Le Bulletin social : il n’y a pas d’amour heureux

Le Bulletin social : il n'y a pas d'amour heureux

En lumière dans le bulletin social de la semaine : une déception amoureuse, une ministre de la santé qui s’accroche et une célébrissime chanteuse galloise.

Le masque tombe, l’homme reste et le héros s’évanouit . S. Gainsbourg

Au début, il y avait comme un éclair de satisfaction qui s’était épris dans le tourment de mes espoirs. Je ne vous le cacherai pas, tel un fan de Star Wars à l’aube d’un nouvel épisode, j’étais un peu sceptique, un brin négatif, la peur au ventre d’être déçu par une réalisation médiocre. Pourtant, je connaissais plus ou moins le script : elle était médecin, une réputation de personne juste, équitable, humaine. Enfin, un ministre de la santé qui connaissait au minimum le terrain, loin de tous ces politiques déconnectés de la réalité de notre secteur…

Vous savez, je l’ai aimée. Disons plutôt que je l’ai idéalisée. Je pensais réellement qu’elle sortirait de ce clivage entre les économies et la santé, qu’elle comprendrait réellement les enjeux et qu’elle ferait le poids face à l’ogre ultra libéral qui lui renverrait que la santé dans un budget fédéral, c’est comme les lunettes de soleil sur les yeux d’un aveugle, c’est sympa, mais ce n’est pas réellement nécessaire.

Je ne voudrais pas me trouver des excuses, mais lorsque l’on entame une idylle, on a tendance à gommer les défauts de l’autre. On se ment un peu à soi-même tout en se disant que, peut-être, on arrivera à passer outre les mauvaises manies. Je savais pertinemment qu’il était assez rare que le conseil de l’INAMI rejette un projet de budget, mais ma chère et tendre débordait tellement de confiance, que je me suis dit que si elle faisait l’impasse sur toute concertation sociale, c’est parce qu’elle avait certainement un plan caché brillant, que malgré des manières un peu douteuses, le génie en elle allait nous sortir un lapin de son chapeau et que je pourrais continuer à fantasmer sur les courbes intarissables de son talent politique.

Puis, tout doucement, on se met à douter… Le vocabulaire change. On parle de coupes budgétaires dans les soins de santé. On ne veut néanmoins pas tuer l’espoir qui a grandi en nous, on la croit encore quand elle annonce des coupes chirurgicales. On devient méfiant, mais on garde l’illusion qu’elle fera pencher la balance en notre faveur et qu’elle nous défendra, coûte que coûte, mais malheureusement vient le temps des désillusions.

Alors évidemment, on a un peu de fierté dans le non-marchand. On essaye quand même de la défendre auprès des copains qui ne se cachent plus pour mettre en avant ses faux-pas. Loyal, on lui trouve des excuses : « Non, mais faut la comprendre mon Pierrot, elle est obligée d’avoir un double discours ! Tu as vu avec qui elle traîne ? Ses collègues sont de vraies vipères, de vrais fachos ! Et puis, son boss est un vrai clampin, ce n’est pas lui qui tire les ficelles ! Tu comprends, pour survivre, faut qu’elle fasse profil bas » ! Malheureusement, plus on la soutient, plus cela devient lourd à porter tant cela sonne faux et creux…

Vient alors le temps des désillusions et de la colère. On se dispute de plus en plus, on commence à fracasser la vaisselle contre le sol humide de nos amours déçues. On va fouler les pavés pour montrer son mécontentement. On ouvre les yeux sur tout ce que l’on a laissé faire : les numéros INAMI pour nos futurs médecins, l’abandon des étudiants en psychomotricité, un plan anti-tabac bancal, la majoration du prix des antibiotiques, l’abstinence des homosexuels s’ils veulent faire don de leur sang…

Face à ce constat, on se dit qu’il ne sert plus à rien d’essayer de sauver son couple. Que finalement notre histoire d’amour se conjugue au passé et que la séparation ne tient qu’à un fil ténu. Puis, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase de notre passion commune. On s’en prend aux infirmières… On impose un contrôle, on parle de fraude. On remplace sémantiquement tout ce qui avait fait le charme du personnage. Il n’y a plus de médecin humain, mais juste une politique qui se cache derrière un serment hypocrite. C’est la rupture…

Finalement, on se console comme on peut. On noie son chagrin en alternant la vodka et la glace au chocolat tout en pleurant sur un tube de Bonnie Tyler. On se dit qu’en fait, elle était comme les autres. On en a marre de se faire avoir par des politiques qui arrivent avec des idées et qui repartent avec un constat effarant : ils ne changeront jamais rien.

En conclusion, on s’en remettra, même si cette nouvelle fracture fait mal et que tous les métiers de l’humain sont touchés. On regarde notre ministre avec le regard méfiant que l’on porte à une ex-compagne qui malgré l’opulence de son courroux, est à bonne distance, mais qui, malheureusement, peut encore vous nuire. Il va falloir du temps, de l’énergie. Il faut que l’on se serre les coudes, la fin du mandat approche… On attend impatiemment le prochain, tout en se disant que cette fois-ci, il est hors de question qu’il nous fasse tourner la tête. On est bien naïf dans le secteur de la santé, on tombe vite amoureux et on est souvent déçu jusqu’à en devenir un vieux con cynique qui n’a plus aucun espoir. Alors seulement, on envisage une carrière en politique…

T. Persons

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