Fin du plan hivernal, comme si tout s'arrêtait au printemps

Fin du plan hivernal, comme si tout s'arrêtait au printemps

Ce 21 mars 2017, le plan hivernal prend fin. Les subsides supplémentaires permettent d’offrir une offre améliorée aux personnes fragilisées et fortement précarisées. Si le plan hivernal est un soutien pour les ASBL, une fois fini, le travail et les accompagnements ne s’arrêtent pas pour autant.

Le plan hivernal prend fin une fois de plus. Si ce plan permet d’améliorer et/ou d’agrandir l’offre pour les personnes isolées, précarisées, fragilisées et/ou marginalisées, il ne faut pas oublier qu’à cette période la demande augmente elle aussi. De plus, lorsque les subsides s’arrêtent avec le plan hivernal, les ASBL doivent soit mettre fin à leur programme hivernal, soit trouver une nouvelle source de subsides, soit continuer sur fonds propres ou en sus d’un travail déjà conséquent.

Un subside supplémentaire pour un besoin supplémentaire

J’entends souvent des personnes dire que « Le plan hivernal c’est quand même une bonne chose, que ça fait un plus pour les ASBL ». Je n’en suis pas si sûr. Le plan hivernal vient partiellement couvrir la nécessité de combler les besoins primaires des personnes. Sauf que durant l’hiver, ces besoins explosent. Il devient nécessaire de manger plus régulièrement, de trouver un abri pour la nuit et même pour la journée. Le plan hivernal ne prend pas en compte le fait que l’hiver soit une période plus difficile psychologiquement. Ce sont les travailleurs de terrain et leurs ASBL qui doivent accompagner des personnes qui, une fois les besoins élémentaires comblés, se retrouvent face à leur souffrance, leurs angoisses et leur solitude.

Quand le subside s’arrête, les besoins restent

Lorsque le plan hivernal prend fin, de nombreuses ASBL et travailleurs ont tissé des liens, mis en place des projets, lancé des accompagnements. Tout cela à un coût pour les ASBL et si elles désirent prolonger leur offre, elles doivent trouver une nouvelle source de subsides. A défaut, elles doivent prendre sur leurs fonds propres ou augmenter la charge de travail ou encore sacrifier une autre action. Dans tous les cas, c’est à nouveau aux professionnels que revient la charge de pallier les insuffisances de l’état et lorsque ces professionnels interpellent les pouvoirs subsidiant, on leur répond, plus ou moins explicitement, de ne pas mordre la main qui les nourrit. Je pense qu’il est infâme de créer une tension entre les revendications des travailleurs et leur besoin d’être financés.

Les travailleurs en mauvaise posture

N’oublions pas non plus qu’à la fin du plan hivernal, c’est aux travailleurs d’annoncer qu’accompagnements, distributions et hébergements cessent. C’est un état de fait qui peut être gravement dommageable à la relation de confiance entre les personnes et les travailleurs. À plus forte raison, le travailleur symbolise la société aux yeux des personnes et la rupture se (re)fait donc aussi entre la personne et la société dans son ensemble. Non seulement cette rupture entraîne souffrance et mal-être pour la personne qui ne peut plus satisfaire à ses besoins, mais en plus, cela cause aussi du mal-être pour les travailleurs qui se retrouvent impuissants lorsqu’ils n’ont pas pu trouver d’alternatives.

La survie avant le bien être

Il faut comprendre que les professionnels, qui travaillent avec les personnes les plus démunies et isolées, n’ont pas pour objectif final de satisfaire aux besoins élémentaires (hygiène, sécurité, nourriture, soins, etc.). Ces besoins sont comblés car dans une société prétendument évoluée, il ne devrait même pas être envisageable que quelqu’un en manque. D’autre part, les personnes ne pouvant satisfaire à leurs besoins vitaux sont en « mode survie » : leur première priorité est de ne pas mourir, purement et simplement. Tant que les besoins primaires ne sont pas assurés, les travailleurs ne peuvent pas mettre en place un quelconque accompagnement car les personnes ne sont évidemment pas réceptives.

Un cercle vicieux que les travailleurs ne peuvent briser seuls

L’isolement, la précarité, les violences, entraînent une détérioration de la santé mentale, à plus forte raison pour les personnes sans logement. Chaque mois passé dans des conditions de détresse et de souffrance extrêmes fragilise un peu plus les personnes. En l’absence de moyens suffisants, les travailleurs ne peuvent inverser la tendance pour le plus grand nombre. De ce fait, une problématique en appelle souvent une autre et au fil des mois et des années la situation des personnes s’aggrave, demandant de plus en plus de moyens.

Rénover au lieu de repeindre

Le plan hivernal me fait la même impression qu’un bâtiment qu’on repeint annuellement au lieu de le rénover. À mon sens, il serait préférable d’investir sérieusement dans un plan global de lutte contre la précarité. Ce serait même un investissement rentable sur le long terme permettant de diminuer les dégâts supplémentaires et ainsi minimiser les frais d’urgences et de mesures extrêmes. Aucune mesure sérieuse et/ou appliquée n’a encore été prise contre le gaspillage massif, les logements vides (souvent à des fins de spéculations) ou l’accès limité aux soins et aux besoins primaires. Lorsque ces aspects sont pris en charge (ouverture de squats, récoltes de vivres, soins sans conditions, accueil à bas seuils, etc.), c’est souvent le fait des professionnels ou des militants.

CARTERON Perceval. Éducateur.

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