L'ASBL Infirmiers de Rue forme les professionnels à la prise en charge des sans-abris

L'ASBL Infirmiers de Rue forme les professionnels à la prise en charge des sans-abris

Active sur le terrain depuis 2006, l’asbl Infirmiers de Rue publie un guide pratique "Sortir de la rue, c’est possible !". En parallèle à ce manuel, des formations pour aider les professionnels de la santé et du social à aborder le tabou de l’hygiène ainsi qu’à ouvrir le dialogue avec les sans-abris sont également proposées.

Depuis presque 10 ans, les Infirmiers de Rue mènent un combat de tous les jours pour promouvoir l’hygiène et la santé auprès des personnes qui vivent dans la rue. Tout en les aidant à renouer un rapport au corps et à l’intégrité personnelle par l’hygiène, les Infirmiers de Rue s’occupent aussi de la médiation médicale et sociale pour la réinsertion des sans-abris. L’ASBL veut faire bouger les rapports patients/pratiquants en publiant un guide pratique, et en proposant des formations spécialisées aux acteurs du secteur.

L’hygiène, moteur fondamental d’intégration

Chaque jour, les Infirmiers de Rue se rendent sur le terrain, à la rencontre des personnes sans-abri. Pour nouer le contact, ils leur proposent des soins médicaux directement là où ils sont. Grâce à cet accès aux soins privilégié, les Infirmiers de Rue font de l’hygiène le socle d’une relation durable de confiance pour les sans-abris, que ce soit avec le personnel soignant ou avec eux-mêmes. Pour le Guide Social, Pierre Ryckmans, médecin généraliste et coordinateur du suivi patient au sein de l’ASBL, explique combien l’hygiène est un déclencheur efficace d’une prise de conscience de soi et du processus de réinsertion : "L’hygiène est un moteur profond d’intégration d’une part, et d’autre part du lien que la personne entretient avec son corps, et donc avec ses émotions, sa façon d’être."

Et d’ajouter que l’hygiène réveille les sensations, autant par la fraîcheur des mains et du visage une fois lavés que par les odeurs : "La personne va percevoir des odeurs différentes, plus douces et agréables. Plus on avance dans l’hygiène, plus ces éléments de sensations du corps sont fortes", explique le médecin. Rapidement, la personne s’aperçoit que le regard de l’autre change, qu’il ne s’aperçoit plus du fait qu’il vive dans la rue. C’est pourquoi le rapport à l’hygiène est non seulement valorisant mais aussi très encourageant pour les personnes en difficulté.

Retrouver une dynamique de succès

En guidant pas à pas les sans-abris vers la réinsertion, à force d’une stimulation patiente et sans jamais s’imposer, les Infirmiers de Rue parviennent à établir une relation de confiance. C’est parfois très long, notamment avec les personnes présentant des troubles mentaux : "parfois la confiance ne se débloque qu’après plusieurs années", confie Pierre Ryckmans. L’ASBL peut alors assurer un véritable suivi et fixer des objectifs d’hygiène et de santé avec les sans-abris : "on les encourage à se laver les mains, le visage, changer de vêtements... Quand la personne y arrive en autonomie, avec la répétition de ces petits succès, on entre dans une dynamique positive. Du coup, la personne se remet à oser faire des démarches et à avoir d’autres objectifs : notamment la question du logement."

C’est d’ailleurs ce déclic qui est avant tout recherché par les Infirmiers de Rue, qui ont pris conscience depuis peu que l’accès au logement devait être un objectif immédiat de la prise en charge, au même titre que l’accès aux soins. Pour Pierre Ryckmans, cela fait partie du traitement.

Braver le tabou de l’hygiène

L’accompagnement médical des Infirmiers de Rue vise en outre à diriger les sans-abris vers des institutions de soins, qu’il s’agisse de maisons médicales, de médecins généralistes ou d’hôpitaux. En médiateurs, les Infirmiers de Rue assurent la bonne communication mais veillent surtout à transmettre la confiance des sans-abris vers ces structures de soins. Or, les secteurs de la santé et du social auraient un mal fou à aborder la problématique de l’hygiène avec les sans-abris, et les personnes en difficulté en général.

Malgré les enjeux, les travailleurs sociaux sont souvent trop peu familiers des méthodes de sensibilisation à l’hygiène. Craignant de faire intrusion, ils préfèrent contourner le problème. Pour le docteur Ryckmans, il est primordial que le secteur social prenne conscience de la nécessité de débloquer ce tabou : "Le manque d’hygiène montre une vulnérabilité, un problème psychologique important. Les travailleurs sociaux doivent travailler cet aspect-là avec les gens qu’ils ont à charge, qui parfois ne se rendent plus compte à quel point c’est un problème pour eux-mêmes."

Méthodologie et formations

Le guide pratique "Sortir de la rue, c’est possible !" fournit méthodes et conseils à toutes les personnes susceptibles de se rapprocher des sans-abris. Au programme : identifier la réalité de la vie en rue, apprendre à s’adapter au public et aux pathologies dans le contexte de la rue, et favoriser l’échange en s’inspirant de l’expérience sur le terrain des Infirmiers de Rue. L’ASBL propose aussi des formations pour les acteurs sociaux et médicaux, en insistant sur la compréhension et le déroulement des entretiens ou consultations.

L’équipe des Infirmiers de Rue a déjà prévu de sortir le deuxième tome de son guide d’ici deux ans. Le temps d’une réflexion qui sera focalisée sur les aspects sociaux du travail de réinsertion des personnes sans-abri.

Florence Monnoyer de Galland



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