Le harcèlement des travailleurs sociaux

Le harcèlement des travailleurs sociaux

Le harcèlement au travail est un sujet de moins en moins tabou, même si on ne l’aborde pas facilement. Le secteur social n’y échappe pas … Pressions et brimades ont un impact redoutable sur les travailleurs, d’autant plus dans un secteur choisi par des personnes ayant une sensibilité à l’humain particulièrement développée.

La problématique du harcèlement au travail existe depuis toujours. En parler est plus aisé qu’avant, même si cela reste un sujet relativement tabou. Le secteur social n’est pas épargné par ce phénomène, qui peut prendre une ampleur redoutable et avoir un impact considérable sur la santé des travailleurs. Dans ce secteur choisi par des personnes axées sur l’humain, pourquoi le harcèlement prend-il une place de plus en plus importante et quelles sont les solutions mises en place pour lutter contre ?

Un phénomène de plus en plus répandu

La première question qui vient à l’esprit est celles des causes du harcèlement. Souvent, il est abordé de manière individuelle, mais c’est bel et bien un phénomène sociétal. En effet, force est de constater que les mêmes mécanismes se répètent dans des contextes professionnels et inter-individuels parfois complètement différents. Le harcèlement est la résultante d’un processus complexe dans lequel chacun de nous peut se retrouver pris un jour.

De Milgram …

Nous avons tous entendu parler de ces expériences menées par le psychologue Stanley Milgram, lors desquelles des personnes infligeaient de prétendues décharges électriques à d’autres, sous la houlette d’experts leur enjoignant d’augmenter le voltage. Cette expérience, qui reste encore aujourd’hui une référence en la matière, visait à analyser le processus de soumission à l’autorité. Milgram nous a démontré avec force l’influence parfois extrême que peut exercer l’autorité, lorsqu’elle est perçue comme légitime. C’est un déterminant psychologique puissant et bien ancré, qui joue un rôle important dans les phénomènes de harcèlement.

... A l’effet de groupe

Notre Histoire est riche d’exactions commises par des individus comme vous et moi. Dans ces contextes, un nombre significatif de personnes, qui, en temps normal, ne pratiquent pas la torture et le meurtre de masse, se surprennent elles-mêmes à dévoiler les pires aspects de leur humanité. Car il s’agit bien de cela : l’injonction par l’autorité, la normalisation, et la légitimation par la foule permettent à tout un chacun d’exprimer son besoin de domination. La peur de devenir le persécuté empêche la majorité de s’opposer. Ce sont des instincts primaires qui sont mis en œuvre : l’instinct grégaire, le besoin de domination, l’instinct de survie.

Et au harcèlement

Ces phénomènes sont universels et ils sont également à l’œuvre dans les cas de harcèlement au travail. Lorsque la violence psychologique est encouragée par l’autorité, que la peur d’être à son tour la victime pousse à tourner la tête et qu’imposer une certaine forme de domination est légitimé, alors le terrain devient favorable au harcèlement. La pression à la rentabilité est de plus en plus présente dans le secteur social, ainsi que la diminution des fonds alloués. En outre, l’évolution de la manière de subsidier les institutions et la précarisation de l’emploi concourent à légitimer la violence psychologique envers les travailleurs.

Une question de compétences

Tout le monde n’est pas compétent pour gérer une équipe. Malheureusement, au moment de pourvoir ces postes, les compétences managériales ne sont pas toujours les critères qui prévalent. Trop souvent, les postes sont offerts en guise de remerciement ou de renvoi d’ascenseur. Ils sont également confiés à des personnes en mal de formations spécifiques. L’expérience de terrain n’est pas tout et l’on peut être très compétent en tant que travailleur social, mais pas forcément en tant que gestionnaire d’équipe.

Et de reconnaissance

Le manque de reconnaissance endémique dans les professions du social peut parfois pousser certaines personnes à vouloir « monter les échelons », dans le but, souvent inavoué, d’occuper une fonction plus reconnue socialement et mieux rémunérée. Ce sont des motivations au management qui peuvent entraîner, si le climat de l’institution le permet, une tendance à dominer qui peut tendre vers l’humiliation et le harcèlement.

Quid des solutions

Malheureusement, trop souvent, le harcèlement n’est pas abordé comme une problématique institutionnelle, mais il est traité de manière individuelle, mettant l’accent sur les incompatibilités entre personnes et non sur des causes plus globales et sociétales. Les conséquences en termes de santé sur les travailleurs sont telles que ces derniers abandonnent souvent la partie. Remettre en cause un choix de personnel gérant ou une manière de fonctionner est très demandant, parfois trop pour une institution qui préfèrera mettre un voile sur le problème au lieu de l’aborder en profondeur. Légalement, les solutions offertes sont lourdes à mettre en œuvre pour la victime, et surtout, elles n’impliquent aucune démarche de supervision ou de réorganisation au niveau de l’institution. Le travailleur doit apporter la preuve du harcèlement dont il est victime et, au mieux, il sera déplacé dans un autre service ou obtiendra une compensation financière.

MF, travailleuse sociale

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