Réflexions autour de la fin d’une thérapie

Réflexions autour de la fin d'une thérapie

Les patients ne sont pas définitivement en thérapie et le but est, bien sûr, l’autonomie à plus ou moins brève échéance. Mais comment s’organise et se vit cet arrêt tant pour le patient que pour le professionnel ?

Le bon moment, la bonne manière, le bon cadre : la fin d’une thérapie est un moment délicat qui fait partie intégrante du processus en cours. Quant à l’autonomie supposée du patient, elle s’appuie bien davantage sur l’acquisition d’outils que sur un hypothétique résultat qui aurait été atteint. Il s’agit de vivre ce moment unique qui concerne un patient unique, un thérapeute unique, une thérapie unique et, bien évidemment, une fin unique.

Tout sauf anodin

Tout sauf anodin, ce moment particulier se travaille. Il est plus un début qu’une fin, une sorte de départ ou d’envol pour le patient. Mais ce départ on peut l’organiser « en fading » au besoin, espaçant peu à peu les rencontres, ce qui peut apaiser certaines angoisses de séparation, voire d’abandon. Parfois, on note un petit sursaut d’angoisse lors des dernières séances. Rassurer sur le fait qu’on sera toujours un thérapeute disponible au besoin peut faciliter ce moment parfois difficile.

Evénement extérieur

L’arrêt de la thérapie peut être causé par un événement extérieur (une perte de revenus, un départ à l’étranger, un accident, …). C’est évidemment bien dommage que l’extérieur dicte ce qui devrait venir de l’intérieur mais il s’agit quelques fois d’une réalité pratique ou financière incontournable. Dans d’autres cas, c’est une manière de justifier un arrêt sans devoir le présenter comme une décision personnelle. Ce qui peut être à décoder… ou pas ! Tout dépend des défenses alors mises en jeu pour décider de l’opportunité d’un éventuel travail autour de l’arrêt.

Départ « sauvage »

Malheureusement, la rupture du lien thérapeutique est parfois sauvage : du jour au lendemain, le patient ne vient plus. Ce qui est dommage, c’est qu’on rate alors le travail possible autour de la séparation, de ses modalités, de la mise en mot de cette fin et de ce qu’elle suscite. Il s’agit d’une vraie perte thérapeutique. S’ensuit alors la frustration du psychologue pour qui s’interrompt brusquement la relation (« J’aurais voulu encore poursuivre, ou mettre des mots sur ce départ »). Et pourtant… Parfois, après une plus ou moins longue période, le patient revient et met des mots sur ce qui s’est passé.

Et pour le thérapeute ?

Quoi qu’il en soit, la fin d’une thérapie mobilise également les émotions du praticien. Que ce soit le soulagement après un suivi difficile, la fierté de voir le patient déployer ses ailes, l’inquiétude de le sentir fragile ou encore la frustration par rapport à tout ce qui aurait encore pu être mis au travail, le moment est d’importance pour nous aussi. Nous vivons donc également, émotionnellement, la perte d’un lien, la fin d’une relation qui parfois a été longue. Tout cela peut/doit bien sûr se travailler en supervision.

De la mesure avant toute chose

Que ce soit dans le cadre de la violence d’une rupture unilatérale ou dans le cheminement d’une fin de thérapie travaillée en séance, ce moment particulier est sollicitant. Le cadre sera donc mesuré, c’est-à-dire qu’il devra jouer subtilement sur la gamme qui va de la solidité à la souplesse, et donc des règles sur lesquelles buter au besoin à l’assurance de la disponibilité ultérieure de praticien.

D. Bertrand, psychologue



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