Les Français en situation de handicap en Belgique, ces oubliés de la crise Covid

Les Français en situation de handicap en Belgique, ces oubliés de la crise Covid

Des modalités de confinement puis de déconfinement ont été prises pour les personnes en situation de handicap. La situation est particulièrement délicate pour les milliers de Français en Belgique, situation compliquée par l’éloignement et la gravité du handicap dans cette population. Les mesures pour les visites et les retours en famille sont si difficiles à appliquer avec une population disposant de moyens cognitifs très altérés que beaucoup de parents doivent renoncer à les visiter et à les prendre chez eux.

J’avais déjà expliqué, dans une précédente carte blanche, l’oubli des Français hébergés en Belgique venant des zones clusters. Heureusement que les établissements les hébergeant ont appliqué des mesures de confinement bien avant d’en avoir reçu les consignes par l’AViQ sinon il est vraisemblable que nous aurions connu des hécatombes, d’autant plus qu’un tri inavouable était effectué par les services de santé dans la décision d’accorder des soins ou d’orienter les personnes en situation de handicap ou les aînés vers des hôpitaux en cas de coronavirus.

Les mesures prises pour aider financièrement les établissements français se sont limitées à la France, et celles prises pour aider financièrement les établissements belges se sont bien sûr limitées aux établissements accueillant des Belges… Encore une fois, nos compatriotes furent des ignorés de la République, frappés de la double peine de l’exil et de l’oubli.

Le passage aux frontières

Lorsqu’approchait le temps des mesures de déconfinement en Belgique, j’ai sollicité le député des Français du Benelux pour qu’on pense aussi à accorder le passage aux frontières pour ces personnes et leurs proches. Il a fallu tout de même quelques rappels en commentaires sur les articles de presse et les réseaux sociaux pour qu’il examine la question, vu qu’il ne s’était cantonné qu’aux travailleurs frontaliers.

Ce qui eut pour effet la publication d’un communiqué du gouvernement français
assurant le passage à la frontière des familles venant visiter leurs proches… avant que les établissements aient réalisé les tests et soient donc rouverts ! L’AFrESHEB a donc dû l’expliquer à ses adhérents.

Récemment, l’AViQ a publié plusieurs circulairesde déconfinement. La ministre aurait consulté (à la fin !), comme elle le dit dans sa circulaire complémentaire du 26 mai, les organisations représentatives des personnes handicapées, mais là encore, on a oublié la particularité d’une population étrangère dont la famille est éloignée.

Ces circulaires de déconfinement présentent des conditions draconiennes, au vu des déficiences cognitives des personnes concernées (et l’on sait qu’en ce qui concerne les Français, ce sont les personnes les plus atteintes que l’on envoie en Belgique).

"Deux conditions sont impossibles pour nous"

Comme une maman nous l’explique ici, elle reflète un point de vue exprimé par la majorité de nos familles :
« Nous avons maintenant le droit de voir notre adulte :
- soit dans l’établissement, avec masques, sans se toucher et en gardant les distances, pour 30 minutes
- Soit de le reprendre pour un minimum de 7 jours, avec un minimum de contact à l’extérieur, avec test PCR avant le retour dont nous devons nous occuper nous même en dehors de l’établissement.

Ces deux conditions sont impossibles pour nous, que ce soit de se voir si peu ou au contraire de devoir rester une semaine avec lui ; car avec nous il veut se promener en ville et aller dans les cafés ! Il est à peu près certain qu’avec nous il refuserait le test PCR. Nous aimerions pouvoir le reprendre pour une journée sur place ou un week-end en famille mais actuellement ce n’est pas possible. Ces conditions ne sont pas applicables pour beaucoup d’autres familles qui sont âgées et ne peuvent pas s’occuper de leur proche une semaine entière. Nous devons donc encore patienter mais nous commençons à trouver le temps long. »

Ces conditions sont bien sûr bien plus difficiles aussi à respecter, non seulement en fonction du handicap sévère, mais aussi de l’éloignement…

Nous espérons qu’elles seront bientôt assouplies suivant l’évolution de l’épidémie et souhaitons que cette fois, la France n’oubliera pas cette population et la Wallonie ses particularités.

Isabelle Resplendino

Présidente de l’Association pour les Français en situation de handicap en Belgique



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