Les dangers de la dénonciation

Les dangers de la dénonciation

Lorsqu’un travailleur est convaincu qu’une personne représente un danger pour lui ou pour autrui, il est fréquent d’entendre des discours alarmistes appelant à agir dans l’urgence. Dans ce cas, la réponse proposée est souvent d’avertir les autorités ou les services spécialisés sans l’aval de la personne concernée.

En tant que travailleur du secteur psycho-médico-social, il n’est pas rare d’être confronté à des personnes vivant des situations de grande souffrance et de grande détresse. Parmi ces personnes, certaines en arrivent à envisager des comportements extrêmes pouvant représenter un danger pour elles-mêmes ou pour autrui. Face à de telles situations certains travailleurs se laissent submerger par les inquiétudes ou pire laissent leurs projections et leurs préjugés dicter leurs choix professionnels, ce qui les amènent à dénoncer les personnes qu’ils accompagnent, brisant la relation de confiance et engendrant souvent plus de problèmes que de solutions.

Ne pas céder à la pression

Bien souvent les travailleurs en arrivent à la dénonciation car ils sont mis sous tension. Que ce soit par une hiérarchie qui redoute de voir sa responsabilité engagée, que ce soit du fait de l’actualité et de la pression sociale autour d’événements ou que ce soit du fait de nos propres peurs et nos émotions, la pression nous amène à vouloir réagir immédiatement. Dès lors que l’on accepte l’idée qu’agir dans l’urgence ne nous mène que rarement aux bons choix et que l’on prend le temps de réfléchir, de nombreuses alternatives apparaissent.

De lourdes conséquences

Une dénonciation entraîne souvent une perte de confiance et une incompréhension de la part de la personne concernée. De plus en cas d’erreur de jugement de la part du travailleur, cela peut créer de nouvelles problématiques (tensions familiales, suggestion de comportements, rupture sociale, mise en danger de la personne, etc.). Le sentiment de trahison peut être exacerbé lorsque les confessions sont un appel à l’aide et/ou une recherche de solutions. Dans ce cas, l’attitude du professionnel est une vraie défaillance d’un point de vue déontologique, mais aussi méthodologique. Selon le cadre de travail, cette perte de confiance peut même se propager aux autres personnes collaborant avec celui qui a failli.

Les bienfaits d’une équipe

Face à de tels dilemmes, l’existence d’une équipe est souvent salutaire, tant pour le travailleur que pour la personne concernée. De fait, l’intervenant se retrouvant face à ses questionnements pourra les confronter aux avis de l’équipe et pourra aussi profiter des ressources de l’équipe. Ce faisant, il sera possible de proposer une intervention adaptée qui permettra en même temps de répondre aux besoins et de maintenir la relation de confiance dans l’accompagnement. De plus le fait de prendre un temps pour partager une situation en équipe est à lui seul un rempart contre les réactions à chaud et les erreurs qu’amènent le travail dans l’urgence.

Quelles motivations pour le travailleur ?

Au-delà de l’intérêt des personnes, il y a souvent (tout le temps ?) un enjeu dans le chef du travailleur. Que ce soit une question de sens du devoir, d’intime conviction ou de crainte de la culpabilité, un travailleur peut légitimement expliquer son choix. Il aura, en outre, une tendance naturelle à se remettre en question et à assumer son erreur si son choix n’a pas eu l’effet escompté. Par contre, lorsque le travailleur intervient sur la base de préjugés, pour se couvrir d’éventuelles poursuites ou par ego, il commet une erreur en agissant non plus pour ce qu’il croit être l’intérêt de la personne, mais pour son propre intérêt. Dans ce dernier cas, il n’est même plus question de dénonciation, mais bien de délation.

Ce que dit la loi

La loi possède deux articles très clairs concernant cette question, le premier étant l’article 458 sur « les délits contre les personnes » et le second l’article 422bis sur « l’abstention coupable ». L’article 458 dit clairement : « […] et toutes autres personnes dépositaires, par état ou par profession, des secrets qu’on leur confie, qui, hors le cas où ils sont appelés à rendre témoignage en justice […] et celui où la loi les oblige à faire connaître ces secrets, les auront révélés, seront punis […] ». Cet article de loi défini clairement comme un délit le fait de divulguer un secret sauf lorsque la justice l’exige ou quand la loi le prévoit. La loi le prévoit en l’occurrence dans l’article 422bis : « Sera puni […] celui qui s’abstient de venir en aide ou de procurer une aide à une personne exposée à un péril grave, soit qu’il ait constaté par lui-même la situation de cette personne, soit que cette situation lui soit décrite par ceux qui sollicitent son intervention. » et « Le délit requiert que l’abstenant pouvait intervenir sans danger sérieux pour lui-même ou pour autrui. Lorsqu’il n’a pas constaté personnellement le péril […] l’abstenant ne pourra être puni lorsque les circonstances […] pouvaient lui faire croire au manque de sérieux de l’appel ou à l’existence de risques. ». En somme pour ne pas être en infraction avec l’article 458, il faut qu’il y ait danger grave, qu’il y ait certitude de ce danger et que l’intervention ne mette en danger personne.

Perceval CARTERON. Éducateur.

- On échange nos numéros ? En réponse à l’article de M.A.
- Fin du plan hivernal, comme si tout s’arrêtait au printemps
- Accompagnement individuel en Maison de Jeunes
- Les termes « pédagogie active » ne peuvent être une appellation à la mode !
- Y-a-t-il un suivi après l’A.M.O ?
- Lumière sur : l’atelier des droits sociaux
- Quel soutien scolaire pour les plus de 15 ans et dans le secondaire ?
- Nos politiques ont des absences



Ajouter un commentaire à l'article




Pour votre facilité, ce site utilise les cookies conformément à nos conditions générales.