Chronique d’un psy : un sacré coup de pub !

Chronique d'un psy : un sacré coup de pub !

Dans un monde où la consommation est guidée par le marketing ciblé, je m’interroge sur la question de la publicité chez les psychologues cliniciens.

Cette semaine, disons-le franchement : je m’ennuie… Les beaux jours reviennent, signifiant que certains de mes patients m’abandonneront, préférant les joies du bonheur en plein air à mon fauteuil brun tout rabougri… Bref, il faut vaquer à d’autres occupations, être créatif pour combler le temps. De ce fait, avec ma collègue, on a trouvé un jeu bien sympathique : visiter le forum d’un célèbre annuaire regroupant des professionnels de la santé mentale pour y découvrir une meute de psychologues affamés, affûtés comme jamais, prêts à répondre au premier appel à l’aide d’un pauvre quidam en mal de reconnaissance qui n’a pas trouvé mieux que de faire la chasse au meilleur psy, en faisant l’étalage de son mal-être incommensurable.

Soyons clairs, le voyeurisme, c’est mal. Rigoler de l’escalade argumentaire entre différents psys en recherche de potentiels patients, c’est assez petit, mais c’est réellement divertissant. Chacun y va de sa pique : « Oui, mais moi je peux mieux vous aider avec telle formation ». « Certainement, mais contrairement à ma collègue, moi, je consulte à 10 minutes de chez vous ». « Encore mieux, votre serviteur prend moins cher que sa consœur et si vous venez chez lui, il peut vous offrir le thé ou le café et la dixième séance gratuite ».

Après une bonne tranche de rire bien méritée, ma collègue s’est permise de m’interloquer sur une réflexion qui la prenait : « Tout ça est-il bien légal ? Peut-on réellement faire de la publicité quand on est psy ? Elle est où la limite ? » Je n’en sais rien, ma Renée, lui ai-je dit, il y aura certainement bien un quelconque rédacteur fiable qui pourra t’éclairer en pondant un article sur le sujet en question dans le Guide Social, non ?

Spontanément, après avoir essayé de comprendre notre Code de déontologie, on s’est dit que de fait, c’était un peu ambigu… On était bien d’accord que faire des coupons de réduction, ça passait mal. On était même unanimes concernant les pancartes tirées par un petit avion le long de la côte. Après, je vous l’accorde, on s’est un peu emmêlé les pinceaux… Peut-on déposer nos cartes de visite ? De prime abord, sur le bureau d’un médecin traitant : oui ; à la caisse du supermarché : non. Et dans les pharmacies ? A côté du Sipralexa et du Xanax ? Non ? Dans les bars ? C’est limite ? Ça devient vite complexe cette histoire…

Passons les cartes de visite, parlons d’un outil de notre temps : internet. Renée m’a d’emblée attaqué d’un crochet subtil du gauche : « Mais t’as un site internet, toi ! Ce n’est pas légal, c’est de la publicité ! » Je lui ai donc subtilement rétorqué que je vivais avec mon temps et que pour moi c’était l’équivalent d’une carte de visite, mais que de toute façon, elle ferait mieux de se taire vu que de son côté, elle envoyait tous les six mois une lettre à tous les médecins traitant de la région. C’est pas du marketing téléguidé, ça ? Bref, on s’est âprement bouffé le museau pour découvrir qui était le plus pourri d’entre nous, jusqu’à se rendre compte d’une chose : finalement, que l’on appelle cela de la publicité, du marketing, de l’information libre, du bouche à oreille ou une bouteille envoyée innocemment à la mer, tous les psys qui travaillent un tant soit peu en libéral sont confrontés à ce constat : il faut manger pour vivre, il faut des cabinets bien remplis, il faut faire signifier au monde extérieur que l’on existe et que l’on est compétent.

J’entends bien venir les critiques, il faudrait quand même préciser un peu plus ce que l’on peut faire ou ne pas faire. Sanctionner les psys qui fonctionneraient comme des panneaux publicitaires ? C’est une idée. Après, il y aura toujours des aigrefins suffisamment malins pour jouer avec la limite. Par exemple, un confrère qui ferait paraître une annonce dans un journal local où il renverrait simplement les dates de ses congés ne serait-il pas en train de faire un joli coup marketing, signifiant qu’il existe et qu’il consulte dans la région ? Serait-ce intentionnel et donc répréhensible ? A nouveau, j’ai l’impression que plus on tentera d’éclaircir le cadre et ses limites, plus celui-ci pourrait devenir flou. Faut-il donc laisser le choix au patient de se sentir à l’aise avec un psy qui fonctionne de cette manière ? Cela me paraît également pertinent…

En conclusion, cette semaine, j’ai mis mon site internet à jour, tentant de le rendre le plus sobre possible de sorte à ce qu’il ne soit finalement pas efficace… Devant ce paradoxe, je me suis fait cette réflexion : il y a un réel décalage entre la relation d’aide et la publicité. C’est vraiment moche de devoir rentrer dans ce jeu immonde du marketing pour pouvoir survivre… En attendant un éclaircissement, rien ne nous empêche de le faire avec un minimum de sérieux, de classe et de respect des autres, en évitant de se crêper le chignon sur tous les forums d’aide psychologique de Belgique, par exemple.

T. Persons

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Commentaires - 1 message
  • Bonjour,

    Un petit point, je pense que vous vous êtes un peu emmêlé les pinceaux au niveau de la déontologie. La publicité est bien légale mais pas le démarchage (Voir sur le site de la commission : "Qu'est-ce qui est permis en termes de publicité?). Donc les cartes de visite, que ce soit chez le médecin ou le pharmacien ne causent à priori pas de problème... Ni les sites internet ou pages facebook puisque vous n'allez pas chercher le client de manière directe et personnelle.

    Par contre, en ce qui concerne le fameux site dont il-ne-faut-pas-citer-le-nom, j'ai pu observer la même chose que vous et ceci m'a mis très mal à l'aise... La déontologie y est bafouée que ce soit en ce qui concerne le démarchage voire dénigrement des confrères...

    Elolo lundi 24 avril 2017 10:30

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