Que fait-on des productions des enfants en thérapie ?

Que fait-on des productions des enfants en thérapie ?

Les bureaux de psychologues pour enfants abondent en dessins, bricolages, figurines en plasticine… Ceux-ci sont soit bien visibles, soit soigneusement rangés dans le dossier ou la boîte personnelle de l’enfant. Mais que fait-on de ces productions souvent hautement symboliques en fin de thérapie ?

Travailler avec des enfants implique de recourir à leur canal privilégié de communication. Jusqu’à 10-12 ans, il apparaît que le jeu et le dessin demeurent les moyens d’expression privilégiés des enfants. Leur offrir la possibilité de les utiliser est alors essentiel. Si jouer demande d’avoir un minimum de matériel à disposition, cette action ne laisse aucune trace matérielle. Il n’en est pas de même avec les dessins et les bricolages, qui demandent eux des lieux de stockage, parfois plus que conséquents.

Il était une fois le cadre…

Quel psychologue n’a pas bataillé au moins une fois dans son parcours professionnel avec un enfant pour garder ses productions. C’est bien souvent l’erreur du débutant, celui qui oublie lors de la première séance de spécifier à l’enfant que ce qui se fait ici, reste ici. Et ce au même titre que ce qui se dit ici, reste ici. Il faut néanmoins savoir qu’expliquer à l’enfant ces règles du cadre, ne nous met pas à l’abri de ses demandes véhémentes de reprendre le dessin ou le bricolage qu’il a produit en séance. Il va alors falloir rappeler le cadre sur lequel nous nous sommes mis d’accord la première fois.

Jusqu’où bataille-t-on avec un enfant pour conserver ses productions ?

Cette question n’appelle malheureusement pas à une réponse unique. C’est bien là que nous sommes renvoyés au cas par cas. Face à un enfant souffrant de trouble de l’attachement, il est bien possible que repartir avec un dessin réalisé en séance lui permette de garder le lien avec le thérapeute. Se rigidifier alors derrière une règle n’a que peu de sens et perd de sa valeur thérapeutique. Par contre, pour un autre de nos patients, il peut être essentiel et thérapeutique de s’en tenir à la règle première.

L’intérêt de conserver les productions de nos petits patients

Si l’on bataille si âprement avec nos patients pour garder en nos murs leurs productions, c’est bien qu’il y a une raison, voire des raisons. Je n’en citerai ici que quelques-unes. Tout d’abord il s’agit d’une production créée dans cet espace d’entre-deux, qu’est l’espace thérapeutique, et donc tout ce qui est produit ici, reste ici. Garder les productions des enfants dans le lieu de leur création permet de les protéger de la destruction par le monde extérieur (que ce soit dans le réel, par des frères ou sœurs, ou au niveau plus symbolique d’une disqualification par les adultes de ce qui a été produit). En outre, cela nous permet d’observer l’évolution de nos patients au travers de leurs productions et de leur en fournir une analyse. Par ailleurs, garder leurs créations permet de les continuer, de les modifier avec eux d’une séance à l’autre.

Et on inventa la photocopieuse

Dans les cas où le respect de cette règle paraît impossible, il nous reste l’option de faire une copie du dessin et laisser l’enfant repartir avec l’original. S’accrocher à tout prix à une règle parce qu’il s’agit d’une règle est absurde. Néanmoins, si nous assouplissons la règle et permettons à l’enfant de reprendre sa production, il est essentiel de lui transmettre quelque chose de la compréhension que nous avons de son impossibilité à se détacher de son dessin. Cette interprétation de son attitude vient nourrir le travail thérapeutique entamé avec lui.

À l’ère du numérique

Recourir à l’appareil photo numérique nous permet de capturer les productions de l’enfant sans nécessairement devoir les conserver dans leur forme première. En fin de thérapie, nous pouvons nous retrouver avec beaucoup de productions accumulées au fil des mois, voire des années. Au moment de se dire au revoir, nous pouvons suggérer à l’enfant de prendre ensemble des photos de ce qu’il a produit. Cela permet de garder une trace du travail réalisé. Garder tous les bricolages et tous les dessins de nos patients est impossible, les numériser est donc une autre manière de les conserver.

Et ainsi se finit ce temps de co-création

Lors du dernier rendez-vous, après avoir photographié ses productions, nous pouvons permettre à l’enfant de choisir l’/les œuvre(s) qu’il souhaite emporter. Nous prendrons le temps d’échanger avec lui sur les motifs de son/ses choix. Ce temps d’échange permet souvent de parcourir, au travers de ses créations, le travail thérapeutique réalisé ensemble et d’objectiver le chemin parcouru depuis la première rencontre.

V.B, psychologue clinicienne

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