Quand le psy et le judiciaire se rencontrent, quels enjeux autour d’une expertise ?

Quand le psy et le judiciaire se rencontrent, quels enjeux autour d'une expertise ?

Une psychologue partage son expérience d’experte pour le Tribunal de la Famille et de la Jeunesse. Une position centrale, pas toujours simple à tenir, mais souvent porteuse de réflexions et de sens pour la famille rencontrée.

Les juges du Tribunal de la Famille et de la Jeunesse font appel à des experts pour s’orienter dans leurs décisions concernant les enfants et les jeunes dont ils ont la charge. Mon parcours est riche de plus de 10 années d’expérience comme psychologue-experte au sein d’une équipe pluridisciplinaire, chargée de réaliser des examens médico-psycho-social pour le Tribunal de la Famille et de la Jeunesse. Je propose quelques réflexions sur cette fonction si particulière.

Poser les premiers jalons du travail

Avant de démarrer une expertise, il est essentiel de poser les premiers jalons de l’examen medico-psycho-social tant avec le mandant qu’avec les personnes concernées par ce mandat. C’est donc, en audience de cabinet, en présence des parties concernées et du Juge de la Jeunesse que se discute l’objet de l’expertise. Plus cet objet sera précis et circonscrit, plus il sera aisé de mener à bien la mission qui nous est confiée. Les libellés généraux tels qu’on les retrouve sur les documents officiels ne permettent pas de cerner une ou des questions précises. Sans précision sur la demande du mandant, le travail se dilue et n’est alors plus porteur de sens ni pour le jeune ni pour sa famille.

Une équipe pluridisciplinaire n’est pas un luxe

Réaliser seul(e) une expertise pour le Tribunal de la Famille et de la Jeunesse semble une entreprise bien périlleuse. Pouvoir confronter ses observations cliniques à celles de son/ses collègue(s) reste un atout majeur pour tenter de garder le plus d’objectivité. Par ailleurs, croiser des regards de professions distinctes telles que le pédiatre, le psychologue, l’assistant social, le pédopsychiatre offrent une richesse dont il ne faut se priver. C’est de l’avenir d’un enfant et de sa famille dont il est question, il s’agit donc d’en avoir une vision la plus globale.

Hors délai

Pour entrer au cœur d’un système, pour saisir les transactions familiales et les fonctionnements individuels de chacun, il faut du temps. La durée d’une expertise est de 6 mois. C’est long pour le juge, pour le jeune et sa famille, mais très court pour les experts. Selon moi, tout entretien est thérapeutique. Avec mes collègues, nous cherchons d’une part à mener à bien notre mandat, mais également à induire une prise de conscience auprès des membres de la famille rencontrée. Pour mener à bien cet objectif, il faut du temps. Nous nous l’accordons et ce même si nous ne respectons pas les délais impartis. Une expertise n’a de sens, selon nous, que si la famille peut elle aussi y trouver du sens.

Vulgariser un rapport sans en dénaturer son contenu

Le jargon psy est un langage bien indigeste pour une famille, un avocat, un juge… Il est donc nécessaire d’adapter ses propos au public concerné tout en ne dénaturant pas la teneur des observations et des conclusions. Rester au plus près de ce qui nous a été transmis, de la lecture et de la compréhension que nous en avons eues est un des challenges de la rédaction d’une expertise.

Avis ou décision

Le Tribunal de la Famille et de la Jeunesse prend un avis consultatif auprès de l’expert, mais bien souvent il s’aligne sur les pistes et réflexions proposées dans le rapport d’expertise. Il s’agit donc de peser chaque proposition, chaque piste proposée dans l’examen medico-psycho-social. Se réfugier derrière la dimension consultative d’une expertise est une erreur car notre quotidien nous montre que les juges se fient très souvent au jugement des experts.

V.B, psychologue clinicienne

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