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Valérie, aide-soignante en gériatrie : un regard lucide sur un métier essentiel

Valérie, aide-soignante en gériatrie : un regard lucide sur un métier essentiel

À l’occasion de la Journée internationale des aides-soignant·e·s, le Guide Social met en lumière un métier essentiel mais encore trop peu reconnu. Valérie, aide-soignante en gériatrie dans une institution psychiatrique, nous ouvre les portes de son quotidien. Entre engagement, contraintes et transmission, elle revient sans détour sur son parcours et sur ce qui, selon elle, devrait changer pour les générations futures.

Le Guide Social : Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir aide-soignante ?

Valérie : J’ai toujours eu envie d’aider les personnes, d’agir de manière concrète et j’ai toujours bien aimé le milieu médical. Avant, j’étais technicienne de surface. Je voyais travailler les aides soignantes et les infirmières et j’avais envie d’évoluer dans mon travail, d’apporter mon aide aux patients, de rendre service autrement. A l’époque, l’institution où je travaille dépendait de la Province et nous avions eu l’opportunité de nous former. J’en ai profité, car les formations avaient lieu dans nos locaux, durant notre temps de travail et nous étions payés pour le faire. J’ai ainsi repris des études et je suis devenue aide-soignante. C’était il y a un peu plus de 15 ans.

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"Contrairement à ce qu’on pense beaucoup, aide-soignante, ce n’est pas ’pipi caca’ !"

Le Guide Social : Comment décririez-vous votre métier d’aide-soignante à quelqu’un qui ne le connaît pas ?

Valérie : Contrairement à ce qu’on pense beaucoup, aide-soignante, ce n’est pas "pipi caca". Certes, on lave les personnes, on change les langes, mais on fait bien plus que ça, on est bien plus que du personnel en charge de l’hygiène. Ceci dit, être en charge de l’hygiène, c’est agir concrètement pour la dignité de la personne et c’est déjà très bien !

Tout d’abord, nous sommes habilités à faire certains actes qui étaient autrefois du ressort exclusif de l’infirmier comme, par exemple, prendre les glycémies ou les tensions. Effectivement, on a toujours fait plus que les tâches qui sont normalement de notre ressort, mais maintenant, c’est officiel, et nous sommes formés pour. Ensuite, selon la manière dont le service est organisé, on peut passer du temps avec les patients, et réaliser avec eux des actes tels que les coiffer, leur poser du vernis, organiser des activités … en fait, on les connaît mieux que les infirmiers et je pense qu’ils nous font plus confiance.

Le Guide Social : Il y a aussi ce lien avec les familles qui est un peu particulier.

Valérie : Dans mon service, on peut encore prendre des décisions pour le bien-être du patient, comme par exemple d’accorder plus de temps aux toilettes, quitte à ce qu’ils ne soient pas prêts pour le déjeuner et qu’ils déjeunent en peignoir. Ce n’est pas grave, on fait leur toilette après. Selon les souhaits et les possibilités, on peut aussi les laisser se relaxer dans un bain par exemple. On est à leur écoute.

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Le Guide Social : Avez-vous une journée type ?

Valérie : On commence à 7h par le rapport, jusque 7h15, puis on enchaîne avec les toilettes, jusqu’au déjeuner, à 8h30. Après le déjeuner, on poursuit les toilettes qu’on n’a pas eu l’occasion de faire avant. Certains patients ont des activités en matinée. Durant la journée, l’accès aux chambres est interdit pour les patients, sinon, certains passeraient leurs journées au lit. On profite de ces moments pour faire les lits, ranger les chambres, le linge, etc.

A 11h30, les dîners arrivent. Certains patients sont autonomes dans la prise de leurs repas et d’autres non. On doit donc donner à manger à ces patients. L’après-midi, pareil, certains patients ont des activités. On a aussi des ergothérapeutes, des esthéticiennes sociales, etc qui viennent. Nous, on continue à s’occuper de ce qu’il y a à faire dans le service. Vers 15h30, ils ont un goûter et le souper à 18h. On est aussi censées mener des entretiens formels avec les patients, mais on n’a pas le temps de le faire. Après, on est tout le temps en contact avec eux, et ils nous parlent beaucoup plus facilement lorsqu’on fait leurs soins que si on s’asseyait derrière un bureau pour leur poser des questions. C’est un des avantages de notre métier.

"Certains jours, je rentre chez moi et j’ai l’impression de ne rien avoir fait, alors que je n’ai pas arrêté"

Le Guide Social : Si vous aviez une baguette magique pour améliorer des choses au niveau de vos conditions de travail, que feriez-vous ?

Valérie : Plus de personnel. On est beaucoup trop peu. On n’a plus le temps de rien, on court tout le temps et on ne peut plus effectuer un travail de qualité. Certains jours, je rentre chez moi et j’ai l’impression de ne rien avoir fait, alors que je n’ai pas arrêté. On se sent comme à l’usine, on ne connaît plus les patients et nous-mêmes on est comme des numéros.

Avant, la direction connaissait chaque membre de personnel et on se connaissait entre nous, mais maintenant ce n’est plus le cas. L’institution a changé, tout a changé et pas forcément pour un mieux. Par exemple, cette histoire de toilettes : pour le moment, on a chacune 10 toilettes à faire, en théorie en 1h15, donc ça fait 7,5 minutes par toilette, sans compter le déplacement entre les chambres. Vous imaginez ?! Il me faut plus de temps pour me préparer le matin et pourtant, je le fais seule et je n’ai pas de problèmes de mobilité ! Comment peut-on traiter une personne avec dignité en faisant sa toilette en moins de 7 minutes 30 ?

Les mentalités ont changé aussi. Avant, lorsque j’étais technicienne de surface, le médecin m’appelait régulièrement au début des réunions du personnel, pour que je partage ce que j’avais observé dans le service, chez les patients. Maintenant, les médecins ne savent même plus comment s’appellent les techniciennes de surface !

Et en cas de décès d’un patient… aujourd’hui, la chambre est réattribuée le jour même. Avant, elle restait vide plusieurs jours… Ce n’est plus pareil et ça ne va pas mieux ! Nous sommes trop peu, mal reconnus et pas assez valorisés. Ce n’est pas étonnant qu’il y ait des pénuries. Aujourd’hui, les jeunes ne veulent plus faire ce métier et je les comprends. Si j’étais plus jeune, je changerais aussi.

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Le Guide Social : Y a-t-il un moment qui vous a particulièrement marquée ?

Valérie : Ce qui est toujours marquant, c’est lorsqu’on doit contentionner un patient. On le fait pour leur bien, pour leur sécurité et celle des autres, mais comme ce sont des personnes âgées, c’est marquant, du fait qu’on s’identifie à eux. Ça pourrait être nos parents… Ce sont aussi, dans un sens plus positif, toutes les anecdotes que les patients nous racontent. Être aide-soignante, c’est surtout être à l’écoute du patient. Certains peuvent parler en boucle de la guerre ou de leurs traumatismes d’enfance et nous, on écoute, on est là pour ça.

Propos recueillis par MF, travailleuse sociale

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