Quelle aide thérapeutique puiser dans les romans et fictions ?

Quelle aide thérapeutique puiser dans les romans et fictions ?

Les références à nos mythes modernes peuvent offrir un support métaphorique puissant au travail thérapeutique. Quand ces histoires connues s’invitent dans les séances, leur faire une place de choix permet parfois d’aborder autrement ce qui se joue dans le travail thérapeutique. Petit tour d’horizon.

Les fictions nous offrent un support précieux, une « matière à penser », un appui pour explorer sans danger des affects qui parfois débordent le patient. Les introduire dans le travail thérapeutique, c’est s’offrir cet intermédiaire sur lequel s’appuyer. Certainement pas pour en faire un mode d’emploi ou pour nous souffler la solution, mais plutôt pour ouvrir le champ de vision et, peut-être, éclairer autrement le questionnement de notre patient.

Par hasard,

Un jour, une patiente me rapporte la profonde tristesse qu’elle ressent lorsqu’elle regarde « la reine des neiges ». Son ton m’a surpris. J’ai eu envie d’en savoir plus. Nous avons donc longuement parlé de cette héroïne, de sa solitude, de sa volonté de s’éloigner de tous pour ne pas blesser ceux qu’elle aime. Nous avons évoqué son enfance et, peu à peu, nous avons fait des liens avec celle de la patiente. Cette séance, extrêmement riche, nous a marquée l’une et l’autre.

Plus tard, Raiponce

Plus tard, une jeune femme évoquait une enfance particulière, douloureuse. J’ai pensé à Raiponce et j’ai donc évoqué ce second Walt Disney. Une fois encore, l’exclamation de cette dame à cette évocation a été une très belle occasion de mettre en mot des choses qui n’avaient été que suggérées jusqu’alors. A l’abri de la fiction, la patiente pouvait enfin déposer des morceaux d’enfance particulièrement douloureux.

Mettre à distance

L’usage de ces contes dans le travail thérapeutique présente un double intérêt. Il permet souvent d’aborder des événements de vie difficiles, des ressentis qui suscitent souffrance mais aussi culpabilité ou honte, mais de le faire par le truchement d’un personnage qui permet de le dire à la troisième personne. Dans un second temps, une fois les mots prononcés pour cet « Autre », il est plus facile de revenir à soi et de poursuivre l’introspection de son propre vécu.

Electre, des protagonistes au chœur

Partir d’un mythe, c’est aussi rendre possible la réification d’une réalité sociale douloureuse. Une patiente érudite était partie de l’histoire d’Electre et du rapport de la jeune fille avec le coryphée pour mettre en mot ses difficultés à fonctionner face au socius qu’elle ressentait souvent comme particulièrement jugeant. Aborder le commentaire incessant du chœur sur les actions des protagonistes dans la tragédie grecque représentait pour elle une façon de dire sa propre difficulté à elle sur la scène sociale.

Entre intuition et construction

L’œuvre qui s’invite en thérapie se glisse parfois dans les dires du patient. Parfois, c’est une proposition qui est mienne. Si le patient s’en saisit, nous l’explorons. C’est-à-dire que nous tentons de cerner les questions portées par la fiction, jamais les affirmations qui en découlent. Car l’œuvre ne donne pas de réponse, certainement pas, mais elle métaphorise le questionnement pour pouvoir le travailler. Elle n’est jamais un mode d’emploi, elle est objet médiateur, pâte à modeler transitionnelle. Une manière de dire ce qui s’agite, mais toujours dans une ouverture vers un nouvel éclairage possible.

D. Bertrand, psychologue



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