Santé mentale : on vous dit tout sur le bachelier de spécialisation en psychopathologie

16/05/22
Santé mentale : on vous dit tout sur le bachelier de spécialisation en psychopathologie

Découvrez la spécialisation en psychopathologie. Cette discipline investigue le champ de la santé mentale et étudie les troubles mentaux. Destinée aux professionnels de la santé, du social et du pédagogique, cette formation de deux ans est proposée par le Centre d’Enseignement Supérieur pour Adultes, le CESA. Sa directrice adjointe et enseignante dans la section, Betty Zoltan nous dit tout sur ce cursus centré sur l’expérience de terrain et basé sur une articulation constante entre la pratique et les apports théoriques.

Comment réagir face à un usager qui parle tout seul en salle ? Ou qui discute avec une personne que lui seul peut voir ? Que faire face à un résident qui est pris de manière brutale d’une peur intense, d’un sentiment de mort ou de catastrophe imminente alors qu’il n’existe pas de réel danger ? Que faire face à un bénéficiaire qui entend des voix qui le poussent à « passer à l’acte » ou qui lui donnent la sensation d’être persécuté ? Ou face à un patient en pleine phase maniaque ?

Ce ne sont là que quelques exemples des nombreuses situations auxquelles les professionnels de terrain des secteurs psycho-médico-sociaux sont confrontés. Face à la complexification des situations et à l’augmentation de la prise en charge de patients avec double ou triple diagnostic, les travailleurs peuvent se sentir dépassés voire démunis. C’est cet aveu d’impuissance parfois couplé à un manque de bagage théorique ou encore à la volonté de (re)questionner leurs pratiques d’institution qui motivent ces travailleurs à s’engager dans la spécialisation en psychopathologie.

Pour mieux comprendre et accompagner les personnes souffrant de troubles mentaux

C’est qu’aujourd’hui, la santé mentale constitue un véritable enjeu de santé publique : au-delà des services de santé mentale (SSM), elle touche aussi bien les secteurs de la grande précarité que de la toxicomanie ou encore de l’aide à la jeunesse. Bref, la santé mentale est partout. C’est dans ce contexte que le bachelier de spécialisation en psychopathologie apporte une réelle plus-value aux professionnels sur le terrain. Tant vis-à-vis des publics accueillis et accompagnés que vis-à-vis de leur institution.

« La psychopathologie est la discipline qui consiste à étudier les troubles mentaux. Comme ceux-ci se définissent par rapport à une norme, on peut les considérer comme des anomalies mentales, ce qui implique nécessairement d’interroger la norme et donc le contexte social, culturel, juridique mais aussi institutionnel dans lequel s’insère l’individu qui en souffre, explique Betty Zoltan. La fonction principale de la psychopathologie consiste à étudier ces anomalies, en percer les mécanismes et la genèse, en définir la fonction ainsi qu’étudier et mettre à jour les moyens potentiels permettant de diminuer la souffrance qui en résulte chez la personne atteinte et son entourage : étude, évaluation, diagnostic, aides et traitements de la souffrance psychique quelle que soit son origine. »

Puis-je suivre cette spécialisation ?

Pour prendre part à cette spécialisation, il convient d’avoir un titre requis : un bachelier ou un grade équivalent de la catégorie paramédicale, sociale ou pédagogique. Sans titre requis préalable, la formation peut néanmoins être accessible après réussite d’un examen d’admission.

Cette formation s’adresse principalement à des professionnels de terrain qui sont confrontés à des bénéficiaires, des usagers, des résidents ou des patients qui souffrent de troubles mentaux et qui, dans un travail pluridisciplinaire, viennent questionner et penser leur travail différemment.

Parmi les professions représentées, on retrouve, entre autres, des éducateurs, des psychomotriciens, des infirmiers, des assistants sociaux. « Généralement, ils ont au moins 10 ans de carrière, ils ont du recul », précise Betty Zoltan.

Comment s’articule cette formation et quels en sont les objectifs ?

« L’expérience de terrain constitue un pôle important de la formation puisque celle-ci s’articule autour de deux axes : la formation scolaire (lieu d’apprentissage théorique et clinique) et la formation professionnelle (lieu d’expérience et de recherche) », poursuit l’enseignante. Ces deux pôles se renvoient l’un à l’autre dans un jeu dialectique permanent, ceci afin d’atteindre mieux encore les objectifs généraux de la formation qui sont :

  • D’approfondir les référents théoriques et méthodologiques spécifiques au secteur de la santé mentale ;
  • D’analyser en équipe les demandes et les besoins des bénéficiaires de leurs services et institutions ;
  • De participer avec l’équipe de travail au suivi et à l’accompagnement thérapeutique des bénéficiaires.

« Au vu de toutes les disciplines engagées, il est indispensable d’envisager la psychopathologie sous l’angle de l’interdisciplinarité et du travail en équipe pluridisciplinaire », reprend Betty Zoltan.

Une approche spécifique : « Les étudiants sont nos collègues »

La formation est organisée en petits groupes de 15 à 20 personnes maximum. « Cette formation est conçue comme une intervision. Chaque étudiant vient avec une situation vécue et nous apprenons à utiliser les concepts théoriques sur le terrain. Nous réfléchissons aux situations en équipe, ce ne sont pas des cours ex cathedra. Les étudiants sont nos collègues. Ils viennent de secteurs différents, ce qui constitue une véritable richesse. Ensemble, nous travaillons à développer un regard méta sur leurs pratiques professionnelles, eu égard au fonctionnement de leur institution », indique l’enseignante.

Durant la première année de formation, les étudiants bénéficieront des éléments de base de la psychologie ainsi que de la psychopathologie. Ils seront également initiés à l’art de l’entretien et apprendront tout ce qu’il faut savoir sur la dynamique et la gestion des conflits au sein des groupes. Ils seront aussi amenés à suivre des cours centrés sur le droit et les structures institutionnelles de santé mentale. Ou encore, en deuxième année, par exemple, des cours d’ethnopsychiatrie qui permettent d’aborder la question de la santé mentale dans d’autres cultures. Les étudiants vont également sur le terrain à la rencontre des différents types de secteurs (service de santé mentale, hôpital, aide à la jeunesse, etc.).

Quels sont les avantages de cette spécialisation ?

 Gagner en crédibilité professionnelle

Cette formation permet aux professionnels d’avoir un regard plus pointu et plus étayé sur certaines situations. Cela leur permet également de partager une réflexion au sein de leur équipe qui sera davantage entendue et de gagner en crédibilité professionnelle.

 Ouvrir à de nouvelles perspectives professionnelles

Les détenteurs de cette spécialisation disposent d’une corde en plus à leur arc sur le marché de l’emploi. La formation ouvre non seulement des portes au sein même des institutions mais donne également accès à d’autres secteurs de la santé mentale : services de santé mentale (SSM), hôpitaux, centres de jour, services intra et extra hospitaliers, Initiatives d’Habitation Protégée (IHP). Mais on peut citer également le secteur du handicap, de l’aide à la jeunesse, le milieu carcéral ou encore le secteur relatif aux assuétudes.

 Profiter de l’expertise de professionnels de la santé mentale

L’équipe enseignante se compose d’une dizaine de professionnels de la santé mentale qui exercent différents métiers : psychologue, psychiatre, sociologue, psychomotricien, directeur d’institution, avocat (administrateur de biens).
Les étudiants apprennent des enseignants mais aussi de leurs pairs avec qui ils partagent leur expérience de terrain et apprennent à travailler en réseau.

 Mieux saisir les enjeux des bénéficiaires et de l’institution

L’articulation constante entre la théorie et la pratique permet aux professionnels de mieux comprendre les enjeux des bénéficiaires mais aussi de leur institution. « C’est une formation qui ouvre à une pensée complexe qui permet d’aborder une situation selon plusieurs portes d’entrée. Nous ne délivrons pas des recettes toutes faites. Nous leur donnons des clés de lecture », commente Betty Zoltan.

En pratique

Le programme de formation contient 11 unités d’enseignement, réparties sur 2 ans.

Le passage de l’épreuve intégrée se fait au terme des deux années, au mois d’octobre de l’année scolaire suivante et permet d’aboutir à la diplomation. Le travail de fin d‘études est en lien avec la pratique professionnelle de terrain. « Les sujets sont très variés : par exemple, la mort en milieu scolaire, la bipolarité, la marginalité, l’aliénation parentale, les soins infirmiers et la santé mentale en milieu carcéral, la gestion des troubles anxieux pour favoriser l’accompagnement en maison d’accueil ou encore la sexualité chez les personnes déficientes », détaille la directrice adjointe du CESA.

Les cours se donnent à Roux (10 rue de Courcelles) les mardis de 9h00 à 17h20 ainsi que quelques samedis sur l’année.

Cette formation donne accès aux congés-éducation.

Le CESA

Le Centre d’Enseignement Supérieur pour Adultes (CESA) est un établissement d’enseignement de promotion sociale reconnu et subsidié par la Fédération Wallonie Bruxelles qui offre diverses formations et spécialisations, à prix extrêmement démocratique : certificat de qualification éducateur, bachelier en éducation spécialisée, bachelier en psychomotricité, bachelier de spécialisation en cadre du secteur non-marchand et le bachelier de spécialisation en psychopathologie.

Plus d’infos sur www.cesa.be ou 071/45.11.08

Lina Fiandaca



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