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Assistante sociale débutante : premiers pas en psychiatrie, entre idéal et réalité du terrain

Assistante sociale débutante : premiers pas en psychiatrie, entre idéal et réalité du terrain

Semaine du travail social | Anne est assistante sociale, fraîchement diplômée et commence tout juste sa carrière, dans le secteur de la psychiatrie. Elle vit ses premières désillusions, mais aussi ses premiers apprentissages et tire son premier bilan. Entre motivation, idéalisme, réalité, elle dépeint une vision du travail social en phase avec la conception actuelle de la vie professionnelle : sans entraves.

[Dossier spécial Semaine du Travail Social] :

À l’occasion de la Journée mondiale du travail social, célébrée en 2026 ce 17 mars, le Guide Social a, une nouvelle fois, choisi de ne pas se limiter à une seule journée de mise à l’honneur du secteur, de ses forces vives, de ses réalités et de ses besoins. Une tradition qui s’installe au fil des années : consacrer toute une semaine à celles et ceux qui font vivre le travail social au quotidien.

Lundi, nous ouvrions cette série avec le témoignage de Dominique, assistante sociale en fin de carrière, qui revenait sur plus de quarante ans de pratique et sur les évolutions profondes du métier.

Aujourd’hui, nous vous proposons l’autre versant du parcours : celui des débuts. Avec Anne, jeune diplômée, nous plongeons dans les premiers pas en psychiatrie, là où l’idéal du métier se confronte, pour la première fois, aux réalités du terrain.

"Assez vite, j’ai découvert la réalité du système : beaucoup de dossiers, d’urgences, et parfois très peu de temps pour les personnes"

Le Guide Social : Anne, vous venez de commencer votre carrière comme travailleuse sociale dans le secteur de la psychiatrie. Pourquoi avoir choisi ce métier ?

Anne : J’ai toujours eu envie de travailler dans l’humain. Pendant mes études, je me suis intéressée aux questions de santé mentale, parce que c’est un domaine où les gens sont souvent très seuls et incompris et que, si ces problématiques ont explosé pendant les confinements, elles sont de plus en plus présentes dans notre société. Je me suis sentie très concernée, personnellement aussi, sans doute. Je me disais que je pourrais être un soutien concret, quelqu’un qui aide à reconstruire un peu de stabilité dans la vie quotidienne. En commençant à postuler, ça s’est fait aussi un peu par hasard, en fonction des offres disponibles. J’ai postulé pour plusieurs boulots dans plusieurs secteurs et j’ai passé plusieurs entretiens, pour être sélectionnée ici.

Le Guide Social : Comment se sont passées vos premières semaines sur le terrain ?

Anne : Au début, j’étais très enthousiaste. J’avais l’impression d’entrer dans un métier utile, avec des équipes engagées. Mais assez vite, j’ai découvert la réalité du système. Il y a beaucoup de dossiers, beaucoup d’urgences, et parfois très peu de temps pour les personnes. Puis il y a aussi les routines d’équipe, les habitudes bien ancrées, les jugements. Je ne m’attendais pas à rencontrer autant de jugements parmi mes collègues, je pensais que ce serait un univers plus bienveillant.

Le Guide Social : Qu’est-ce qui vous a le plus surprise ?

Anne : Je crois que c’est le décalage entre ce qu’on nous apprend et ce qu’on peut réellement faire. On nous parle d’accompagnement, de relation, de respect du rythme de la personne… mais dans la pratique, on doit souvent aller vite. Il y a des listes d’attente, des contraintes administratives, des places qui manquent. On sait qu’on ne peut pas garder les gens, ils doivent vite sortir pour laisser la place au suivant. On n’est plus dans des séjours qui permettent vraiment de mettre en place un travail en profondeur. On pare à l’urgence, puis on laisse les gens sortir en mettant en place un suivi à domicile où on espère que toutes ces questions seront abordées.

"Quand on débute, on se sent vite impuissante. On se demande si on fait assez, si on fait bien"

Le Guide Social : Est-ce que cela provoque déjà une forme de désillusion chez vous ?

Anne : Oui, un peu. Pas par rapport aux personnes qu’on accompagne, mais par rapport au système. On voudrait faire plus. Parfois je vois quelqu’un qui aurait besoin d’un suivi long, stable… et je sais déjà qu’il va falloir orienter ailleurs, ou qu’il n’y aura pas de solution immédiate, qu’il va falloir attendre la sortie. Parfois, je ne sais pas non plus comment me positionner dans l’équipe. D’un côté, j’ai envie et besoin de m’y intégrer et donc de passer plus de temps à échanger avec eux et d’un autre côté, je n’ai pas l’impression que ce soit très utile à mon travail auprès des patients.

Le Guide Social : Comment vivez-vous les situations difficiles ?

Anne : C’est parfois très lourd émotionnellement. En psychiatrie, on rencontre des personnes qui vivent avec beaucoup de souffrance, d’isolement, parfois des parcours très chaotiques. Quand on débute, on se sent vite impuissante. On se demande si on fait assez, si on fait bien. Parfois, on se dit que c’est inutile, mais il ne faut pas oublier que les personnes vivent des cycles, et que la maladie mentale est un domaine de la santé humaine qui est très complexe, sans véritable guérison, mais plutôt avec des ajustements à trouver, mettre en place et évaluer régulièrement.

"Je ne me sens pas tenue ni liée à une profession parce que c’est cela que j’ai fait comme études"

Le Guide Social : Qu’est-ce qui vous aide à tenir dans ces débuts ?

Anne : L’équipe, malgré tout, et mes objectifs personnels. Les collègues plus expérimentés qui savent mettre des mots sur toutes ces difficultés et qui savent aussi relativiser. Après, ce sont aussi mes objectifs personnels qui m’aident à tenir. Je m’étais dit que j’engrangeais un maximum d’expériences dans mes premières années de boulot, avant de m’orienter vers un secteur spécifique. J’avais pris l’engagement avec moi-même d’honorer mes premiers contrats sans jugements, en les considérant comme des expériences et des occasions d’apprentissage.

Le Guide Social : Vous voyez-vous continuer dans ce domaine ?

Anne : Oui, je crois... dans un premier temps. En tout cas, en tant que travailleuse sociale. En psychiatrie, peut-être pas. Je ne prolongerai en tout cas pas ce contrat, car j’ai envie de tester autre chose. Peut-être un autre secteur ou une autre façon de travailler. Après, je ne sais pas comment je serai dans 10 ou 15 ans, ni si j’aurais envie de continuer à exercer cette profession. Pour le moment c’est le cas, demain, on verra bien ! Je ne me sens pas tenue ni liée à une profession parce que c’est cela que j’ai fait comme études.

Propos recueillis par MF - travailleuse sociale



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