Interné, une condamnation à vie ?

Interné, une condamnation à vie ?

Que deviennent ces patients dits "fous dangereux" lorsqu’ils quittent l’hôpital pour poursuivre leur trajet de réinsertion ? Libéré du carcan judiciaire de l’internement ne signifie aucunement être libéré de la maladie. Au quotidien, cette distinction est source de désaccord, de conflit et d’incompréhension. C’est ce que nous raconte, entre autres, cet article, rédigé par 2 professionnels de la santé mentale. [Un article du CBCS]

Dialogue avec mon garagiste

- Vous êtes psychiatre, vous ?
- Oui
- Et vous faites quoi exactement ?
- Je dirige une unité psychiatrique médico-légale qui prend en charge des personnes internées, libérées à l’essai.
- Oufti ! s’exclame mon garagiste pourtant grand supporter d’Anderlecht… C’est vous dire s’l était étonné.
- Et vous faites ça dans la clinique tout près d’ici ?
- Non… C’est sur un autre site, à la Hulpe.
- Ah… ça va alors !
- Remarquez, il va bientôt se construire un centre de psychiatrie légale ici, à Wavre, non loin de votre garage.
- Ah bon… Remarquez, ça me rappellera ma jeunesse.
- Comment ça ?
- Il y a très longtemps, il y avait un hôpital psychiatrique non loin d’ici.
- J’ignorais…
- Et si. Il est détruit depuis longtemps. Je me souviens. Quand j’étais petit, avec les copains, le dimanche, on allait à vélo vers l’hôpital dans l’espoir de voir des fous dangereux, genre en camisole de force ou avec un entonnoir sur la tête. On était des gamins.
- J’imagine, et alors.
- He bien, on n’y est pas retournés souvent.
- Pourquoi ?
- Parce qu’en fait, on a été déçu. En matière de phénomène de foire et de frissons… On a rencontré que des gens normaux qui ressemblaient à nos parents et nos voisins.
- He oui !!!
- Au fait, pour votre voiture, ça fera 600 euros. En cash ou par carte ?
- Ah quand-même !

Mais que deviennent ces patients fous dangereux – ou pas, lorsqu’ils quittent l’hôpital pour poursuivre leur trajet de réinsertion, souvent parsemé d’embûches ? Interdiction de…

Lorsque la personne internée est libérée, elle l’est d’abord « à l’essai », soit dans une structure de soin, soit directement à son domicile ou à celui de ses parents.

A l’essai donc… Une garantie de sécurité (qui passe parfois par une garantie de soin) tant pour la société que pour la personne elle-même. Cet essai se traduit par toute une série de conditions à respecter. Ces conditions sont, pour la plupart, relativement classiques et se déclinent entre des obligations à respecter et des interdits à ne pas franchir.

Il y a LA condition « logique », celle à laquelle tout citoyen belge, interné ou pas, est sensé répondre : ne pas commettre de nouvelles infractions. Jusque-là, rien d’étonnant.

Ensuite, certaines conditions sont parfois vécues comme encombrantes, voire franchement contraignantes. Et pour certaines personnalités parano, carrément persécutrices.

Une liberté certes, mais à l’essai, car il s’agit de faire ses preuves, d’être un citoyen modèle, malade, mais irréprochable.

« Au secours remettez-moi en prison ! »

La LIBERTE, valeur fondamentale de notre société, est le Saint Graal, le but ultime de l’interminable parcours d’internement. Il s’agit d’une quête, parfois longue et tumultueuse.

Après trois années consécutives de libération à l’essai, l’interné sera d’office convoqué devant le juge pour statuer sur une libération définitive, soit son essai est probant, il va mieux, semble stabilisé et dans ce cas, la libération définitive lui sera accordée. Soit, ce n’est pas le cas, et il devra essayer encore pour une durée de maximum deux ans, renouvelable (et ça, évidemment, on ne sait pas combien de fois).

La majorité des personnes internées avec qui on travaille nous parle de la liberté comme un but en soi, une destination finale. Enfin libre… Cependant, et parfois à notre grande surprise, une fois la libération obtenue, la personne perd pied, s’inquiète, s’angoisse.

Lire la suite de l’article sur le site du CBCS



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