Chronique d’un psy : des patients partout !

Chronique d'un psy : des patients partout !

Un tour d’horizon sur une situation qui est légion pour tout travailleur dont la relation d’aide est au centre de son métier : que fait-on lorsque l’on croise son patient en dehors du cadre de sa consultation ?

Cette semaine, je valse en mode paranoïaque persécuté : ils sont partout. Dans le supermarché où je rechigne à faire mes courses, sur le quai bondé du métro, à la fancy-fair où l’on m’oblige à trainer les pieds pour assister au spectacle insipide de mes neveux et nièces, même dans la pénombre de la salle de projection de mon cinéma préféré. Vous ne pouvez plus être tranquille nulle part quand ce sentiment vous colle à la peau : cette impression que vos patients désertent votre cabinet pour squatter votre vie personnelle et coller à votre réalité intime.

Tant il est facile de botter en touche lorsqu’un patient un peu trop envahissant vous pose une question qui vous paraît être suffisamment personnelle que pour ne pas être débattue en cabinet, tant lorsqu’il se retrouve propulsé au fin fond de votre propre vie sans que vous l’ayez autorisé à participer à la fête, il se peut que l’on se retrouve assez vite démuni.

Est-ce réellement un drame ? En soi, non. Il est évident que si mon patient fréquente la même pharmacie que moi et que le hasard de la vie le met juste après moi dans la file d’attente, je pense que le fait de savoir qu’il me faut renouveler mon stock d’anxiolytiques, tout en prenant garde que cela n’ait pas d’effet sur mes antimycosiques pourrait éventuellement laisser une trace dans l’imaginaire de mon patient ainsi que ses futures projections à mon égard, mais je n’imagine pas mon travail mis à mal…

Par contre, même si l’on est bien conscient que pour votre patient, cela ne risque pas d’être une raison de couler le navire thérapeutique, peut-on postuler que pour le thérapeute, cela reste gênant ? A-t-on réellement envie que nos patients soient au clair avec le fait qu’il nous faut prendre de la B12 au matin et qu’on a en réserve du Sildénafil pour le jour où cela s’avèrera nécessaire ? Parce que j’entends bien qu’il faut être à deux pour saborder une relation, mais si le malaise s’installe de l’autre côté du fil, le résultat n’est-il pas le même ?

Il me paraît donc primordial de poser la question suivante : que faut-il faire pour préserver notre pudeur ? Se doit-on de vivre à 50 kilomètres de là où l’on travaille pour éviter de croiser le regard neurasthénique du patient du vendredi quinze heures ? Peut-on éventuellement fournir à certains de nos patients une liste exhaustive des lieux qui leur sont prohibés pour le bien-être de la relation ? Est-ce réellement une question de distance ? De fait, qu’est-ce qui vous empêche d’avoir les mêmes goûts qu’un de vos patients en terme d’évasion et de vous retrouver cloués autour de la même piscine en vacances ?

En conclusion, on l’aura compris, je pense que malheureusement il faut s’y faire, nos patients ont également une vie en dehors de notre cabinet. Il peut arriver que le hasard les ramène sur notre chemin. Pour ma part, un clin d’œil bienveillant suivi d’un bonjour suffit et pour les plus invasifs d’entre eux, un rappel du respect de la vie privée s’impose. Plus que tout, je pense qu’il est important de partir du principe que généralement, s’il y a de la gène, elle est souvent partagée et que votre patient, pas plus que vous, n’a envie de vous croiser dans son intimité, quitte à faire 40 kilomètres pour venir en consultation chez vous !

T.Persons

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