La violence de l'appauvrissement

La violence de l'appauvrissement

En décernant le titre de Docteur Honoris Causa à Christine Mahy, l’Université de Liège a permis de mettre en lumière le fait qu’un certain nombre de choix politiques et sociétaux engendrent de la pauvreté. Ces derniers constituent une forme de violence.

Une violence se traduit de différentes manières :

  Par le fait que, pour ceux qui se trouvent dans le trop peu de tout (trop peu de droit au logement, trop peu de droit à l’emploi, trop peu de droit à la santé, trop peu de droit à une école qui réussit avec tous, trop peu de droit à accéder à la culture ...), le potentiel de chacun est réduit à gérer la banalité du quotidien. Ce type de violence est terrible pour l’individu qui se trouve dans l’impossibilité de se réaliser. C’est également terrible pour la collectivité et pour le développement d’une région car toute l’énergie dépensée à la survie constitue une perte collective dommageable.

  Par la stigmatisation.

  Par la mise en cause du fait que ces personnes confrontées à la pauvreté coûtent à la société. Elles sont contraintes par le trop peu dont elles sont victimes, elles doivent donc se tourner vers les services sociaux. La culpabilisation faite à leur encontre constitue une nouvelle couche de violence qui se base sur l’idée qu’elles se complairaient dans cette dépendance, qu’elles se plairaient à aller chercher des colis alimentaires, à effectuer les nombreuses démarches et à subir les différents contrôles afin d’obtenir un revenu d’intégration sociale ou une allocation.

En donnant le titre de docteur Honoris Causa à Christine Mahy, l’Ulg a voulu faire passer plusieurs messages.

Tout d’abord, elle veut remettre en valeur l’expertise et la compétence des gens de la rue et des personnes qui vivent la pauvreté. Elle en a fait un objet d’études, d’analyses, de recherches et d’enquêtes. Elle a récolté des échantillons de familles monoparentales, de personnes seules, des personnes vivant dans la rue, qui les font exister.

Ensuite, l’Ulg adresse un remerciement à tous les acteurs de l’éducation permanente ; elle invite à intensifier les liens entre la population, l’éducation permanente, et le monde académique sans hiérarchie. Il n’est pas question de prétendre que le savoir ultime se trouve à un endroit plutôt qu’à un autre.

Enfin, l’université veut saisir cette opportunité pour réfléchir à la réduction des inégalités dans le champ universitaire. Non seulement sur le plan financier mais aussi sur le plan des codes culturels qui permettent d’y accéder. Il importe de se demander pourquoi la mixité sociale y est si faible, pourquoi un enfant issu d’un milieu ouvrier, de la pauvreté ou d’origine étrangère, aura plus de difficultés à accéder à l’université ?

S’intéresser à la réduction des inégalités c’est s’intéresser de façon systémique à l’ensemble de la société, tant les personnes aisées que celles qui possèdent peu. En décernant ce titre de docteur Honoris Causa à Christine Mahy, l’Ulg veut rétablir un équilibre et potentialiser l’expertise de chaque être humain dans notre société.

Résumé adapté du discours prononcé par Christine Mahy, Secrétaire générale et politique du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté lors de la rentrée académique de l’ULiège, le 20 septembre 2018, où l’insigne et le titre de Docteur Honoris Causa lui furent remis.



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