Et cette assurance autonomie ?

Et cette assurance autonomie ?

A deux ans de la fin de la législature, la Mutualité chrétienne rappelle, dans son Edito, l’importance de l’assurance autonomie, mesure promise par les politiques, mais qui fait toujours défaut, en termes d’actions concrètes sur le terrain.

Nous avons tous déjà rencontré dans notre entourage, parmi nos proches et connaissances, une personne qui nécessitait un accompagnement à domicile. Comment lui assurer une aide au quotidien, un confort, une qualité de vie suffisante ? La perte d’autonomie est un moment difficile qui appelle des réponses efficaces et adaptées à chaque situation.

La perte d’autonomie peut être liée à de nombreux facteurs comme un accident, les suites d’une opération, mais aussi une situation de handicap ou de maladies chroniques. À cela s’ajoute un autre défi que notre société doit relever : le vieillissement de la population. Les statistiques le démontrent à souhait, et il est urgent de trouver des solutions pérennes.

Nos voisins en Flandre l’ont compris, il y a de cela déjà 10 ans. Ils ont développé la "zorgverkering", qui correspond à l’assurance autonomie que nous attendons avec impatience. En Flandre, cette assurance – pour laquelle tout le monde cotise – permet de bénéficier d’une allocation mensuelle afin de se faire aider face aux difficultés engendrées lors d’une perte d’autonomie.

Et chez nous ?

Depuis de nombreuses années, la MC plaide pour une assurance autonomie à destination des populations bruxelloise, germanophone et wallonne. Cette assurance permettrait le remboursement de prestations d’aide auprès d’opérateurs agréés par les autorités. Le Gouvernement wallon a affirmé en juillet 2015 qu’il souhaitait également avancer dans ce sens pour soutenir les personnes dépendantes. En juillet 2016, une note cadre en précisait même déjà les contours…

Il devient nécessaire à présent que le Gouvernement wallon marque l’essai ! Et il reste encore de nombreuses questions à régler. Mettre en oeuvre un tel dispositif nécessite une concertation avec tous les secteurs : concertation régulière et cadencée pour fixer, organiser, comprendre les besoins et y répondre, affiner, développer, avancer… bref, CONCRÉTISER.

L’une des questions majeures est la question budgétaire. Le principe de base de l’assurance autonomie repose, en partie, sur le même système que celui de la Sécurité sociale : tout le monde cotise, afin de permettre à ceux qui en ont besoin d’en bénéficier. Mais imaginer que ce dispositif fonctionne exclusivement sur base des cotisations payées par l’ensemble des citoyens wallons est…illusoire. Les besoins iront croissant. Au-delà de la constitution de réserves financières nécessaires à sa viabilité, il faudra garantir ses perspectives de développement, sans repasser systématiquement par le portefeuille du citoyen. Il est dès lors urgent d’identifier de nouveaux moyens structurels et de réorienter certaines politiques. Il s’agit d’un choix, c’est vrai. Mais nous pensons aujourd’hui que la Wallonie doit poser cet acte audacieux pour le futur de ses citoyens. Aujourd’hui et maintenant.

Dans ce contexte, il nous faut poser la question suivante : que va devenir l’aide aux personnes âgées (APA) ? Cette allocation forfaitaire – que la 6e réforme de l’État a régionalisée – est octroyée aux personnes de plus de 65 ans qui ont des niveaux de revenus relativement bas. En 2014, la Mutualité avait déjà – dans son mémorandum – revendiqué une assurance autonomie, partie financée par le budget de l’APA, tout en préservant les acquis pour les bénéficiaires, bien entendu.

Soyons cohérents : allons-nous laisser deux politiques d’aide à la personne évoluer avec des critères d’accessibilité différents au sein d’une même entité ? Et avoir, d’un côté, un système d’assistance qui ne bénéficie pas à tous (limité selon les revenus, l’âge…) et, de l’autre, un mécanisme assurantiel ; certes où le citoyen est mis à contributions, mais qui profite à tous sans limite d’âge ou revenu ?

Et en communauté germanophone ?

Il nous semble essentiel de prendre le temps avec les autorités germanophones d’envisager que l’assurance autonomie soit accessible également pour les résidents germanophones, ce qui leur garantirait aussi un socle de solidarité solide.

N’oublions pas non plus les Bruxellois !

Enfin, l’enjeu d’une telle assurance concerne aussi chaque Bruxellois. Les autorités ont pris le temps de procéder à une étude de faisabilité. Celle-ci étant terminée, il est grand temps que le gouvernement prenne aussi le chemin de l’implémentation d’une assurance autonomie sur son territoire. Comme en Wallonie, l’enjeu du financement n’est pas à négliger, la population bruxelloise étant en grande partie défavorisée (en 2015, 30,7 % des personnes étaient bénéficiaires de l’intervention majorée, selon l’Atlas de l’Agence intermutualiste).

À l’instar de la Wallonie, faire reposer une assurance autonomie sur les seules cotisations semble encore moins crédible, ni viable sur le long terme.

À deux ans de la fin des législatures régionales, la MC souhaite que les bonnes intentions des gouvernements se concrétisent. Nous sommes à un moment charnière de la mise en oeuvre de ces engagements. En concertation avec les secteurs, les options politiques doivent être à présent déterminées et les sources de financements publiques et structurelles dégagées. C’est un choix fort et indispensable pour notre société. Une telle occasion ne se représentera peut-être pas…

Elizabeth Degryse

[À lire]

- Assurance autonomie : la Fédération des CPAS s’exprime à nouveau
- Assurance autonomie : impact sur la pauvreté et les inégalités sociales
- L’assurance autonomie ne sera pas prête avant milieu 2017
- Assurance autonomie : la Fédération des CPAS rend un avis
- L’assurance autonomie : pas bien ficelée ?
- Les CPAS s’érigent contre l’assurance autonomie



Ajouter un commentaire à l'article





« Retour

Pour votre facilité, ce site utilise les cookies conformément à nos conditions générales.