De l’utilité des projets pilotes dans le paysage institutionnel

De l'utilité des projets pilotes dans le paysage institutionnel

A quoi sert un projet dit « pilote » ? Que démontre-t-il ? Quelles sont les conditions de son évolution vers une pratique institutionnelle plus généralisée ? Avec quelle soutenabilité financière ?

Le projet « pilote » traduit la volonté de vérifier quelque chose à petite échelle avant d’en étendre davantage l’usage. La démarche est très intéressante mais présente néanmoins quelques écueils. Le danger majeur serait d’en faire une manière de faire en soi, qui se suffit à elle-même, et de créer ainsi des « bulles » de soin, dont les enseignements ne seront jamais utilisés pour le plus grand nombre. Dans un monde où les budgets sont sans cesse réduits, le projet pilote ne doit pas devenir un arbre qui cache la forêt.

Les avantages

Ces initiatives sont souvent créatives et innovantes. De plus, elles prennent place directement sur le terrain et sont souvent menées par des praticiens possédant une grande expertise et une vaste expérience. Elles permettent ainsi l’élaboration de recommandations particulières pour la prise en charge et le traitement des patients. Les projets pilotes sont de véritables laboratoires pour explorer cliniquement et mettre à l’épreuve sur le plan pratique certaines prises en charge. Et c’est précieux !

Les inconvénients pour le patient

Il faut pourtant reconnaître que quelques écueils peuvent affaiblir la démarche. Les visées de recherche, par exemple, impliquent parfois l’obligation pour le patient de répondre à une foule de questionnaires, d’être filmé ou enregistré, et de voir sa prise en charge accompagnée de toutes sortes d’intrusions, petites ou grandes, qui peuvent être mal vécues. Le danger est évidemment qu’il se sente dès lors davantage « objet d’observation » que « sujet d’une prise en charge ».

Répondre à tout prix aux critères

Souvent réservés aux institutions, les appels à projet peuvent grandement influencer ces dernières qui, pour obtenir le financement attendu, vont parfois « tordre » leurs projets pour qu’ils correspondent aux attentes subsidiées. De plus, ce financement permettra de mettre en place des prises en charge très adéquates le temps de la subvention mais complètement impossibles à généraliser par la suite, faute de moyens. Enfin, certaines initiatives pourront démontrer leur efficacité mais, sans l’inscription institutionnelle indispensable à leur pérennité, elles resteront lettre morte par la suite.

Qui l’initie ?

Le projet pilote peut susciter l’intérêt des médias ou du politique sur une problématique particulière. Souvent, ce sera le contraire : ce seront les dirigeants politiques eux-mêmes qui initieront la démarche par des appels à projets centrés sur les contextes ou les pratiques qu’ils désirent mettre à l’étude. Il en sera de même pour les associations offrant quelque financement : elles orienteront la démarche vers les sujets ou les méthodes qui leur tiennent à cœur.

Le projet pilote, pour le pire et le meilleur

Le projet pilote montre souvent de très belles initiatives, il encourage la créativité dans le soin psychique et propose une judicieuse mise en œuvre, prudente et concrète, à partir du terrain. Pour être véritablement utile, il doit cependant tenir compte des réalités pragmatiques et financières pour sa possible généralisation. L’inscription de l’expérience au sein de l’institution qui l’accueille est également indispensable. Enfin, le projet pilote doit tendre vers sa généralisation sans quoi il ne sera qu’une façon de se donner bonne conscience, par la prise en charge de quelques-uns parmi tant d’autres.

Le principe

Le principe du projet pilote s’appuie sur une dynamique « bottom-up ». Il s’agit donc de modéliser des processus en les expérimentant sur le terrain plutôt que de les construire sur base de modèles théoriques abstraits. Cette expérimentation à petite échelle permettra ensuite, si l’évaluation qui s’ensuit est favorable, de les mettre en œuvre à plus grande échelle.

Le cadre

Que cette expérimentation de terrain concerne une innovation pure, dans le domaine du soin, ou qu’il s’agisse plutôt d’affiner des façons de faire déjà en usage, ce type de projet propose toujours une exploration cadrée d’une certaine nouveauté. L’initiative s’appuie souvent sur une collaboration de plusieurs centres. Elle mêle fréquemment une visée de recherche (expérimenter une méthode, vérifier une hypothèse), une visée clinique (améliorer la prise en charge) et une visée plus pragmatique (démontrer la faisabilité technique et financière de l’expérience).

DB, psychologue

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