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Melodia Therapy : et si le son devenait un outil de soin complémentaire ?

18/08/26
Melodia Therapy : et si le son devenait un outil de soin complémentaire ?

Encore peu connue dans le monde hospitalier, la sonothérapie commence à trouver sa place comme outil d’accompagnement du bien-être des patients. Avec Melodia Therapy, une application belge déjà utilisée dans plusieurs établissements de soins, Martin Lecapitaine mise sur les effets des sons pour aider à réduire le stress, l’anxiété, les troubles du sommeil ou la perception de la douleur. Il revient sur les fondements de cette approche, sa complémentarité avec les soins et les premiers résultats observés sur le terrain.

L’Organisation mondiale de la santé considère la pollution sonore comme la deuxième cause de mortalité, parmi les facteurs de risque environnementaux en Europe. Longtemps actif pour Médecins Sans Frontières, Martin Lecapitaine a développé Melodia Therapy, seule application belge de sonothérapie.

Du burn-out à la création d’un outil de bien-être pour les patients

Le Guide Social : Martin, quel a été le point de départ de votre initiative ?

Martin Lecapitaine : Mon parcours auprès de Médecins Sans Frontières (MSF) m’a amené à avoir beaucoup de contacts avec les patients sur le terrain et avec de nombreuses personnes liées au secteur médical. Je me suis rendu compte qu’on accordait une grande importance à la qualité des soins, ce qui est évidemment essentiel, mais qu’il y avait peut-être encore un certain retard concernant le bien-être des patients. Suite à un burn-out, j’ai découvert la sonothérapie au cours d’un massage sonore. Ça a eu l’effet d’une révélation pour moi, car ça m’a procuré l’impulsion nécessaire pour rebondir, à un moment de ma vie où j’allais extrêmement mal. Je me suis mis à étudier la sonothérapie, afin de comprendre ses mécanismes et de créer une base de données sur les effets du son sur le cerveau et sur la santé humaine. Ayant toujours été un passionné de musique, j’ai constaté, en consultant des études cliniques, qu’une documentation importante était disponible sur le sujet et pouvait me guider pour créer un outil de bien-être pour les patients.

Le Guide Social : Sur quel principe repose votre application ?

Martin Lecapitaine : L’idée est toute simple. Melodia Therapy est une application qui combine battements binauraux, ondes cérébrales et sons de nature immersifs. L’utilisateur choisit lui-même ses combinaisons personnalisables pour une séance de sonothérapie, avec des effets bien précis selon le type de sons.

Par exemple, la musique relaxante aura un effet sur le système limbique, sur l’amygdale et sur le système de récompense du cerveau, tandis que les sons « nature » auront un effet sur le système nerveux parasympathique, responsable du repos, de la digestion et de la récupération. Le battement binaural, lui, consiste en une forme de vibration sonore avec des fréquences très précises qui est censée - je reste au conditionnel car il n’y a pas encore de constatation scientifique- avoir un impact sur les ondes cérébrales.

Pouvoir choisir son moment bien-être en fonction de ses propres goûts va renforcer l’effet potentiellement thérapeutique. L’idée de base de Melodia Therapy, c’est donc de proposer un outil permettant de diminuer l’anxiété, le stress, les troubles du sommeil ou encore la sensation de douleur chronique, afin d’améliorer la concentration ou la créativité.

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« Investir un dollar dans le bien-être des patients grâce à la musique peut générer d’importantes économies en soins de santé »

Le Guide Social : La sonothérapie s’adresse-t-elle à tout le monde ?

Martin Lecapitaine : Le son est une nécessité biologique, tous les êtres humains en ont besoin. Lorsqu’on en est privé, le cerveau va inventer des illusions sonores pour combler ce manque. La sonothérapie peut donc s’adresser à tout le monde, mais en tenant compte du fait que chacun a une expérience différente avec la musique : une musique relaxante peut énerver certaines personnes qui, au contraire, se sentiront calmées par du heavy metal, par exemple, car leur cerveau va interpréter ces signaux comme étant positifs pour eux.

Le Guide Social : En quoi la sonothérapie se distingue-t-elle de la musicothérapie ?

Martin Lecapitaine : La question fait débat. D’un pays à l’autre, la musicothérapie a une définition différente. De même, la définition du dictionnaire n’est pas la même que celle de la Fédération Française des Musicothérapeutes, ni de celle des musicothérapeutes en Belgique. Un certain flou persiste donc...

Néanmoins, la musicothérapie définit une relation entre un patient et un thérapeute, en utilisant la musique comme médium. Il est donc important dans la musicothérapie qu’il y ait cette relation et qu’elle soit mise en valeur de façon thérapeutique en utilisant la musique. De son côté, la sonothérapie consiste en l’utilisation des sons, des vibrations, à des fins de bien-être. Toutefois, aux États-Unis, l’activité de Melodia Therapy serait considérée comme de la musicothérapie, tandis que c’est impensable en France... et qu’en Belgique cela dépend d’une interprétation à l’autre !

Le Guide Social : Ce type d’accompagnement fait-il encore l’objet de réticences ou de scepticisme ?

Martin Lecapitaine : Les mentalités ont bien évolué en ce qui concerne la musique, car le nombre d’études cliniques et leur qualité ont nettement augmenté. Certes, des freins subsistent, car dans nos métiers du son, comme dans tout ce qui a trait au sensoriel, on trouve encore des charlatans qui se proposent de vous guérir ou de faire revenir l’être aimé. Ce qui peut donc susciter un certain doute quant à notre activité.

Par ailleurs, un autre frein majeur réside dans l’aspect financier, car nos hôpitaux deviennent de plus en plus des entreprises soucieuses de leur rentabilité. Or, des études cliniques réalisées aux États-Unis démontrent qu’un dollar investi dans le bien-être des patients avec la musique peut générer des économies non négligeables en matière de coûts des soins de santé. Et nous proposons un système de location qui permet de contrôler complètement les coûts. De même, l’appli est téléchargeable gratuitement, avec 7 jours d’essai gratuits.

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"C’est un outil simple à utiliser, sans besoin de formation préalable, ni pour les soignants, ni pour les patients"

Le Guide Social : Précisément, votre application est-elle déjà utilisée dans différents établissements hospitaliers ?

Martin Lecapitaine : C’est le cas, entre autres, au CHU Brugmann, aux Cliniques universitaires Saint-Luc, à la Clinique Notre-Dame de Grâce, dans les hôpitaux de Vivalia... Nous sommes également recommandés par l’Association Parkinson Belgique, l’Association Suisse-Fibromyalgie, etc.

Il va de soi que cet outil ne soigne pas des pathologies mais qu’il constitue un outil d’accompagnement. En cas de pathologie, la première démarche reste évidemment d’aller consulter son médecin. Partant de cette définition claire des rôles de chacun, les hôpitaux se montrent très ouverts d’esprit, car ils sont très concernés par le bien-être de leurs patients.

L’application est utilisée aussi bien en algologie (évaluation et traitement de la douleur chronique) qu’en soins palliatifs, en psychiatrie, en oncologie, en soins intensifs…, car c’est un outil très simple à utiliser, sans besoin de formation préalable, ni pour les soignants, ni pour les patients. Le patient reçoit simplement une tablette Melodia avec laquelle il peut effectuer sa séance.

Le Guide Social : Une première étude clinique concernant Melodia Therapy a été effectuée. Pouvez-vous en souligner quelques points significatifs ?

Martin Lecapitaine : Cette étude a été effectuée au sein d’un service de soins intensifs d’un hôpital du sud de la Belgique, sur un petit échantillon de 34 patients, auxquels il s’agissait d’administrer une seule fois une séance de 30 minutes de Melodia Therapy. On a pu observer des résultats -significatifs à très significatifs- sur l’anxiété, la perception de la douleur et le confort du patient. En seulement 30 minutes, plus de 20 % des patients qui ont testé l’application se sont endormis, ce qui est remarquable dans un service à l’environnement potentiellement anxiogène comme les soins intensifs. De plus, 88 % des patients ont demandé à réitérer l’expérience. L’acceptabilité est donc particulièrement bonne. Les premiers signaux de cette étude pilote exploratoire sont très positifs.

Propos recueillis par O.C.


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