Lettre à la jeune femme que j’étais, à l’aube de mes études d’éducatrice spécialisée
Si l’occasion d’une capsule temporelle inversée m’était donnée, voici ce que je voudrais dire, ou écrire, à la jeune femme que j’étais il y a 23 ans, à la veille du premier jour de mes études d’éducatrice spécialisée.
Profite de tes études pour déposer tes expériences et te questionner
Profite de tes études, elles sont un moment hors du temps, un espace privilégié où tu seras, si tout se passe bien, écoutée et encadrée. Tu pourras poser tes questions et déposer tes expériences dans des espaces où tu devrais te sentir en sécurité. Si ce n’est pas le cas, ce n’est pas normal…
Profite de ces instants pour te former, apprendre, te remettre en question. Questionner tes actions, tes croyances, tes jugements (car oui, tu en poses, c’est humain), questionner tes préjugés, la pertinence de tes actes … tout cela t’est permis durant tes études, et c’est même fortement encouragé. Tu n’as pas à être parfaite, tu es en construction et c’est ce processus de construction qui est évalué durant ta formation. C’est ta capacité à grandir, à te questionner, à apprendre, à faire preuve d’humilité qui compte le plus dans l’exercice de ta future profession. Plus tard, lorsque tu travailleras, les supervisions et intervisions seront rares. Les moments que tu vis maintenant sont précieux. Si tu veux les retrouver par après, il y a de grandes chances que tu doives les mettre en place par toi-même.
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Offre-toi des portes de sortie
Assure tes arrières. Ce métier est difficile, exigeant, prenant. Tu ne supporteras peut-être pas toujours les horaires, les conditions de travail, ou encore le travail en lui-même. Ce métier d’éducatrice spécialisée peut être usant, et il le deviendra de plus en plus, car nos populations vont de plus en plus mal et nos gouvernements ne font rien pour améliorer cela. Notre société en général ne protège pas ses membres, et tout ce qui est difficile l’est encore plus pour les personnes déjà vulnérabilisées.
Tu ne pourras ou ne voudras peut-être pas exercer ce métier tout au long de tes 45, voire plus, années de carrière. 45 ans, c’est long. Ce n’est pas encore mon âge aujourd’hui, alors qui peut dire si tu voudras exercer ce métier si prenant toutes ces années ! Ménage-toi une, ou plusieurs, portes qui te permettront de faire un pas de côté. Profite de cette période pour prolonger tes études, car c’est plus facile de les faire maintenant qu’en travaillant, même si à ton âge, on commence à en avoir marre des études…
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Cultive et nourris ton réseau
Tout d’abord, cultive ton réseau : tes condisciples et tes professeurs en constituent les prémices, alors cultive les relations avec eux. Le réseau est hyper important, que ce soit pour trouver un travail, mais aussi pour évoluer, développer une autre activité, changer de carrière tout en restant dans le même secteur… Ton réseau n’est pas indispensable, mais il est facilitant. Il arrondit les angles, adoucit certaines difficultés, offre des raccourcis ou au contraire, ferme des portes… Cultive-le dès maintenant. C’est aussi un excellent apprentissage de la diplomatie et du relationnel, si essentiel et parfois si compliqué.
Questionne ton choix et sois au clair avec ton agenda caché
Questionne ton choix. Beaucoup d’entre nous optent pour ces études pour « réparer », consciemment ou, le plus souvent, inconsciemment, quelque chose en eux. Ce n’est pas grave ni honteux, l’humain est ainsi fait. Le savoir et le reconnaître permet de ne pas être inconsciemment piloté par cette main, de voir son jugement obscurci par ce biais. Bien se connaître, soi, ses vulnérabilités, ses limites, c’est la clé de beaucoup de choses.
MF - travailleuse sociale
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