Psychologues et nécessité d’un travail sur soi

Psychologues et nécessité d'un travail sur soi

Pourquoi les psychologues devraient-ils faire comme leurs patients ? Si certains voient cette nécessité comme allant de soi, d’autres continuent à renâcler. Alors, cette thérapie personnelle, est-elle indispensable ou facultative ? Voilà une question bien plus large qu’elle n’en a l’air…

Certains psychologues ont l’air surpris, voire gênés ou agacés, lorsqu’on leur demande s’ils font eux aussi un travail sur eux-mêmes. « Moi je vais bien, merci ». Comprenez : j’accompagne des gens qui ont besoin d’aide, mais ce n’est pas mon cas. D’autres ne peuvent concevoir un métier d’accompagnement sans « nettoyer leur écran » et donc se soumettre, régulièrement, à un suivi psychologique personnel. Que penser de tout ça ?

Un métier particulier

Convenons-le d’emblée, écouter la souffrance d’autrui du matin au soir est tout sauf anodin. Par extension, choisir un métier qui implique de recevoir cette souffrance est également singulier. Les raisons peuvent être diverses mais elles méritent qu’on s’y arrête quelque peu pour les comprendre. Que l’on ait été soi-même en difficulté, ou que l’on ait été témoin, parfois fort jeune, et souvent bien impuissant, de la souffrance d’autrui, la genèse de notre désir d’aider son prochain doit nous interpeller et donc être investiguée.

Nos événements de vie

Quoi que l’on fasse, notre vie personnelle va résonner dans les séances. Cet écho irréductible doit être conscientisé au maximum pour éviter qu’il n’interfère sournoisement dans le travail en cours. Quand je suis devenue maman, j’ai éprouvé de grosses difficultés à accompagner les mères en isolement médical. Je comprenais dans ma chair la portée de cette privation de contacts physiques. J’étais donc « trop près » de ce qu’elles vivaient. Il était donc indispensable de travailler de mon côté sur cette nouvelle appréhension de la relation mère-enfant.

Le respect des patients

Les hommes et les femmes qui poussent la porte de notre cabinet nous font confiance. Nous leur proposons cet exercice tellement étrange qui consiste à se livrer à un inconnu, à lui confier ses pensées ou émotions les plus intimes, les plus incongrues parfois. Si on ne s’est jamais prêté à ce genre d’introspection, comment comprendre à la fois la difficulté de se dire et l’utilité de cette pratique ? A mon sens, vivre, de l’intérieur, cette place de patient est le respect minimal que l’on doit à ceux que nous recevons en séance.

Nos lunettes

Nos projections, nos croyances, nos choix, nos valeurs, sont autant de risques qui nous guettent. Le non jugement que nous proposons, la neutralité bienveillante dont nous nous targuons, ils se travaillent. D’abord au cœur de notre matière première, j’ai nommé notre psyché. La toute-puissance est un piège insidieux, et un désir d’aide mal cerné peut biaiser notre accompagnement. L’humilité de comprendre que tout n’appartient pas au patient est primordiale.

Une tranche ou deux

Pour respecter les gens qui nous consultent, pour réduire le risque d’encombrement de nos séances par des choses qui nous appartiennent, à nous, et pour trouver la juste distance thérapeutique, il nous faudra donc, nous aussi, passer par un travail sur soi. Et quelle bonne nouvelle ! Car si nous avons choisi ce métier, c’est que nous sommes convaincus de son utilité ! Dans la négative, il faut peut-être revoir son orientation professionnelle…

D. Bertrand, psychologue

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