Les séjours de rupture sont-ils une réelle alternative à l’IPPJ ?

Les séjours de rupture sont-ils une réelle alternative à l'IPPJ ?

Utilisés comme une alternative à un placement en Institution Publique de Protection de la Jeunesse (IPPJ), les séjours de rupture sont cependant rarement activés, alors que les résultats sont globalement positifs.

Lorsqu’un jeune en danger, en difficultés ou en décrochage scolaire commet un fait qualifié infraction (FQI), ce dernier peut soit être placé en IPPJ, soit s’investir dans un projet individuel, via un séjour de rupture. Ce 21 février, lors d’une Commission parlementaire, le Député cdH André du Bus demandait au ministre en charge de l’Aide à la Jeunesse, Rachid Madrane, de faire un état des lieux du dispositif.

Un manque de chiffres

Force est de constater que peu de réponses précises ont pu être apportées au Député par le ministre Madrane, lors de la Commission de ce mardi 21 février. Les données chiffrées pour l’année 2016 ne sont pas encore disponibles et seront consolidées par « mon administration dans le courant du mois de mai afin de s’assurer de leur fiabilité ». En matière de services agréés par l’Aide à la Jeunesse, le pays en compte 3 : Amarrage, Vent Debout et La Pommeraie. Actuellement, aucun autre service n’est en attente de demande d’agrément.

Recentrer les séjours

Déjà interrogé sur le sujet par le Député en septembre dernier, Rachid Madrane avait confirmé vouloir recentrer le projet majoritairement sur des jeunes ayant commis des faits qualifiés infractions (FQI) alors que le dispositif s’étendait alors également aux mineurs en décrochage scolaire ; et ce, malgré avoir précisé à André du Bus que pour l’année 2015, 75% des bénéficiaires étaient en danger ou en graves difficultés. Rachid Madrane avait alors justifié cette décision en expliquant que même « Si ce type de mesures peut avoir du sens pour certains mineurs en danger ou en difficulté grave, il ne faut pas qu’elles soient appliquées au détriment des mineurs FQI, car, […], les séjours de rupture offrent une réelle alternative au placement et éventuellement une réponse adéquate pour une prise en charge post-IPPJ. »

Lors de la Commission parlementaire de ce mardi, Rachid Madrane a expliqué au Député cdH que sa proposition avait rencontré un franc succès parmi les services de prise en charge. Dans les différents arrêtés d’agrément, son cabinet a donc inséré « un article qui précise que le service assure l’organisation de la prise en charge rupture pour les garçons et filles de 15 à 18 ans étant essentiellement poursuivis pour des FQI ou, exceptionnellement, étant en grande difficulté. »

Et les jeunes radicalisés ?

Cette prise en charge particulière, sous la forme d’un séjour à l’étranger afin de créer une rupture totale entre le jeune et son environnement, pose également la question des jeunes radicalisés. En septembre, interrogé à ce sujet, Rachid Madrane avait répondu à André du Bus « Théoriquement, il est déjà possible d’envoyer en séjour de rupture des jeunes radicalisés. […] Pour être tout à fait sincère, la réflexion est encore à l’état embryonnaire pour l’instant. […] on parle en effet de radicalisés […] Par ailleurs, comme il est question de séjours de rupture, il faut des accords d’autres pays. »

Ce mardi, le ministre n’a pas pu donner beaucoup plus d’éléments de réponse au Député, précisant qu’il fallait néanmoins « reconnaitre l’existence de sérieux écueils à imaginer des séjours de rupture à l’étranger pour des jeunes radicalisés islamistes potentiellement violents, dans des pays qui connaissent eux-mêmes des difficultés importantes de ce type. »

Qu’en pense le terrain ?

En ce qui concerne les échos du terrain sur le dispositif, il semblerait que la pression mise sur « la guérison » du jeune est trop importante, ce qui entraverait les résultats d’une mesure bien pensée et mise en pratique. Egalement pointé du doigt : la volonté de « punir » le jeune, plutôt que de l’aider à se réinsérer. D’après une psychologue travaillant le secteur « De base, il me semble que le séjour de rupture est rarement activé comme alternative à l’IPPJ : ce sont des pistes qu’on soumet parfois, mais elles ne sont pas toujours saisies. Dans l’esprit collectif, l’IPPJ est une mesure punitive, tandis que le séjour de rupture à davantage une connotation de "chance". Or, dans la problématique délinquante, la société (je ne parle donc pas de la logique protectionnelle) attend davantage une réponse du premier type. Un séjour de rupture, ça demande un certain engagement de la part du jeune, une présence assidue à des rendez-vous préparatoires... Bref, il faut le vouloir ! »

Et de conclure : « J’ai déjà travaillé avec des jeunes qui l’ont fait, et je dois dire que je suis assez sceptique sur le résultat que ça donne. Non pas que ces projets soient mal construits (bien au contraire !), mais j’ai souvent eu l’impression qu’on y mettait beaucoup d’attentes (changement radical du jeune, arrêt de la délinquance, changement de réseau etc.) Et que celles-ci étaient du coup, peu rencontrées... »

Par ailleurs, le Député cdH a demandé que soit fait un exposé complet du dispositif, ainsi que soient expliqués clairement le contexte et les facteurs qui contribuent ou non à la réelle réintégration sociale du jeune.

La rédaction



Ajouter un commentaire à l'article





« Retour

Pour votre facilité, ce site utilise les cookies conformément à nos conditions générales.