Le Plan Evidence-based practice en marche

Le Plan Evidence-based practice en marche

La ministre de la Santé, Maggie De Block, a lancé son plan de soins, batpisé Plan Evidence-based Practice, qui vise à offrir une prise en charge de première ligne d’abord, de deuxième ligne ensuite, la plus adéquate à chaque patient.

Maggie De Block, ministre des Affaires sociales et de la Santé publique lance le Plan relatif à l’Evidence-Based Practice (EBP) pour veiller à ce que chaque patient bénéficie des soins les plus adéquats. Le terme evidence-based signifie que lorsqu’il soigne un patient, le prestataire de soins doit tenir compte des preuves scientifiques, de ses propres expériences en plus des valeurs et préférences du patient en question. Il s’agit de traitements médicamenteux ou non dans le cadre de la première ligne de soins de santé.

Des liens entre les praticiens

Des initiatives sont déjà en cours en Belgique dans le domaine de l’evidence-based practice, mais elles ne sont pas coordonnées entre elles. Par conséquent, elles n’atteignent pas suffisamment les prestataires de soins. Les projets existants se concentrent souvent trop sur un seul volet de soins aux patients au lieu d’en explorer toutes les facettes. Ainsi, un médecin ne reçoit par exemple que des informations concernant l’utilisation evidence-based des antidépresseurs, sans tenir compte des directives générales en matière d’EBP pour le traitement des dépressions. Cette directive préconise notamment de ne pas administrer de médicaments en cas de dépression légère ou modérée, mais de plutôt renvoyer le patient vers un psychologue.

Six phases

Le Plan EBP comporte six phases qui devront être coordonnées de manière centralisée lors du développement d’une directive. Le plan commence par développer des directives pour les soins de santé de première ligne et pourra, ultérieurement, être élargi à la deuxième ligne.

Les six phases du Plan EBP sont les suivantes :
- Fixation des priorités : les parties prenantes proposent des sujets pour les directives EBP. Ces sujets sont évalués et les priorités sont fixées.
- Le développement : une fois qu’il est décidé de donner la priorité à une directive, celle-ci est développée par une organisation ayant les bonnes connaissances en la matière. Il est éventuellement possible d’adapter une directive existante.
- La validation : les experts vérifient si la directive a bien été développée correctement.
- La diffusion : la directive est diffusée de la manière la plus efficace possible. Pour ce faire, un seul site web sera utilisé au lieu de différents sites. Les prestataires de soins disposeront ainsi rapidement et facilement d’un aperçu de toutes les alternatives envisageables pour le traitement de leur patient.
- L’implémentation : il est veillé à ce que les prestataires de soins appliquent la directive au quotidien.
- L’évaluation : un partenaire du Plan EBP vérifie si les différentes phases du plan ont bien été parcourues comme il se doit et/ou s’il faut améliorer certains points.

Le budget réservé à l’EBP, qui s’élève à environ à 7 millions d’euros (à l’exception des projets uniques), est actuellement fortement fragmenté. Le montant total du budget reste inchangé, mais il sera utilisé de manière plus efficace.

Partenaires

Le Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE) a rendu un rapport consultatif en juillet 2017 au sujet du Plan EBP. Le plan tient compte de l’avis du KCE. La semaine dernière, la ministre De Block a adressé une lettre aux partenaires fixes du projet pour les informer quant à l’organisation du plan.

Un groupe de pilotage EBP, composé de représentants du SPF Santé publique, de l’INAMI, de l’AFMPS, du KCE et de la cellule stratégique de la ministre fédérale de la Santé publique, sera chargé de diriger le Plan EBP. Le pilotage du Programme EBP sur le terrain sera confié à une organisation indépendante qui devra stimuler la totalité du réseau d’organisations d’EBP. En attendant la création de cette organisation indépendante, c’est le KCE qui assumera cette tâche.

Un partenaire fixe sera désigné pour chacune des six phases du plan. Il s’agira de préférence des organisations existantes ayant elles-mêmes les connaissances nécessaires. Les autres partenaires EBP auront l’occasion d’adhérer aux différents projets sélectionnés.

L’exécution du Plan EBP débutera en 2018. En attendant, une série d’actions spécifiques seront élaborées en 2017 afin de soutenir davantage la qualité et l’evidence-based practice, entre autres, en ce qui concerne l’approche de la dépression et de l’imagerie médicale.



Commentaires - 1 message
  • L'Evidence Based Medicine a le mérite d'éviter les erreurs médicales les plus grossières et de baliser techniquement et statistiquement (plutôt que scientifiquement) un terrain nosographique où chaque situation clinique devrait rester néanmoins unique.
    Dans une évaluation rétrospective (il y a à peu près deux ans dans le «British Medical Journal»), des praticiens chevronnés de l'EBM soulignent les aspects positifs de la démarche tout en pointant néanmoins un risque majeur : celui "d'oublier le patient" en n'ayant d'yeux que pour la cartographie générale des symptômes. Si cet écueil pose en réalité peu de problème dans le cadre d'une perspective purement gestionnaire, il appauvrit gravement le colloque singulier avec le généraliste et s'avère tout bonnement catastrophique en matière de santé mentale : là où précisément l'on a affaire à des souffrances individuelles qui peuvent rendre malades plutôt qu'à des maladies standardisées qui font souffrir.
    Mais soyons plus clair : la Ministre de la Santé, par-delà son discours, n'a que faire de la qualité des soins. Elle gère, elle impose, elle économise, sous couleur de rationalité clinique et scientifique. Appartenant à une mouvance idéologique qui déteste le service public, elle met en place en réalité une médecine à deux vitesses ?? là où la Belgique pouvait encore s'enorgueillir d'une médecine publique de proximité très satisfaisante.
    Prenons un exemple tiré de la vie quotidienne : une de mes proches avait un rendez-vous, prescrit il y a plusieurs semaines, pour une IRM à l'hôpital d'Ixelles (Bruxelles, réseau Iris Sud). Il y a huit jours, on lui téléphone pour lui annoncer que le rendez-vous est annulé et qu'elle devra prendre contact désormais avec le lointain hôpital Bracops à Anderlecht. En effet, Madame De Block interdit désormais à l'hôpital d'Ixelles de pratiquer encore des IRM ?? sous prétexte de rationalisation géographique aux fins d'améliorer la qualité des soins. Mais en fait, pour économiser quelques sous en limitant les IRM - plus coûteuses certes que les radiographies et pas toujours nécessaires, mais inoffensives au niveau des radiations - au profit, par exemple, des Scanners aux effets secondaires potentiellement délétères.
    Voilà précisément où nous en sommes et ... "c'est arrivé près de chez vous".
    Francis Martens

    Francis Martens jeudi 28 septembre 2017 13:33

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