Halte aux féminicides ! Le secteur associatif se mobilise

Halte aux féminicides ! Le secteur associatif se mobilise

Face aux féminicides, des ASBL ont fait part de leurs recommandations pour mieux lutter contre ce phénomène. Les travailleurs sociaux alertent quant à l’absence de moyen mis en œuvre par l’Etat et du manque de formation pour les autres services impliqués dans cette lutte.

En Belgique, tous les 10 jours, une femme meurt sous les coups de son conjoint ou ex-partenaire. Depuis le début de l’année 2019, elles sont 21 à avoir été tuées dans ces conditions. Ces 21 femmes ne sont pas des victimes de « crimes passionnels » mais de féminicides, c’est-à-dire de meurtres commis en raison de leur condition féminine. C’est le blog Stop Féminicide qui s’est chargé de publier ce chiffre alarmant. Créé en 2017 par un ensemble d’ASBL féministes, ce site en ligne recense depuis sa création 99 victimes de féminicide en Belgique. Les organisations du secteur non marchand se réunissent afin de donner une visibilité plus accrue à ce problème, qui bien qu’urgent, semble relayé au second plan par les pouvoirs publics.

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Un état des lieux alarmant dressé par les ASBL

Face aux mesures minimes du Gouvernement belge en la matière, des ASBL ont décidé de tirer la sonnette d’alarme. Alors qu’aucun recensement officiel du nombre de victimes n’a eu lieu, des plateformes d’initiative solidaire telles que Mirabal et Stop Féminicide s’y attèlent. Irene Zeilinger directrice de l’ASBL Garance souligne : « Diverses ASBL ont décidé de se réunir face à l’absence de statistique officielle. Le fait de mesurer le problème nous permet de le médiatiser à plus grande échelle et donc d’avoir progressivement un impact. »

En 2011, la Belgique a signé la Convention d’Istanbul sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique. Cette année, les autorités belges ont donc dû donc produire un rapport rédigé par l’Institut pour l’Égalité des Femmes et des Hommes (IEFH). Cependant, en octobre dernier, un rapport alternatif a été remis par une vingtaine d’ASBL au groupe d’experts sur la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique (Grevio). « Diverses structures de la société civile se sont mobilisées pour compléter le rapport officiel, notamment en raison de leur expérience de terrain et d’un contact beaucoup plus proches avec les concernés », rappelle Irène Zeilinger.

Dans ce rapport alternatif, les professionnels présentent diverses recommandations aux pouvoirs publics, dont une dizaine sont considérées comme prioritaires. « La toute première recommandation vise à combler le manque total de politique au niveau fédéral. Peu importe la localisation sur le territoire belge et le statut administratif de chacune (notamment si sans-papiers ), il faut que toutes les femmes puissent avoir accès à de l’aide », souligne Irène Zeilinger avant d’ajouter : « Il est aussi nécessaire d’augmenter le financement dédié à l’aide aux victimes. Les violences faites aux femmes coûtent environ 2% du PIB de la Belgique, il faut ainsi que le même montant soit investi au sein des services de police, de justice et des accompagnants des victimes pour mieux combattre ces violences. »

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La problématique de la formation des professionnels

Au sein de ces recommandations, les ASBL préconisent aussi la création d’un centre d’expertise autonome ainsi qu’une politique de prévention primaire. En effet, Irène Zeilinger, en tant que formatrice d’auto-défense a entendu beaucoup de femmes témoigner d’une prise en charge inadéquate : « Beaucoup d’entre elles ont été mal reçues. Par exemple, les services de police leur ont déconseillé de porter plainte. Les formations de sensibilisation restent extrêmement limitées puisqu’elles ne touchent pas tous les professionnels et ne sont pas obligatoires (souvent seuls les professionnels déjà sensibilisés vont s’y rendre). De manière générale, on observe que ce sont les travailleurs du milieu social, notamment au sein des ASBL, les plus sensibilisés et mobilisés. »

Criminologue au sein de CVFE, Sandrine Bodson pointe du doigt un manque de visibilité pour les formations déjà existantes : « Niveau formation, les provinces font leur job mais il y a un manque de visibilité criant. Au sein du pôle ressource du CVFE, sont proposées des formations pour le milieu social et judiciaire. Or tout le monde n’est pas au courant de leur existence. Aussi, les services d’aide doivent être pensés comme fonctionnant de manière décloisonnée. Comme nous sommes face à une victime et un bourreau qui ont une relation intime particulière pouvant évoluer très rapidement lors d’une durée courte, il est primordial d’avoir un réseau pluridisciplinaire pour une prise en charge des plus efficaces. » Ainsi, le manque de communication entre les différentes services (social, policier, judiciaire) constitue une barrière pour apporter une aide efficace et rapide à ces femmes.

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Mobilisation le 24 novembre

Sandrine Bodson souligne aussi un problème de méconnaissance vis à vis de l’action de la justice : « Le public pense qu’il peut tout régler. Or l’article de loi par rapport au féminicide existe déjà de manière implicite. Dans le Code pénal, il est déjà rédigé que le fait de tuer une femme étant sa conjointe et son ex-conjointe constitue une circonstance aggravante. Après, bien sûr que la justice peut mieux faire mais il ne faut pas s’attendre à régler l’entièreté du problème grâce à elle. Il faut aussi se concentrer sur la prévention notamment sur le fait d’avoir un suivi de qualité permettant d’apporter de l’aide aux victimes. »

Face à l’urgence, une centaine d’ASBL, à travers le site Mirabal, lance une mobilisation à Bruxelles le 24 novembre prochain dans le cadre de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Rendez-vous à 14h au Carrefour de l’Europe ce dimanche 24 novembre.

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A.T.



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