Recherche ou clinique… il faut trop souvent choisir !

Recherche ou clinique... il faut trop souvent choisir !

Concilier la recherche et la clinique n’est pas aisé dans l’emploi du temps d’un(e) psychologue. L’employeur privilégie souvent l’un des deux ; pourtant ces approches de notre pratique sont complémentaires et vouloir les fractionner les appauvrit chacune.

En tant que psychologue clinicienne, j’ai souvent l’envie de transmettre à mes collègues des observations, des constats, des éléments récurrents présents dans ma pratique clinique avec mes patients. Les enfants, les familles rencontrés, nous livrent tous les jours des informations riches d’enseignement. Malheureusement, faute de temps et/ou de soutien, ces petits trésors restent cachés dans nos cerveaux de cliniciens.

Enrichissement des pratiques

Trop souvent, la clinique et la recherche se trouvent fractionnées. Le chercheur est inondé par des revues de la littérature, le dépouillement des résultats, l’analyse des données et ce, au détriment de la rencontre avec le patient. Alors que le psychologue clinicien est immergé dans sa pratique clinique et trouve difficilement du temps pour se plonger dans la littérature. Pourtant ces deux aspects de notre travail sont essentiels et se complètent. Un clinicien ne sera que plus juste et sensible aux problématiques des patients rencontrés s’il en maîtrise davantage les tenants et les aboutissants. Quant au chercheur, la rencontre avec le patient lui permet d’humaniser, de colorer affectivement les données qu’il manipule.

Eviter le Burn-out

L’alternance, entre de la pratique clinique et de la recherche, pourrait permettre de trouver un équilibre professionnel. L’immersion totale dans la clinique provoque parfois un certain épuisement émotionnel. L’investissement et la disponibilité totale qui sont demandés au clinicien, sa capacité à mettre son psychisme au service d’autrui, peuvent fatiguer, épuiser l’intervenant. Pouvoir se ressourcer dans la littérature, prendre de la distance par rapport aux situations par le biais de la recherche, peut permettre à l’intervenant de trouver un meilleur équilibre dans sa pratique et ainsi d’éviter le burn-out. Quant au chercheur, l’absence de contact avec les patients l’éloigne parfois trop de la réalité du terrain, avec le risque d’une déconnexion entre les études menées et la réalité.

Manque de temps

Si le psychologue clinicien n’est pas engagé comme chercheur, il peut avoir l’envie de publier un article scientifique en lien avec sa pratique clinique. Malheureusement, le manque de temps le rattrappe bien trop souvent et les idées de sujet d’article restent à l’état d’idées. Travailler comme psychologue ne se résume pas aux entretiens, de nombreux échanges avec le réseau sont souvent nécessaires et sont très chronophages et énergivores. Faute de temps, la rédaction d’un article est remise aux calendes grecques.

Absence de soutien de la direction

En outre, trop peu de lieux de travail soutiennent réellement le souhait de prendre du temps pour conceptualiser sa pensée, pour la transmettre au travers d’un écrit. Les employeurs soutiennent très souvent l’idée, mais n’offrent pas le temps nécessaire pour le faire. La liste d’attente de nouvelles demandes est là, il faut y répondre et la priorité est mise sur cette dimension, et ce d’autant plus que le contrat d’engagement ne prévoyait pas de temps destiné à la transmission du savoir, sous forme d’un éventuel article.

V.B, psychologue clinicienne

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