La blouse blanche, un « costume » particulier…

La blouse blanche, un ''costume'' particulier...

Bon nombre des psychologues travaillant en institution hospitalière portent la blouse blanche. Au vu de la portée symbolique de ce vêtement particulier, un temps de réflexion s’impose.

La blouse blanche nourrit avec force notre imaginaire collectif. Fortement attachée au monde médical, support identitaire pour certains, armure psychique pour d’autres, elle condense représentations et significations tant dans le chef de celui qui la porte que dans celui qui lui fait face. Mais quand c’est un psychologue qui la revêt, c’est le transfert lui-même qui peut être coloré par cet étrange costume, et pas toujours à bon escient.

Question d’hygiène

L’hygiène hospitalière, voilà la première raison généralement invoquée. Cependant, on ne voit pas toujours en quoi cette blouse en est la garante. Beaucoup de soignants la portent pour manger, et n’en changent qu’au bout de quelques jours. Il semblerait que cette question de l’hygiène, surtout pour les personnes qui ne s’aventurent pas dans les chambres des patients, ne soit finalement pas la principale raison de ce port généralisé.

La marque du lieu

La blouse blanche correspond d’abord à un lieu, celui des hôpitaux. La porter, c’est montrer qu’on fait partie « de la maison », cela évite de se présenter, et cela gâche dès lors une occasion de mettre en mots la raison de sa présence dans le lieu (vis-à-vis du patient et des autres intervenants). Ce qui est dommage. Et puis, cela fait barrière, distinction au sein du lieu, entre ceux qui sont là pour travailler, et ceux qui s’y trouvent pour recevoir des soins. Au premier coup d’œil, on repère ceux qui sont « du bon côté » et les autres…

La marque du médical

La blouse blanche, c’est aussi le symbole par excellence de la profession médicale. Certains diront que cela donne confiance, que cela inspire le sérieux, la compétence, on se sent « soignant ». D’ailleurs, les publicitaires l’ont bien compris : même pour vendre du dentifrice, on utilise la blouse médicale ! Un pas plus loin, l’étoffe immaculée peut évoquer la toute-puissance, la position « haute » de celui qui sait. Et là, pour le psychologue, c’est un problème, car c’est une position souvent à éviter dans le processus qui nous occupe. Gardons-nous d’un support identitaire qui pourrait mettre à mal le lien à créer.

Une armure psychique

Les vêtements que nous portons peuvent avoir des conséquences sur notre comportement et notre ressenti. Ils sont tout sauf anodins. Certains soignants envisagent la blouse blanche comme une sorte de protection émotionnelle, de rempart psychique, de distance salutaire entre soi et le patient. Si je trouve l’argument fragile pour l’ensemble des soignants (compter sur un morceau d’étoffe pour gérer la charge émotionnelle est certes léger), il me parait surtout dangereux pour le psychologue qui se prive là d’une aptitude à résonner précieuse et riche d’enseignements.

Et pour le patient ?

En fonction de son histoire, de sa personnalité, le patient va lui aussi ressentir de façon singulière l’uniforme blanc qui lui fait face. Il pourra le trouver rassurant, comme un gage de compétence pour sa prise en charge, mais il pourra également le voir comme un élément anxiogène, stressant, évoquant la maladie, la souffrance, et accentuant l’impuissance de celui qui devient alors « objet de soin ». Mais dans un cas comme dans l’autre, l’impact de la blouse pourra être important.

Et pour le psychologue ?

Arborer ou non une blouse blanche dans l’exercice de notre profession est une décision qui aura des conséquences inévitables sur la relation que nous nouerons alors. Que nous le voulions ou non, cette étoffe prendra en charge une partie de notre identité et définira une partie du cadre à notre place. Ce singulier costume pourra même parfois constituer une sorte de carapace psychique ou résonner de façon particulière pour la personne que nous rencontrons. Or, nous qui nous appuyons tant sur le transfert, comment pourrions-nous ignorer qu’il sera pour le moins coloré par ce costume tout sauf neutre ? Mais le plus grave serait de faire comme si la question était de peu d’importance…

D. Bertrand, psychologue

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