Psychologue et éducateur... Deux visions d’une même réalité ?

Psychologue et éducateur... Deux visions d'une même réalité?

La collaboration entre le personnel du monde psycho-social n’est pas toujours aisée. Les éducateurs et les psychologues ne partagent pas nécessairement la même réalité. Dans certaines situations, ils peuvent alors être à couteaux tirés.

J’ai travaillé pendant plus de dix ans en service résidentiel pour jeunes, où nombre d’enfants sont accueillis pour des motifs protectionnels. Dix années, riches d’expériences, de rencontres, mais aussi de conflits. Les désaccords les plus prégnants y prennent corps entre les éducateurs et les psychologues. Nous nous occupons des mêmes enfants, mais notre perception de la situation est parfois disctincte. Contrairement aux enfants qui face aux conflits en arrivent parfois aux mains, nous en restons aux mots, mais ceux-ci ne sont pas toujours tendres.

Le temps de la rencontre

Travailler en institution amène chaque professionnel à découvrir les enfants et leurs parents dans leur singularité mais surtout dans des cadres différents. Mon espace de travail offre un moment privilégié de rencontre avec l’enfant et son/ses parent(s). Quant à l’éducateur, il rencontre souvent les parents dans cet espace d’entre-deux, au moment du départ ou du retour de week-end. Je peux prendre le temps alors que l’éducateur répond à de multiples demandes de manière conjointe. Ce contexte va colorer la rencontre. Nos observations sur la qualité du lien, le type d’attachement et les compétences parentales peuvent être distinctes.

Me vient en mémoire cette situation où un éducateur relevait combien un père se préoccupait des besoins primaires de son fils (il lui offrait des vêtements, des jouets…) alors que pour ma part j’étais frappée par le discours paradoxal de ce père à l’égard de son enfant.

Le groupe versus l’espace individuel

L’institution permet rarement à l’éducateur de s’occuper d’un seul enfant, c’est du groupe qu’il faut se préoccuper. En tant que psychologue, je bénéficie d’un cadre où j’accompagne, je soutiens l’enfant dans un espace individuel. Un enfant s’oppose, crie, hurle, frappe. Je tente de mettre du sens à ces agissements. Face à ce même comportement, l’éducateur souhaite comprendre, mais il doit aussi veiller au bien-être des 3 ou 4 autres enfants présents. Le thérapeute a aisément l’opportunité d’interpréter ce comportement, l’éducateur se doit d’abord de rappeler les règles et les limites.

Du quotidien à la tour d’ivoire

En réunion, les éducateurs me reprochent souvent de ne pas comprendre la situation car je la regarde de ma tour d’ivoire. Certes, je ne partage pas le quotidien, les moments de crises aiguës, mais je ne fais pas leur métier. Le mien est effectivement de prendre de la distance, de formuler des hypothèses et de dégager des pistes de compréhension. Face à un parent préoccupé du bien-être matériel de son enfant, mais totalement incapable de fournir un sentiment de sécurité de base à son enfant, je me dois d’intervenir. Nous tentons de travailler avec ce parent, de lui apporter les outils nécessaires. Malheureusement, dans certaines situations ce travail est insuffisant et les retours en week-end ne sont plus envisageables. C’est alors une séparation à visée thérapeutique que je propose. La réaction des éducateurs ne tarde pas à se faire entendre.

Des réunions à couteaux tirés

Annoncer en réunion qu’un enfant supplémentaire restera pour le week-end au sein de l’institution est rarement bien accueilli. Probablement car un enfant de plus pour le week-end ne représente jamais un éducateur de plus en service. En outre, un lien s’est souvent créé entre les parents et les éducateurs. Cette alliance est primordiale pour leur travail et cette décision de séparation vient entacher ce lien si fragile.

Se donner les moyens

Pour permettre à l’éducateur et au psychologue de continuer à travailler harmonieusement, de manière conjointe, il faut leur donner les moyens. Malheureusement ceux-ci sont trop souvent insuffisants ; les décisions prises par les uns entachent alors le travail des autres et la porte s’ouvre aux conflits. Prendre le temps de partager la lecture que nous avons de la situation aide à désamorcer le conflit, mais le temps pour le faire manque quotidiennement.

V.B. psychologue clinicienne

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