Le bulletin social : c’est la rentrée !

Le bulletin social : c'est la rentrée !

Un concept nouveau pour une rentrée nouvelle. T. Persons nous fait part de son optimisme pour le secteur non-marchand en compagnie d’un élu politique qui préfère, pour de nébuleuses raisons, rester anonyme.

« Votre politique est pire qu’un simple crime, c’est une tragique bévue ! » C. Chaplin, le dictateur (1940)

La rentrée… Cette occasion inespérée de faire peau neuve et de laisser derrière soi toutes ces mauvaises habitudes qui font défaut… Je ne sais pas pour vous, mais de mon côté, un élan d’euphorie a envahi le sous-sol de mes émotions, comme si cette année était celle du changement, de la renaissance, de la générosité sociale et du partage avec de l’amour ou de la fraternité. En somme quelque chose de nouveau. Vous l’aurez compris, ce que je vous propose avec ce bulletin social, c’est de distiller de manière chronique mon inusable optimisme.

Bref, étant donné que la rentrée sociale est aussi trépidante qu’un épisode de la série Derrick en version originale sous-titrée en espagnol, j’ai décidé de suivre mes envies pour vous donner des nouvelles de nos politiques socialistes. Je ne voudrais pas m’attirer les foudres de gauche, mais j’ai quand même le sentiment que la rentrée risque d’être pour le moins chaotique pour ceux qui n’ont pas encore réussi à se recaser. Soucieux du bien-être d’autrui, j’ai voulu, à cet égard, vous faire part d’une discussion que j’ai eu avec mon ami Yvan M., dont je tairai le nom de famille afin qu’il puisse jouir d’un anonymat si cher à ses yeux.

On ne va pas se mentir, entre les innombrables convocations à d’obscures commissions d’enquête parlementaires et les séances photos fondamentales pour savoir de quel profil il faut tailler son buste, c’est un Yvan fatigué que j’ai eu l’occasion de croiser dans notre QG habituel : un petit bistrot cosy du centre ville qui nous fait un sublime dîner champêtre à 350 euros le couvert, caviar et champagne non inclus.

Fatigué ? Je ne vous le fais pas dire ! C’est qu’avec tout ce remue ménage, on lui a sucré ses vacances, à notre Yvan. Lui qui, philanthrope de la première heure, comptait faire du bénévolat au service de la population des Maldives en prônant une attitude touristique plus qu’irréprochable, quitte à devoir y dépenser la moitié de la dette wallonne. Non, à la place, il a dû faire face au courroux d’Elio, aux leçons de morale de Saint Paul et aux quolibets de tonton Flahaut.

Bref, c’est face à un homme physiquement et moralement exténué que je me suis retrouvé. Jamais avare, surtout lorsqu’il s’agit de refaire le monde, nous avons donc pris le temps d’argumenter autour d’un premier cru bourgeois aussi cher et rare qu’un bruxellois sur notre majestueux piétonnier. Le sujet qui nous divise ? Les actions syndicales à venir pour le secteur non-marchand.

Son avis est clair : si l’on est heureux dans son métier, on ne compte pas les heures. Je l’entends encore me renvoyer énergiquement, tout en suçotant une pince de son homard écossais pour en extraire un maximum de chair : « Tu veux que je te dise le fond du problème ? Ces gens n’ont aucune passion ! Quand tu travailles avec tes tripes et que tu te donnes à fond, tu te moques de ce que tu vas gagner à la fin du mois, non » ? De prime abord, j’avais envie de lui dire que c’était bien d’être investi pleinement dans son métier, mais que malheureusement ma caissière n’acceptait pas que je paie mes courses à coup de passion. Finalement, je me suis ravisé car, face à tant de fougue, on comprend vite qu’il ne sert à rien de discuter. J’avais quand même en face de moi un homme tellement motivé dans ses tâches professionnelles qu’il poussait le vice à se rendre à des réunions, même si elles n’existaient pas !

Dans la foulée, je me suis permis de lui signifier mon désarroi face aux coupes budgétaires, à cette impression que la santé des gens n’est pas une priorité pour nos gouvernements, surtout lorsque l’on aborde la question des plus démunis et que finalement, c’est tout un secteur qui est au bord de l’asphyxie. Heureusement que notre serveur attitré revenait avec deux coupes de Dom Pérignon parce qu’au moment où je lui expliquais mon point de vue, Yvan faillit s’étouffer avec un copeau de truffe.

Reprenant péniblement son souffle, il me dit avec colère : « L’argent, rien que l’argent, toujours l’argent, vous n’avez que ce mot à la bouche vous autres » ! Un peu surpris par sa réaction véhémente, je lui dis que, de fait, à l’heure actuelle, pour être efficient, tout n’était qu’une question d’argent. Sans crier gare, j’ai vu mon Yvan s’effondrer, me prétextant qu’en tant que socialiste convaincu, il ne pouvait plus supporter ce monde superficiel où le pognon est roi.

C’est ainsi qu’il m’a confessé qu’il se refusait à continuer ses mandats politiques et qu’il préférait partir dignement en montrant la voie à suivre pour ceux qui ont encore un semblant d’honnêteté politique. Je l’ai donc consolé à coup de bourbon aussi vieux que les problèmes de gouvernance du parti socialiste. Nous avons trinqué en l’honneur de tout le secteur non-marchand et je dois vous le confesser, la boisson aussi douce fut-elle, m’a laissé un arrière-goût nauséabond dans le fond de la gorge…

T. Persons

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