L’hypnose à toutes les sauces

L'hypnose à toutes les sauces

L’hypnose est un outil particulier qui connait un engouement majeur. Elle cristallise les dissensions entre les différentes écoles. Elle nourrit souvent les fantasmes de nos patients. Elle s’invite même, à grand renfort de spectaculaire, dans les émissions télévisées. Et si on faisait le point ?

L’hypnose est « à la mode ». A juste titre, car l’outil est à la fois puissant et très utile dans toutes sortes de contexte. Mais elle demande un certain cadre, une maîtrise technique, et surtout un grand respect de la relation dans laquelle elle prend place. L’outil est certes étrange et souvent mal compris, il réveille nos fantasmes de perte de contrôle mental et suscite des craintes parfois irraisonnées ou des attirances à mauvais escient. Rendons-lui justice tout en se gardant d’une vision magique hors de propos.

L’hypnose aujourd’hui

L’hypnose est conçue comme un outil permettant l’accès à un état de conscience modifié au cours duquel des apprentissages particuliers peuvent se faire. En suspendant momentanément les facultés mentales critiques, en utilisant les ressources de l’imaginaire, le patient, grâce à une communication spécifique dans un état particulier, va explorer de nouvelles façons de faire avec ce qui l’agite.

Comment ça fonctionne ?

L’état décrit plus haut, à savoir une modification de l’état de conscience, permettra de susciter l’émergence d’une émotion, d’une pensée, voire d’un comportement. Cette suggestibilité, facilitée par la mise en retrait de l’esprit critique, peut mener à un réel changement psychologique et même physique. L’état hypnotique ouvre dès lors la porte à toutes sortes d’applications dans la sphère médico-psychologique.

L’hypnose médico-psychologique

On retrouvera donc l’hypnose dans une foule de prise en charge. Citons tous azimuts les troubles du poids, l’arrêt tabagique, la peur de la récidive en oncologie ou la gestion de l’enfermement dans l’univers carcéral. On l’utilisera encore en anesthésiologie, en gastro-entérologie, dans la clinique de la douleur, en kinésithérapie, obstétrique, psychosomatique, etc. Des interventions chirurgicales seront même pratiquées sous « hypnosédation ». En effet, cette hypnose médico-psychologique semble permettre une réduction des symptômes douloureux.

Une efficacité partiellement prouvée

Lors de la transe hypnotique, le patient est plongé dans un état physiologique propre à l’hypnose dans lequel l’activité neurologique est différente de l’état de veille ou de sommeil. La conscience de l’environnement s’amenuise et celle de la conscience de soi s’aiguise. Les circuits cérébraux de la perception et de la douleur peuvent ainsi être modulés. Remarquons que des effets bénéfiques ont clairement été démontrés dans deux cas seulement, pour l’hypnosédation et le syndrome du côlon irritable. Les données concernant les autres applications ne permettent pas de statuer pour le moment.

Il faut raison garder

L’hypnose est un outil très intéressant avec des applications médico-psychologiques très utiles. Cependant, elle dépend fortement du cadre dans lequel elle est utilisée et des attentes de la personne qui s’y prête. Des précautions sont donc de mise, tant dans la relation de confiance qui doit l’entourer que dans l’éthique qui doit sous-tendre son utilisation.

Quand l’hypnose tourne au show

L’hypnose s’invite également dans le monde du spectacle. Certaines émissions télévisées nous montrent alors un personnage haut en couleur qui fascine littéralement ses sujets, soumettant leur volonté à la sienne et jouant avec ce pouvoir. Cette application « grand public » fait fantasmer l’audience sur cette prise de contrôle radicale et spectaculaire. Le caractère médiatique et fortement mis en scène ajoute à l’émulation collective qui tourne parfois à l’hystérie, reléguant finalement le processus hypnotique loin derrière d’autres mécanismes en jeu.

Un peu d’histoire

L’hypnose est née en France au 18ème siècle. Mesmer parle alors d’une intervention destinée à faire céder les « blocages internes » de ses patients. Charcot, à sa suite, parlera d’état expérimental. Freud fera grand cas de l’hypnose pour surmonter les troubles en atténuant le souvenir qui en est la cause grâce à la suggestion mais il se tournera ensuite vers l’association libre. Enfin, Erickson délaissant la suggestion freudienne, visera dans l’hypnose l’accès du patient à ses propres ressources.

DB, psychologue

[A lire] :

- La blouse blanche, un « costume » particulier…
- La place du psychologue dans la formation des jeunes adultes
- Là où ne mène aucune échelle : les entretiens libres
- Aménager un cabinet privé, bien au-delà de la déco…
- Le dossier "psy" : une affaire de transparence et de confidentialité



Ajouter un commentaire à l'article





« Retour

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies.   J'accepte   En savoir plus