L’écologie sociale, une formation unique en Belgique
Peu connue du grand public, la formation en écologie sociale de la Haute École Libre de Bruxelles (HELB) fait figure d’exception. Créé il y a une vingtaine d’années, ce bachelier unique en Belgique forme des profils hybrides, à la croisée du social et de l’environnement.
« Nous formons des travailleur·euses sociaux·ales, pas des expert·es scientifiques », pose d’emblée Pénélope Fidszman, la coordinatrice de pratique et enseignante. « Mais des travailleur·euses sociaux·ales capables de comprendre les enjeux environnementaux. »
La formation en écologie sociale de la Haute École Libre de Bruxelles (HELB) prépare des professionnel·les capables d’intervenir sur des problématiques très concrètes — énergie, logement, mobilité, aménagement du territoire — en tenant compte des réalités de vie des personnes et en agissant là où les inégalités sociales et environnementales se rencontrent. « Iels ne vont pas faire un plan sans contact avec un public. Iels travaillent avec les habitant·es, les commerçant·es, les entreprises, pour construire des projets qui répondent à leurs besoins », insiste l’enseignante.
L’objectif n’est pas d’analyser elleux-mêmes des phénomènes complexes mais d’en comprendre les grandes lignes pour pouvoir dialoguer avec des spécialistes et faire le lien avec les citoyen·nes et les institutions. La formation se distingue aussi par une ambiance de proximité, rendue possible par de petites promotions d’une vingtaine d’inscrit·es, où les liens entre années sont forts et l’entraide est fréquente.
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À l’origine, un constat de terrain
Le cursus naît d’un besoin concret observé sur le terrain. Au début des années 2000, au sein du département social de la Haute École libre de Bruxelles (HELB) Ilya Prigogine — alors uniquement dédié à la formation des assistants sociaux — direction, enseignant·es et responsables de stages font un constat : les questions environnementales prennent de plus en plus de place dans les réalités sociales, sans que les professionnel·les soient formé·es pour y répondre.
« Les professeurs qui suivaient les stagiaires ont constaté un besoin de travailleur·euses sociaux·ales formé·es aux enjeux environnementaux », raconte Pénélope. « Mais le cursus d’assistant social était déjà très chargé : il n’était pas possible d’y ajouter simplement quelques heures, d’autant que l’environnement est un domaine complexe. »
Le pari est alors audacieux. À l’époque, l’écologie est loin d’occuper la place qu’elle a aujourd’hui dans le débat public. « Même en interne, certain·es regardaient cette idée un peu bizarrement », se souvient-elle. Pourtant, la formation attire dès le départ. Et aujourd’hui encore, elle reste sans équivalent : « On est le seul diplôme en Fédération Wallonie-Bruxelles et même en Flandre. »
Cette singularité se confirme aussi à l’international. « On n’a jamais trouvé d’équivalent à l’étranger pour organiser des séjours d’échanges de cours », souligne l’enseignante. Seuls les Erasmus de stages sont possibles pour le moment. Cependant les choses évoluent : « En France, l’année prochaine, l’écologie entre dans les programmes des formations en travail social. Plusieurs écoles nous ont déjà contactés parce qu’elles doivent tout construire », poursuit-elle.
Former sans culpabiliser
Au cœur de la formation, une conviction forte : la transition écologique ne peut se faire sans justice sociale. « Même si l’on doit s’intégrer dans des institutions, l’objectif reste de contribuer à améliorer la société sur le plan social et environnemental », affirme la coordinatrice.
Elle défend une approche pédagogique qui met en avant le caractère structurel des problèmes environnementaux, plutôt que la responsabilisation des individus. « Ce n’est pas en culpabilisant les individus qu’on va résoudre la situation. » Elle illustre : « Une personne qui vit dans une passoire énergétique peut faire tous les efforts qu’elle veut, ça ne changera pas grand-chose. Le problème, c’est le logement. »
Ainsi, les diplômé·es deviennent des acteur·trices de transformation sociale et environnementale, capables de concilier action pratique et réflexion structurelle, tout en défendant l’accès à l’écologie pour toutes et tous.
Un ancrage fort dans le terrain
La formation se caractérise aussi par sa dimension pratique. Pas d’options formelles mais des choix progressifs à travers les stages. En deuxième année, les étudiant·es partent six semaines sur le terrain. En troisième, le stage s’étend à treize semaines et s’accompagne d’un travail de fin d’études.
Dès la première année, iels rencontrent des professionnels de secteurs variés : énergie, logement, agriculture, coopération internationale… De quoi affiner leur orientation. « Le terrain est central. C’est là qu’iels comprennent vraiment les réalités », observe l’enseignante.
Les cours sortent souvent des murs de l’école : analyses d’espaces publics à Bruxelles, visites d’institutions, rencontres avec des acteurs de terrain. Chaque année, un voyage d’étude permet aussi de découvrir d’autres contextes. Cette année, la promotion est partie à Mulhouse, ancienne ville industrielle française.
Cette ouverture se prolonge à l’international grâce aux stages possibles à l’étranger. Les étudiant·es peuvent partir en Europe, mais aussi hors Europe, via différents dispositifs de mobilité. « On a eu de nombreux stages au Sénégal, notamment dans le secteur de l’agroécologie et dans des fermes qui forment les agriculteur·trices à des techniques plus durables », explique la coordinatrice. Des expériences ont également eu lieu en Amérique latine, en France ou encore au Rwanda.
Une formation structurée en plusieurs axes
Derrière la diversité des cours, la formation s’organise autour de plusieurs axes complémentaires. Sciences humaines et sociales, analyse du territoire, travail scientifique et travail social se mêlent pour donner aux apprenant·es à la fois des outils de compréhension et d’intervention.
Certains enseignements se veulent très concrets. En écologie urbaine, par exemple, les étudiant·es analysent des espaces publics bruxellois et réalisent des capsules audio à partir de leur travail de terrain, en croisant enjeux de mobilité, de commerce ou de migration.
L’axe scientifique, souvent redouté, reste accessible. « Tout est repris à zéro », rassure Pénélope. Des dispositifs de remédiation sont également prévus pour accompagner les classes.
En parallèle, les cours liés au travail social, qui mettent un accent particulier sur le collectif — animation, gestion de conflits ou encore travail communautaire — permettent d’acquérir les outils nécessaires pour intervenir concrètement avec les publics.
De nombreux débouchés
Malgré sa faible visibilité, la formation débouche rapidement sur l’emploi. Et pour cause : le secteur manque de profils.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon une enquête menée par l’école auprès de ses ancien·nes étudiant·es, 27 % trouvent un emploi en moins de trois mois, 17,5 % entre trois et six mois et 60 % en moins d’un an. Les diplômés s’orientent vers une diversité de secteurs, principalement dans le service public. Communes, régions ou institutions fédérales recrutent ces profils hybrides, notamment dans les services environnement, urbanisme ou mobilité. « Plusieurs ancien·nes travaillent aujourd’hui comme conseiller·ères en mobilité à Bruxelles, en Flandre ou en Wallonie », indique la coordinatrice.
D’autres débouchés existent dans les CPAS, en particulier dans les services énergie. Les secteurs de l’énergie et de l’eau, du logement, de l’agriculture ou encore de l’éducation à l’environnement — via des fermes pédagogiques ou des structures de sensibilisation, par exemple — figurent parmi les domaines d’insertion les plus représentés.
Et pour celles et ceux qui souhaitent poursuivre leurs études, des passerelles existent : environ la moitié des diplômé·es s’orientent vers un master, notamment en environnement ou en ingénierie et actions sociales ou le master en transition et innovation sociale à Mons, qui attire de plus en plus de monde.
Malgré son insertion professionnelle solide, la formation reste encore peu connue du grand public. L’équipe tente d’y remédier en multipliant les liens avec le monde associatif et les acteur·trices de terrain, notamment à travers des événements et conférences, afin de continuer à faire vivre cette articulation entre écologie et social.
Pauline Février
Légende de la photo : des étudiants en sortie scolaire, lors d’un voyage d’étude à Marseille.
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