Ex Aequo : "Nous avons tous les moyens pour arrêter l’épidémie de VIH"

Ex Aequo:

Depuis 1994, Ex Æquo, active sur le territoire de la Communauté française, mène un combat acharné contre l’épidémie du VIH auprès des hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes. Aujourd’hui, 25 ans après sa création, la lutte est plus que jamais d’actualité. L’association communautaire ne relâche pas la pression, multipliant les dépistages et les campagnes de sensibilisation. Rencontre avec Stephen Barris, le coordinateur.


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« Aujourd’hui, nous avons tous les moyens pour arrêter l’épidémie de VIH. Malgré tout, cette fin n’arrive pas. Chaque année en Belgique, nous constatons entre 900 et 1.000 nouveaux cas de séroconversions », lance Stephen Barris, coordinateur de l’asbl Ex Æquo (à gauche sur la photo). « Il faut donc continuer à nous battre. A enfoncer le clou. Il est indispensable de multiplier toujours plus les dépistages ainsi que les campagnes de sensibilisation et d’information ! »

En 2019, 25 ans après le lancement de l’association qui concentre ses actions sur les hommes qui ont du sexe avec d’autres hommes, la lutte contre le VIH est toujours bel et bien d’actualité. Mais, trois belles éclaircies sont au rendez-vous... Il y a d’abord le concept de i = i. Depuis plus de 10 ans, on sait qu’une personne sous traitement a un taux de virus indétectable. Dans ce cas, il n’y a donc plus de risque de contamination. Ce qui est un pas énorme. Ensuite, il y a le traitement post-exposition (TPE). Totalement gratuit, il doit être débuté 48 heures maximum après l’exposition au risque et doit être pris pendant un mois. Grâce à cela, la personne ne développera pas le VIH. Finalement, le troisième point essentiel est la PreP. Ce traitement préventif est proposé aux personnes séronégatives fortement exposées à un risque d’infection au VIH afin d’éviter une contamination. Il ne s’agit pas d’un vaccin et il ne protège pas des autres IST.

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Le dépistage est la clé

« Pour stopper l’épidémie, il faut plus de dépistages, plus de personnes sous traitement, plus de citoyens avec la charge virale indétectable. Cela permettra de stopper les nouveaux cas, d’arrêter le schéma multiplicateur. Mais cela demande des moyens humains ainsi que financiers », martèle Stephen Barris. Et de rappeler : « Une personne couche sans capote et est exposée au VIH. Elle se retrouve alors avec le virus dans le corps sans le savoir. Elle risque donc de le transmettre, inconsciemment. L’enjeu est d’informer au maximum les gens pour qu’ils connaissent tous les outils : le TPE, la PREP, le i = i et et les préservatifs. » 4 ans et 4 mois est la durée moyenne pour les hétérosexuels entre la contamination au VIH et le fait de l’apprendre. Cette période est de 2 ans et 7 mois pour les homosexuels. Ils sont en effet davantage conscientisés à la question. Et, cela n’a rien d’étonnant : 52% des personnes infectées par le VIH sont des homosexuels ou des hommes qui ont des relations sexuelles avec d’autres hommes. Autre public davantage exposé au virus : les personnes originaires de l’Afrique sub-saharienne et les migrants.

L’enjeu est donc de trouver les personnes séropositives le plus vite possible après la contamination. « En tant qu’association communautaire basée sur le concept d’homos qui parlent à d’autres homos, nous informons et nous dépistons dans des lieux spécifiques comme les saunas gays ou sur les parkings des autoroutes », explique le coordinateur. « Ces derniers sont surtout fréquentés par des personnes qui ne se revendiquent pas homo. Ces hommes font un crochet sur le parking pour avoir des relations avec d’autres hommes avant de rentrer chez eux. Pour toucher ce public, nous avons acheté un petit van afin de nous rendre de plus en plus sur place pour effectuer des dépistages. » Notons aussi que cet hiver, Ex Æquo a envoyé des autotests gratuits notamment en Wallonie et en milieu rural. L’association a fait de la publicité sur les applications de rencontres pour hommes afin d’inciter les utilisateurs à commander cet outil.

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Des professionnels de la santé séro et gay-friendly

Ex Æquo a également mis en place un outil indispensable : le réseau TTBM, pour Très Très Bon médecin. Concrètement, depuis plusieurs années, un groupe de volontaires se réunit dans les locaux de l’asbl pour lister les médecins et plus largement, les professionnels de la santé qui réservent un accueil "friendly" aux hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes, séropositifs ou non.

« Les homosexuels sont confrontés au rejet de la société. Ils subissent nombreuses discriminations. Ils ont besoin d’espaces protégés pour se retrouver et ont des besoins spécifiques de santé », pointe Stephen Barris. « Vu ce constat, un de nos objectifs est de faciliter, d’améliorer la relation entre les médecins, le personnel soignant et cette patientèle particulière. Le réseau TTBM fonctionne comme dans la vraie vie : c’est un bouche-à-oreille un peu formalisé. En gros, les gays conseillent un bon médecin aux autres. » Il rajoute : « Pour certains médecins, le sujet est tabou. D’autres sont carrément réfractaires. Et puis il y a ceux qui sont mal formés. Un patient dit qu’il est séropositif et le médecin lui répond que c’est de sa faute… Oui c’est déjà arrivé. En parallèle, nous travaillons sur des formations dispensées aux professionnels de la santé, notamment dans les plannings familiaux. Nous sommes aussi invités dans des colloques de médecins. »

L’association organise également, six fois par an, un groupe de parole pour les personnes séropositives. L’occasion pour elles de parler notamment de comment elles sont suivies dans les hôpitaux. « C’est la plus-value d’une association communautaire. Quand on a un souci de santé, on en parle d’abord au premier cercle relationnel. En gros, on se tourne vers ses proches avant d’aller chez un médecin. Problème : un certain nombre d’homosexuels vivent seuls et ne peuvent pas compter sur ce premier cercle de proches. C’est là que notre association intervient. Nous sommes là pour les écouter sans jugement et avec bienveillance. De pair à pair. »

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2019, l’année du chemsex

Dans le futur, l’association souhaite élargir son champ d’action. L’objectif est de ne plus seulement se centrer sur la lutte contre le VIH mais également de s’ouvrir de plus en plus à la santé en général. Elle veut être en mesure de répondre aux besoins spécifiques des homosexuels, dans ce domaine.

Voilà pourquoi, en 2019, l’asbl a choisi de s’attaquer à une problématique qui prend de plus en plus d’ampleur : le chemsex, pour chemical + sex. Comme son nom l’indique, il s’agit de la prise de drogue dans le contexte de la sexualité pour accroître la performance ou bien pour planer durant l’acte. « Certaines personnes gèrent très bien et d’autres ont plus de mal. Cela peut avoir des conséquences sur leur vie et provoquer un décrochage social ou professionnel. Certains deviennent carrément toxicomanes ! », alerte Stephen Barris. Cette situation demande une approche spécifique. Actuellement, le monde associatif qui travaille dans les assuétudes est habitué à intervenir auprès de toxicomanes « classiques ». Même topo pour les médecins. « Il y a des gens qui meurent, qui vont mal dans la communauté. Il nous semble essentiel de traiter ce public de manière spécifique. Il y a vraiment besoin de faire le lien entre l’assuétude et le milieu communautaire. »

Ex Æquo a donc pris cette problématique à bras-le-corps. En partenariat avec l’Observatoire du sida et des sexualités, l’asbl va lancer le 27 juin prochain un site dédié au chemsexe. Les internautes y trouveront une série d’informations comme un topo sur les drogues et leurs dangers ainsi qu’un éclairage sur la toxicomanie. « En parallèle, nous menons un vrai travail de réseautage avec le secteur médical mais aussi le secteur des assuétudes et le secteur communautaire. Tous ces mondes doivent se parler et collaborer », conclut-il. «  Car, ensemble, nous serons plus forts ! »

E.V.



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