Chronique d’un psy : une formation sans fin

Chronique d'un psy : une formation sans fin

Un tour d’horizon s’impose sur un aspect que l’on aborde que trop dans notre pratique professionnelle : le devoir de la formation continue.

Cette semaine, je suis d’humeur à aimer tout un chacun, peu m’importe qu’il soit un piètre comportementaliste protocolaire, un grossier humaniste déshumanisant, voire un vieux psychanalyste rétrograde. De fait, je suis prêt à jouter avec le monde entier, rien ne peut m’atteindre : les beaux jours reviennent et je vais pouvoir en profiter tout le week-end, car je suis … en formation.

Je dois vous le confesser, je fais partie de ces psys qui consomment des formations à tour de bras, qu’elles soient longues, courtes, certifiées universitaires ou données dans une cave d’abbaye au fin fond de la Wallonie. J’ai fait vœu de formation continue et je pense foncièrement que c’est l’essence même du métier de psychologue que d’enfoncer le clou de la connaissance et du savoir-faire tout au long de sa carrière professionnelle.

Convaincu de mes idéaux, j’ai parcouru ma semaine avec panache jusqu’à ce qu’une de mes collègues vienne me cueillir à froid en me taxant d’addict aux formations sous prétexte qu’elle ne l’est vraiment pas du tout. Je peux entendre l’argument de ma consœur qui me reproche un manque de pertinence à vouloir me former à trop d’outils forts différents, quoique complémentaires. Néanmoins je ne peux m’empêcher de lui rétorquer subtilement que j’ai du mal à encaisser les critiques venant d’une professionnelle dont la dernière formation date du temps où Jean-Luc Dehaene était encore premier ministre…

S’ensuit donc une intense discussion mettant en lumière ses raisons invoquées pour ne plus se former. Celle-ci me reprochera de ne pas avoir d’enfants, qu’avec une descendance, c’est impossible de s’éclipser le week-end. Elle me dira également que l’on fait un métier dur et qu’il faut se ressourcer en sortant des sentiers du travail. Ma collègue brandira avec ténacité l’argument qu’elle est supervisée une fois tous les deux mois et que ça rentre dans le budget formation pour enfin arriver à la conclusion que je suis un problème parce qu’avec mes manies à vouloir me former sans cesse, je fais passer mes collègues pour des incompétents démotivés.

Il est clair que certains arguments de ma collègue sont criants de vérité et qu’ils mettent en exergue les difficultés qui sont les siennes : je peux aisément comprendre qu’il est plus facile de se libérer un week-end de formation lorsque l’on n’a personne à sa charge, même si, pour son cas, ses enfants sont majeurs. Malheureusement, j’ai l’intime conviction qu’à l’heure actuelle, pour continuer à être un professionnel dans son temps, il est plus que nécessaire de se former, d’aller en supervision, d’échanger, de lire et de s’abreuver de connaissances, mais vient alors un argument de poids : suivre des formations, cela coûte cher.

En dehors de certains psys indépendants qui pourraient arriver à faire rentrer leurs formations dans leurs frais professionnels, force est de constater qu’il faut soit compter sur un employeur concerné, compréhensif et généreux, soit se faire une raison et créer une tirelire formations. Dans tous les cas, se former est malheureusement devenu un combat de tous les jours avec des tas d’embûches et de bonnes raisons pour négliger ce devoir qui nous incombe... Que l’on se comprenne bien, je ne suis pas en train de défendre ma collègue qui n’ira pas en formation, même si c’est gratuit, même si c’est hyper intéressant et que cela tombe durant ses heures de travail, parce que : « C’est quand même à 60 bornes de chez moi, qui va payer les frais de déplacement ? »

En conclusion, je ne suis pas fier de moi de mettre en avant mon stéréotype de collègue fictive alors que des tas de professionnels bien réels tentent tant bien que mal de trouver un équilibre entre leur profession et leur vie privée tout en se ménageant des temps de formations. Et puis, si vous faites partie des personnes qui ne se forment pas suffisamment, j’ai un argument de poids : Formez-vous ! De toute façon, en Belgique, le week-end, il pleut…

T. Persons

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