On échange nos numéros ? En réponse à l'article de M.A.

On échange nos numéros ? En réponse à l'article de M.A.

J’ai récemment lu l’article « Quand suis-je passé d’acteur de changement à témoin de l’immobilisme », qui m’a touché et m’a donné à réfléchir. Difficile de résoudre cette tension entre désir d’être utile et barrières institutionnelles/légales.


- Quand suis-je passé d’acteur de changement à témoin de l’immobilisme

Personnellement, en commençant mes études, j’étais plein de fougue, d’ambition, de colère et d’espoirs. Ayant mon diplôme en main, l’esprit était le même, mais en plus j’avais des outils et des grilles de lecture. J’ai très vite trouvé du boulot, j’ai travaillé un peu comme un électron libre dans des cadres contradictoires et dysfonctionnels. Ces cadres me permettaient de bosser en louvoyant entre les injonctions, quitte à les ignorer. Tout se passait plus ou moins bien jusqu’à ce que je réalise qu’on me laissait faire car mes actions n’étaient pas source de changements. Mes actions ne remettaient pas en question mon employeur (écoles et services de prévention).

En individuel ça va, en collectif, ce n’est pas la même chose

Au niveau des suivis individuels, la liberté que j’avais me permettait d’intervenir et d’accompagner dans de nombreuses sphères et d’avoir une vision globale de la situation des personnes que j’accompagnais. Mais j’étais un agent au service direct et exclusif des personnes qui me sollicitaient, j’avais une fonction d’orientation et d’accompagnement. La position était facile pour moi je ne représentais pas directement les institutions supposées apporter l’aide sociale. C’est au niveau communautaire que l’immobilisme se ressentait plus. Les budgets étaient serrés toute l’année, puis soudainement il fallait dépenser beaucoup. Aucun lien n’était fait entre les moyens mis à disposition et les besoins des quartiers où je travaillais. Pire encore, les analyses portées par moi ou des collègues étaient ignorées si elles ne satisfaisaient pas aux objectifs politiques.

Entre les jeux de pouvoir

Dans les services de prévention communaux où j’ai travaillé, j’ai fortement ressenti les jeux de pouvoirs entre les candidats potentiels et les échevins qui se disputent la couronne médiatique ou la palme de la reconnaissance. Sans oublier les jeux de couleurs politiques auxquels se mêlent les guerres de clochers... Difficile de savoir à quel saint se vouer lorsque les mains tendues ne le sont jamais gratuitement. Du coup on essaie d’interpeller les politiques, de remettre les demandes et besoins des habitants au centre des priorités. On essaie d’atténuer la colère des personnes lorsqu’elles ne sont pas entendues. Et on finit par se faire écraser entre le marteau et l’enclume sans savoir qui est qui. Du coup c’est notre tour de dire « C’est pas moi c’est l’autre ». Ce n’est hélas que la triste vérité, sauf que l’autre n’est pas une personne ou une institution, mais plutôt un système et que nous le représentons.

Contrôle social ou émancipation ?

La question de l’aliénation ou de l’émancipation des personnes est, à mon sens, la plus importante de toutes. Il n’est pas évident de savoir où l’on se situe et les intentions ne suffisent pas à définir le rôle que nous jouons. Je pense que le sentiment d’inutilité ou d’immobilisme, que ressentent un jour ou l’autre la quasi-totalité des travailleurs sociaux, est lié au fait que nous sommes confrontés, au quotidien, à des personnes dont les cas ne sont pas pris en compte par la tuyauterie administrative. Pire encore, certaines personnes sont volontairement mises à l’écart de notre société pour des raisons économiques ou politiques. Si nous ne pouvons rien faire, mais que nous avons essayé, nous ne devons pas avoir honte. Mais si nous ne pouvons rien faire et que nous ne reconnaissons pas, à la personne en face de nous, le statut de victime, que nous nous complaisons à dire « Désolé, mais c’est comme ça », alors nous devons avoir honte.

« On a raison d’être en colère, on aurait tort de ne rien en faire »

Cette phrase d’Amnesty, je pense que nous pouvons la reprendre à notre compte et la partager avec les personnes marginalisées par un système administratif ou politique. Cela permet à la personne d’être reconnue et légitimée dans sa colère. Après, cela dépend de chacun de nous, nous pouvons nous exprimer, lutter, dénoncer ou démissionner. Mais nous pouvons aussi être créatifs, nous décaler légèrement, rechercher et proposer des solutions alternatives. Nous pouvons aussi orienter les personnes vers des associations de défenses des droits sociaux, vers des structures autonomes et indépendantes.

Pour finir son texte, M.A. Cite un professeur : « Un professeur m’a dit un jour « le bon assistant social est celui qui a le plus gros carnet de contacts ». et nous demande : « Vous me donnez votre numéro » ? Je lui répondrais plutôt : « On partage nos carnets de contacts » ?

CARTERON Perceval. Éducateur.

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