La délinquance sexuelle des mineurs : entre vide, confusion et tabous

La délinquance sexuelle des mineurs : entre vide, confusion et tabous

Les équipes spécialisées dans la prise en charge des Auteurs d’Infraction à Caractère Sexuel (AICS) sont de plus en plus confrontées à des demandes concernant des mineurs. Or, bien souvent, ces structures ne sont pas adaptées à l’accueil des mineurs auteurs de tels faits et cette demande croissante est confrontée à un vide.

Les psychologues spécialisés dans la prise en charge des AICS sont inquiets : alors que la demande de prise en charge concernant des mineurs ne cesse d’augmenter, les subsides sont chaque année remis en question. Cette menace sur leur budget ne permet pas de développer une prise en charge suffisante de ces jeunes. Parallèlement, une réflexion s’impose quant à la pertinence d’adresser certains jeunes à des équipes dites « spécialisées ».

Une prise en charge insuffisante

En ce qui concerne ce type d’infractions, l’offre de prise en charge en Région Wallonne fait cruellement défaut. Pour pallier ce manque, l’UPPL (Unité de Psychopathologie Légale basée à Tournai) annonce dans sa Newsletter de décembre 2016 l’ouverture pour 2017 du groupe ParADOxe : un projet pilote de prise en charge sur le mode groupal, organisée autour de modules thématiques spécifiques.

Quid des subsides ?

Le groupe ParADOxe permettrait de combler le vide dans le Hainaut occidental, pour autant toutefois que les subsides soient pérennisés : on se souvient en effet des menaces sur le budget des centres d’appui proférées en 2015 par le Ministre de la Justice CD&V Koen GEENS. En effet, comme expliqué à SudPresse, Koen GEENS aurait promis de maintenir les subsides des centres d’appui « tant que les entités fédérées ne prenaient pas le relais »... Quoiqu’il en soit, pour le reste du territoire francophone, le vide persiste : d’après l’UPPL, sur la douzaine d’équipes spécialisées reconnues, seules cinq affirment accueillir des délinquants sexuels mineurs.

Tabous…

Cette demande croissante de prise en charge signifie-t-elle pour autant une augmentation alarmante de la délinquance sexuelle chez les mineurs ? Il semble que ce soit à nuancer. Selon Mme Jessica Thiry, psychologue spécialisée, les intervenants sont en fait de plus en plus souvent confrontés au malaise des familles, des écoles ou en encore des juges de la jeunesse. Les débordements sexuels liés au processus adolescentaire, à la pulsionalité sexuelle et/ou violente qui lui sont propres, désarçonnent l’école ou la famille. Celle-ci préfère alors s’adresser au psy, voire au juge qui, par précaution, « prescrit » un suivi spécialisé. Les vaches seront donc bien gardées ! C’est ainsi, par exemple, que les psys accueillent en suivi spécialisé de tout jeunes adolescents dont la fascination pour la pornographie et l’accès facile aux sites pour adultes indisposent les parents … ou les fascinent tout autant. A l’ère de la libération sexuelle, les tabous subsistent et même se consolident.

… et totem

Toujours selon Mme Thiry, la délinquance sexuelle des mineurs ne doit pas être banalisée, mais le risque de confusion existe donc bien. C’est pourquoi, lorsqu’il s’agit de mineurs, on parle d’auteurs de faits qualifiés « infractions à caractère sexuel », et non d’AICS. Cette nuance dans la qualification des faits ouvre la porte à une meilleure compréhension de ceux-ci en prenant également en compte le stade de développement du jeune. Il s’agit en outre de ne pas confondre le fonctionnement psychique du sujet et l’acte pour lequel une intervention est sollicitée.

Poursuivre la réflexion

Entre le manque criant de structures adaptées et l’afflux de demandes inadéquates, il y a lieu de poursuivre la réflexion. La prise en charge de mineurs, auteurs de faits qualifiés « infractions à caractère sexuel », nécessite en effet une approche spécifique : s’agit-il d’une manifestation du processus adolescentaire chez un jeune débordé par ses pulsions ou des prémices d’un parcours délinquant ou psychopathologique ? Le but est-il de protéger la société ou de répondre aux angoisses des parents, écoles ou institutions elles-mêmes débordées par le développement sexuel du jeune ? Dans tous les cas il convient de permettre à ces jeunes de se développer de manière harmonieuse et, le cas échéant, d’éviter l’installation d’un parcours délinquant. Ce n’est pas en réduisant les budgets et subsides que l’on favorisera une telle réflexion.

I.F. Psychologue clinicienne Psychothérapeute



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