Le Fédéral fait-il cavalier seul dans la lutte contre le radicalisme ?

Le Fédéral fait-il cavalier seul dans la lutte contre le radicalisme ?

En juillet dernier, le gouvernement fédéral a pris un arrêté relatif à la mise sur pieds d’une expérience pilote d’une durée d’1 an. Cette expérience ‘test’ vise au développement d’une approche locale innovante en matière de désengagement dans le cadre de la lutte contre le radicalisme violent. Sujet particulièrement d’actualité. Sauf que le ministre en charge en Région bruxelloise, Rachid Madrane, n’a pas été mis au courant.

Le Fédéral se désolidariserait-il de ses entités fédérées en matière de lutte contre le radicalisme ? On serait en droit de le penser, suite à un arrêté pris par le ministre Jan Jambon, sans concertation avec son homologue bruxellois, Rachid Madrane. Le traité vise à établir une expérience pilote en matière de lutte contre le radicalisme violent. Une belle initiative a priori. Sauf que le ministre fédéral a manqué de consulter son homologue bruxellois. Et qu’un subside de 100.000 euros a été accordé à l’ASBL We love Bxl… 3 jours seulement après sa création. Interpellé en Commission parlementaire à ce sujet, Rachid Madrane explique.

Une convention tripartite

Comme le fait remarquer la députée Catherine Moureaux lors de son interpellation de Rachid Madrane, « Cet arrêté octroie une enveloppe de 100.000 euros à l’ASBL We love BXL par le biais d’un protocole conclu entre le gouvernement fédéral et la commune, d’une part, et d’une convention conclue entre la commune et l’ASBL, d’autre part ». La réponse du ministre MAdrane est, quant à elle, très claire : il n’a ni été consulté par le Fédéral ni ne subsidie déjà la (très jeune) structure. « Je vous remercie pour votre question, qui révèle une initiative du gouvernement fédéral dont, je vous l’avoue, j’ignorais l’existence et qui m’interpelle. Mes services et moi-même n’avons jamais été consultés au sujet de cette initiative et, partant, du choix de l’ASBL. Mes services ne subsidient pas l’ASBL We Love BXL ; ils n’en ont jamais entendu parler. Je ne veux pas me prononcer définitivement sur une situation dont j’ignore tout, mais je suis assez perplexe … »

Quid des associations locales ?

Le radicalisme étant un sujet ‘à la mode’, il est certain que la possibilité de se voir offrir une somme de cette importance trouverait peu de refus de la part du terrain. Ce que reconnait la députée C. Moureaux. En réponse au ministre de n’avoir en rien été informé du choix de l’ASBL, elle explique « Concernant le choix, il ne se trouvera personne pour dire non aux 100.000 euros destinés aux jeunes de Molenbeek-Saint-Jean. C’est une très bonne nouvelle, mais il faut agir dans une certaine transparence et avec l’efficacité requise par ce type de dossiers ». Cependant, là où le bât blesse, c’est que des associations ayant plus d’expérience que l’ASBL We Love Bxl auraient également pu bénéficier d’un tel soutien. Or, ça n’a pas été le cas.

Autre problème : l’association est présidée par une Anversoise, Sihame El Kaouakibi qui, d’après elle-même, n’y connait rien à Bruxelles. Dans le contexte actuel de transparence absolue, cette décision unilatérale de la part du Fédéral pose évidemment souci.

Comme le fait remarquer C. Moureaux, « Quand on sait que nombre d’associations doivent œuvrer pendant des années avant d’acquérir l’expertise leur permettant d’obtenir une quelconque reconnaissance ou un quelconque subventionnement de la part des pouvoirs publics, il est surprenant que l’association dont il est ici question ait, pour une raison mystérieuse, reçu 100.000 euros après trois jours d’existence. De quelle expertise peut-elle témoigner ? Dans le contexte général actuel de souci d’une plus grande transparence des processus, tendance que je soutiens, il s’agit d’un signal particulièrement délétère. »

Une liste de noms

D’après la convention, un des moyens envisagés pour le désengagement serait la tenue d’un listing de jeunes radicalisés, identifiés comme tels dans la Cellule de sécurité intégrale locale (CSIL) ou, comme le précise la députée, en voie de radicalisation, identifiés comme tels par l’ASBL. Malaise à nouveau, puisque les services de police seraient tenus au courant de ce listing. « Il apparaît clairement qu’il s’agit de « contourner » le tissu associatif local, peu disposé sans doute à participer à un système de collaboration et de partage d’informations totalement intégré aux acteurs judiciaire et policier, conforme au modèle observable, par exemple, à Aarhus, au Danemark… Connaissant un peu le travail associatif de quartier, je ne peux que m’interroger sur la capacité de travail avec la population d’une ASBL importée, voire « greffée », sur le terrain et dont chacun saura qu’elle a une mission de signalement », précise Rachid Madrane.

Porter la réflexion plus loin : le secret professionnel ?

Vécue comme une véritable catastrophe par les travailleurs sociaux (principalement ceux des CPAS), la levée du secret professionnel lors de soupçons de faits liés au terrorisme serait-elle également applicable pour les associations dans ce cas-ci ? « Concernant la communication des données à caractère personnel entre la police et les opérateurs dépendant de mes services, je ne peux que me référer au cadre légal et notamment aux principes du respect du secret professionnel qui régissent le travail de mes services. Comme vous le savez, ce cadre légal a été récemment modifié par l’introduction de l’article 458ter du Code pénal, qui prévoit la possibilité de communiquer un secret professionnel…Le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles entend encadrer par un décret cette possibilité de partager le secret professionnel, à tout le moins pour son personnel propre et, si possible, pour le personnel des associations qui participent directement à la mise en œuvre de ses politiques. Ce travail est en cours. »

Affaire à suivre…

Pour plus de détails concernant le subside octroyé, rendez-vous chez notre confrère, www.monasbl.be

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