La fatigue, un symptôme particulier

La fatigue, un symptôme particulier

La fatigue est sans doute le symptôme le plus fréquent et souvent le premier à être rapporté en début de séance. Voilà donc un symptôme banal, familier, ordinaire et, finalement, inévitable. Mais la fatigue est avant tout un symptôme polysémique. Il s’agit donc de l’entendre dans toutes ses différences possibles.

Une fatigue qui persiste, des affects qui pèsent, une énergie qui s’enfuit, voilà une porte d’entrée courante pour une consultation psychologique. Après avoir écarté d’éventuelles causes somatiques, il s’agit d’entendre ce symptôme à multiples facettes dans tous les sens qu’il peut receler. Il s’agit surtout de l’accueillir avec bienveillance d’abord, et de le décoder ensuite, pour profiter de toute l’information précieuse qu’il peut apporter dans le travail thérapeutique.

La fatigue que rien n’apaise

Le principe est simple : quand on est fatigué, on se repose et donc on récupère ! Mais parfois, rien n’y fait, la fatigue est tenace, le sommeil est agité, interrompu, et les ruminations diverses, les angoisses diffuses empêchent le patient de profiter des temps alloués au repos. Dans d’autres cas, c’est le contraire : les nuits sont longues mais, au réveil, la fatigue est toujours là, le sommeil n’est pas réparateur. Souvent, la fatigue s’accompagne d’un sentiment de tristesse, de découragement, d’irritabilité. D’où la consultation psychologique…

Un symptôme mal considéré

Dans un monde où tout doit aller vite, où tous se doivent d’être rapides, efficaces, compétents, la fatigue est mal accueillie. Sur la scène sociale (ou familiale), elle engendre vite incompréhension, reproches, voire risque de sanction professionnelle. En outre, le foisonnement des outils technologiques empêche bien souvent une coupure qui serait pourtant salutaire. Le risque est grand de voir émerger alors un sentiment de culpabilité pour la personne qui ne se sent plus « dans la course ». Ce qui n’arrange rien.

Une origine psychique

La fatigue, sur son versant psychique, peut encore se traduire par une perte de plaisir, une « envie de rien ». A la frontière de la psyché et du soma, elle peut dire avec le corps ce qui « coince » sur la scène psychique, elle est alors langage métaphorique d’un malaise beaucoup plus large mais qui peine à se faire entendre autrement. Dans ces cas-là, elle est donc la trace de conflits internes parfois inconscients.

Le signe d’un conflit

Le conflit ainsi exprimé à travers le corps peut être de deux ordres. Il peut signer en interne des forces antagonistes, des malaises internes, voire des conflits intra-psychiques. Il peut également révéler une impossibilité à gérer un rapport à un environnement malmenant ou des difficultés à faire face à des conflits de loyautés, par exemple. Bref, on le constate, la fatigue psychique présente des origines qui peuvent être extrêmement diverses.

Un accueil nécessaire

La fatigue est d’abord un signal et elle doit être entendue comme telle. Il faut donc, avant toute chose, l’accueillir avec bienveillance car elle nous apporte de l’information, ce qui est toujours précieux. Le ressenti qui l’accompagne, jusqu’à la culpabilité qu’elle peut susciter, doit aussi être entendu sans jugement. Une fois accueillie, autorisée, « validée » en quelque sorte, il s’agit de la décoder. Car, une fois encore, tout symptôme est une belle occasion de mise au travail.

D. Bertrand, psychologue.



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