Travail social : de l’idéal à la désillusion... et Vice versa ?

Travail social : de l'idéal à la désillusion... et Vice versa ?

Face au manque de moyens, aux systèmes institutionnels qui dysfonctionnent ou aux vécus d’échecs que font vivre certaines situations, la remise en question du travailleur social est constante, au risque parfois d’y perdre des plumes.

Ah ! Qu’elle est belle la voie que nous avons choisie : aider les autres, n’est-ce pas la vocation la plus enthousiasmante qui soit ? Pour la plupart des travailleurs, le chemin de l’aide constitue une évidence qui tient compte à la fois d’une personnalité, d’une histoire, mais aussi d’un engagement éthique au monde. « L’engagement éthique »… Tout un programme ! C’est vrai au fond : n’est-ce pas un acte civique, voire politique, que de se rendre acteur d’un monde qui bouge et tâche d’aller mieux ? Nous y voilà : être travailleur social, c’est presque être militant, avec les idéaux pour porte-flambeau. Sauf qu’à trop rêver, on en oublie la réalité d’un système qui restreint, détourne les idées ou les annihile. Un système qui fatigue et range les idéaux dans les archives.

Le mythe du sauveur

C’est souvent aux jeunes travailleurs qu’on attribue l’image du doux rêveur : animé du désir sincère d’innover dans un domaine où tout semble s’essouffler, le nouveau venu sur le ring de l’Aide Sociale se voit déjà bousculer les codes, et surtout être celui qui, à coups de bienveillance éclairée, parviendra à redonner à Mireille, 50 ans, le goût de la vie. Il imagine que les attentes à son égard sont de cet ordre, au point que lorsqu’il n’atteint pas cet objectif ambitieux, il le vit comme un échec douloureux ou le signe qu’il n’est pas à la hauteur de sa profession.

Pas uniquement le fait du jeune travailleur

Si le mythe du sauveur peut paraître davantage perceptible chez les nouveaux travailleurs, l’image du doux rêveur n’est en rien liée à une catégorie d’âge : tout professionnel engagé dans sa fonction se raccroche sans doute à un idéal. A cet égard, la question serait peut-être plutôt de savoir jusque quand on accepte de qualifier « d’idéal » les valeurs auxquelles on croit et que l’on voudrait voir naître dans le secteur (quel que soit le nombre d’années passées à y travailler). Parce que les moyens n’y sont pas, ou que les « vieux dinosaures » estiment que tout est bien ainsi, nous n’aurions pas le droit de penser que des évolutions sont possibles ?

L’utopie d’un échec annoncé ?

Cette réflexion est peut-être à l’image de ce que le système d’aide renvoie lui-même au travailleur. Par son essence, le monde social se réfère à l’idée de « porter secours, assister ou soutenir » l’autre, c’est logique. Mais à cette finalité (idéaliste ?) s’oppose la réalité : celle du « vieux service », bien habitué à son quotidien (le même depuis 30 ans) et qui ne s’y voit pas en changer, de l’Administration qui rappelle sans cesse qu’on n’a plus de sous et que les enfants ne pourront plus faire d’activités ludiques après l’école, ou encore du politique qui tire toujours un peu plus la couverture de son côté… Rapidement, le doux rêveur réalisera l’ampleur du chantier auquel il participe et les nombreux obstacles qui l’empêchent de se finaliser.

Deux entités se rencontrent

Au-delà du professionnel, il y a l’individu : celui qui a grandi dans une certaine famille, été éduqué d’une façon unique et dans un contexte spécifique. Façonné par sa propre histoire, l’humain qui se cache derrière le travailleur est souvent plus frondeur. Il est animé par des valeurs qui lui sont propres et qui colorent ses interventions professionnelles. Cette éthique plus subjective vient parfois trouver un écho rassurant dans celle que véhicule le métier ou l’institution choisis. Ca devient plus compliqué lorsque l’éthique individuelle se désaccorde de celle du système institutionnel. A cet égard, l’enjeu est duel : soit c’est la désillusion qui s’immisce dans l’esprit déconfit du travailleur, soit c’est la révolution qui s’active, au détriment parfois d’une réflexion réaliste.

Du constat à l’action

Arrivés à quelques années d’expérience, certains travailleurs en viennent donc au constat que leur idéal ne sera sans doute jamais accessible. Dans ces cas, comment peut-on encore donner du sens à sa pratique et qu’est-ce qui détermine les « tournants » dans une carrière ? Les idéaux sans doute ! En effet, il n’est pas impossible que l’opposition « Réalité » VS Idéal soit tout simplement la meilleure ennemie du travailleur social et ceci, tout au long de sa carrière. L’accepter comme telle et devenir un « rêveur conscient » est sans doute la première marche à gravir pour tendre vers un épanouissement professionnel.

Partir de soi

Comme souvent, on en revient à l’importance de s’utiliser comme individu dans l’intervention sociale, de ne pas avoir peur de (se) questionner et de ne pas simplement se soumettre au carcan rigide d’un système que l’on croit inébranlable. S’utiliser « soi », c’est considérer le système de valeurs auxquelles on croit comme point de repère face aux limites que nous imposent parfois l’extérieur : « Jusqu’où puis-je fixer mes barrières dans tel contexte » ? et, en regard de cela, «  Comment puis-je accepter les freins inéluctables de ce contexte » ? pourraient être des questions-clés à se poser lorsque le danger de la désillusion passive se fait sentir.

Rester acteur, toujours, c’est déjà participer au changement.

Une douce rêveuse – Assistante en Psychologie



Commentaires - 1 message
  • Bonjour,
    Déjà, félicitation pour cette excellent article,
    Bien qu il soit dans une logique très psychologique ( ce qui est normal vu votre métier ) . En tant qu assistant social et étudiant en master science politique , j ai effectué mon TFE et bientôt mon mémoire sur ce sujet .
    Il serait intéressant que l on puisse prendre contact pour s échanger nos savoirs sur la question car je pense que cette problématique est multi-niveau ; elle porte des effets aussi bien de manière sociétal , politique qu inter-personnel .
    N hésitez pas à me contacter , si vous le souhaiter.
    Bav

    Samlippolis lundi 14 août 2017 13:22

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