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1.000 places supprimées : l’onde de choc pour le secteur social bruxellois

09/09/26
1.000 places supprimées : l'onde de choc pour le secteur social bruxellois

Alors que le gouvernement fédéral a annoncé en juillet la suppression de 1.000 places d’accueil à Bruxelles, quel sera l’impact d’une telle décision, tant pour les personnes accueillies que pour les services qui les accompagnent, ainsi que, plus largement, pour l’ensemble du tissu associatif bruxellois ? Christine Vanhessen, Directrice de l’AMA, la Fédération des maisons d’accueil et des services d’aide aux sans-abri et Sarah de Liamchine, Directrice générale du Samusocial, témoignent.

« Sur les 1.000 places prévues à la fermeture, 300 ont déjà été fermées en juillet, alors qu’elles étaient pourtant toutes occupées », s’étonne Christine Vanhessen, à la tête de la Fédération AMA. « L’arrêt des subventions a comme conséquence directe une fin d’hébergement pour un certain nombre de personnes, mais aussi pour les maraudes, alors qu’elles avaient pu être renforcées grâce au Brussels Deal et qu’elles permettaient d’aller vers les personnes les plus éloignées de l’accompagnement. Ce sont donc aussi des travailleurs et des travailleuses qui vont perdre leur emploi. »

Pour elle, « les services directement impactés sont le Samusocial, Bel Refugees, la Croix-Rouge et Ukrainian Voices. Des associations dont toutes n’ont pas les capacités de trouver des alternatives pour les personnes qui étaient hébergées dans leur dispositif. Dans un secteur déjà saturé, il est évident que de nombreuses personnes vont se retrouver sur le carreau, car on retrouve notamment parmi celles-ci des demandeurs d’asile qui sont en cours de procédure et qui devraient être pris en charge par le fédéral… mais qui ne le sont pas, puisque le fédéral a décidé depuis quelques mois de ne plus accueillir, non seulement les hommes seuls, mais également les familles ! » Et d’ajouter : « De plus, dans le cas des sans-abris en situation de migration, il est à redouter que ces personnes ne trouvent jamais de solution, ni dans le logement (sauf via des marchands de sommeil dans des conditions extrêmement précaires), ni dans les centres d’hébergement classiques pour sans-abris. C’est bien pour cette raison que le Brussels Deal avait été créé ».

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La déclaration de Lisbonne : un vœu pieux ?

Les décisions prises au niveau fédéral sont donc totalement contradictoires avec la déclaration de Lisbonne, qui voulait mettre un terme au sans-abrisme en 2030. On en semble plus loin que jamais, déplore la Directrice de l’AMA : « La communication de la ministre Van Bossuyt (chargée de l’Asile et de la Migration, et de l’Intégration sociale, ndlr) est à sens unique. Elle se base sur le fait que les demandes d’asile introduites en Belgique ont diminué, et qu’il n’est donc plus nécessaire de financer un Brussels Deal, là où, selon elle, la capacité de Fedasil devrait suffire. Par ailleurs, dans les places du Brussels Deal, on sait qu’il y a des personnes sans logement qui ne sont pas dans une procédure d’asile et la ministre se rabat sur le prétexte des compétences usurpées, arguant du fait qu’il n’est pas de la compétence du fédéral de financer les compétences d’aide aux personnes... Et que c’est à la Région de Bruxelles-Capitale de prendre ses responsabilités. »

Dans cette optique, la Fédération des maisons d’accueil et des services d’aide aux sans-abri demande que des solutions soient dégagées le plus rapidement possible, et ce, quel que soit le niveau de responsabilité. « Si demain, l’ensemble des subsides s’arrête, ce ne seront pas 1.000, mais 2.000 personnes qui vont se retrouver à la rue. Le tableau est donc assez sombre, dans un contexte où, pour le moment, les négociations ne se déroulent pas avec les opérateurs de terrain, mais entre les représentants politiques de la Région de Bruxelles-Capitale et du fédéral. Avec l’inquiétude croissante des services de terrain qui restent dans l’expectative », conclut Christine Vanhessen.

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L’impact concret pour le Samusocial

« Au Samusocial, nous avons déjà subi l’impact de la première vague de fermetures. Ainsi, les autorités régionales nous ont annoncé que notre centre WTC de 130 places pour hommes isolés fermera définitivement le 30 septembre », explique Sarah de Liamchine. « Un autre centre accueille 90 MENA (Mineurs Étrangers Non Accompagnés, ndlr), mais dans lequel seront désormais hébergés des jeunes adultes et des MENA. Avec comme conséquence qu’il y aura forcément moins de places pour ces MENA, mais aussi avec un impact notable sur le personnel, lié au financement : une vingtaine de CDD et une quinzaine de fins de contrats pour du personnel engagé plus durablement. »

Pour Sarah de Liamchine, fermer un centre fin septembre est complètement atypique : « Il ne restera alors que 200 places pour les hommes isolés à l’entrée de l’hiver, un chiffre extrêmement bas, sachant que nous refusons déjà actuellement deux demandes sur trois tous les jours. Le nombre de refus et de personnes qui doivent rester en rue va donc forcément augmenter. » Des chiffres interpellants dont le Samusocial nous a communiqué le détail pour la semaine du 30 août au 6 septembre, repris dans l’illustration ci-dessous.

Le temps de l’action

Quant aux négociations en cours, tout comme Christine Vanhessen, Sarah de Liamchine regrette cette situation : « Nous ne sommes pas autour de la table pour faire part de la réalité de terrain au-delà des données statistiques. Nous aimerions pouvoir relayer le parcours de ces personnes ayant un statut administratif plus ou moins clair qui leur ouvre des droits, mais auquel s’ajoute parfois des problèmes d’ordre psychiatrique, des traumatismes liés à des violences lors de leur parcours migratoire, peut-être aussi des problèmes d’addiction, ou encore de parentalité très abîmée au sein des familles… Autant d’éléments qui n’apparaissent pas dans les statistiques, mais qui peuvent expliquer pourquoi certaines personnes ne parviennent pas à s’insérer rapidement dans la société. »

Et d’annoncer : « Pour cette raison, nous avons adressé un courrier officiel à la ministre Van Bossuyt, pour l’inviter à une visite dans nos centres, afin de prendre davantage en compte l’aspect humain de cette décision par rapport au public que nous accueillons ».

Parallèlement, une pétition en cours a déjà recueilli plus de 8.000 signatures. « Parmi les signataires, des citoyens bruxellois inquiets pour la cohésion sociale d’une ville qui n’a plus la possibilité d’héberger des personnes sans abri », note la Directrice du Samusocial. « Nous comptons également ne pas rester silencieux le 30 septembre, jour où le centre WTC fermera ses portes. Car plus les gens restent dans la rue, plus ils s’abîment. »

Le 15 octobre sera organisé le grand dénombrement des personnes sans logement ou en situation de mal logement. Il y a 10 ans, le total frôlait les 10.000 personnes en situation de mal logement, dont 1.000 étaient en rue. « En tant qu’opérateur, cette situation peut s’avérer extrêmement décourageante, en étant témoins de cette détresse tout en devant refuser quotidiennement des personnes, tous publics confondus, et en apprenant parallèlement que les autorités vont supprimer 1.000 places », conclut Sarah de Liamchine. « C’est incompréhensible pour nous, à moins d’assumer publiquement de laisser des familles en rue, au cœur de l’Europe. C’est extrêmement choquant. »

Propos recueillis par O.C.



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