un tout grand merci en tout cas. Virginie.

    vigenicot vendredi 14 avril 2017 12:21
  • Je partage tout à fait l'avis de Virginie et continuerai à vous lire avec beaucoup de plaisir. Merci à vous pour cette chronique qui clarifie les choses avec beaucoup de légèreté et d'humour. A vous lire. Quentin

    Quentin Vassart dimanche 16 avril 2017 20:19

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