Pour une réflexion éthique de l’aide contrainte des mineurs

Pour une réflexion éthique de l'aide contrainte des mineurs

L’aide psycho-sociale sous contrainte est une ressource importante dans l’Aide à la Jeunesse. Forte des changements qu’elle peut provoquer chez l’usager, elle doit aussi pouvoir être maniée avec l’éthique bienveillante de travailleurs conscients de ses ressources… et ses limites.

Répondant aux attentes d’une société inquiète pour elle-même (dans le cas du jeune délinquant par exemple) ou pour l’autre (l’enfant en danger), l’aide contrainte se voit décerner le rôle du levier « magique » qui impose à l’usager de modifier son comportement jusqu’à tendre vers la « norme ». Dans l’Aide à la Jeunesse, cette aide sous contrainte est incarnée par des intervenants d’horizons divers exerçant dans des services d’accompagnement ambulatoire, d’hébergement, ou d’analyse globale, telle que l’envisagent les Services de Protection Judiciaire.

Une aide imposée par le Juge…

Mis ensemble, les termes « aide » et « contrainte » peuvent susciter un certain étonnement. Pourtant, face à aux situations dites de « mineur en danger » ou « mineur ayant commis un fait qualifié infraction », les Juges de la Jeunesse, portés par une philosophie plus protectionnelle que punitive ont la possibilité d’activer une série de moyens destinés à susciter chez le jeune ou sa famille le changement nécessaire pour lever les inquiétudes. Au bénéfice de « ceux qui n’ont pas le choix », ces mesures ont pour ambition d’éveiller chez eux le désir sincère de changer.

…Et une sincérité obligatoire

Cet inconfort, c’est exactement ce que nous, intervenants sociaux de tous bords, pouvons susciter contre notre gré chez ces familles que l’on veut aider. Si l’intervention dans le cadre protectionnel a valeur de proposer une aide qu’un usager n’aurait pas spontanément sollicitée, elle peut aussi représenter « la grande méchante louve » aux yeux de familles qui peuvent y voir l’intrusion inconfortable du « colon » qui croit savoir mieux qu’elles.

Dans le monde de la jeunesse, l’accompagnement par contrainte peut paraître d’autant plus confrontant qu’il vient toucher au système de valeurs éducatives portées (ou non) par la famille et susciter ainsi encore plus de résistance que dans d’autres contextes.

Devenez actifs : soyez spontanés !

Si ce type d’intervention constitue un levier de changement dans le chef de familles qui traversent l’impasse, elle peut aussi soulever un paradoxe dont il faut tenir compte : dans l’aide à la jeunesse, il y a l’idée latente de voir le bénéficiaire adhérer aux mesures qu’on lui impose, mais surtout qu’il en devienne acteur. Comment répondre aux injonctions du Juge tout en prouvant qu’on est suffisamment autonome pour apaiser ses inquiétudes ? C’est là tout l’enjeu du bénéficiaire de l’aide sous contrainte.

L’importance de l’éthique

Du côté du travailleur, il s’agit d’avoir conscience de cette position particulière, et d’en tenir compte, dans chacune de ses interventions. A cet égard, le travailleur social va davantage explorer la problématique au travers des ressources dont dispose, malgré tout, la famille. Cher aux yeux du psychothérapeute Guy Ausloos, le concept de « Compétence des familles » se retrouve ainsi au sein des préoccupations de l’intervenant et cela, même si elles surgissent dans un cadre protectionnel.

Contrainte et contexte

Même dans le cadre de l’aide imposée, il faut tenir compte du système d’interactions dans lequel est baigné l’enfant ou le jeune. Sur cette base, on tentera plutôt de l’accompagner, lui et sa famille, vers d’autres possibles plus sereins pour l’avenir. Pour tendre vers cet idéal, le travailleur social a donc besoin de l’expertise du mineur et de sa famille : il n’y a qu’eux qui savent ce qu’ils risquent à changer et ce qu’ils y gagneraient.

Quand la contrainte vient d’au-dessus

Si le travailleur social tâche de « co-construire » avec les familles, il n’est pour autant pas celui qui décide : intégré dans un Réseau d’Aide Contraignante, ce dernier est, lui aussi, soumis à l’autorité d’un Juge. Parfois, les mesures prises par l’instance décisionnelle ne permettent pas un temps d’écoute des résistances et ressources familiales (dans le cas où l’enfant est exposé à un danger grave et imminent par exemple). Dans ces cas, l’intervenant se retrouve alors coincé dans un système d’obligations multiples auxquelles il ne peut pas forcément réponde, tant elles sont opposées.

Priorité à l’enfant

Imbriqué lui-même dans une position inconfortable (entre le Juge et les familles), le travailleur social prend alors le rôle d’un acrobate, devant à la fois tenir compte des spécificités familiales et de la demande légitime du Juge. Il s’agit alors de se référer à un autre tiers primordial : celui de la protection des mineurs. Si elle apparaît en filigrane de cet article, c’est parce qu’elle est une évidence à laquelle chaque acteur se réfère en priorité : qu’est-ce qui, dans ladite situation, concourt le plus au bien-être de l’enfant ?

C’est une dimension importante, bien qu’elle ne puisse faire l’économie d’un système fait de paradoxes aussi « gros » que l’association des termes « aide contrainte ».

L.T., assistante en psychologie



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