La nouvelle classification de fonctions dans les hôpitaux, une idée vieille de 20 ans !

La nouvelle classification de fonctions dans les hôpitaux, une idée vieille de 20 ans !

Les hôpitaux ont aussi leurs travailleurs de l’ombre. A côté des infirmiers, aides-soignants, médecins, kinésithérapeutes, etc., on retrouve du personnel moins visible, mais tout aussi utile au bon fonctionnement des institutions. Des employés en charge des services hôteliers, administratifs, financiers, ou informatiques, participent à la vie hospitalière. Jusqu’il y a peu, ces derniers ne disposaient pas d’un statut protégé et bien considéré. Les partenaires sociaux ont pris leur dossier en main : ils ont négocié pendant 20 ans pour obtenir un accord en avril dernier. Retour sur cet épisode long et difficile pour une harmonisation salariale au sein des hôpitaux.

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Un bref historique

Depuis une vingtaine d’années les partenaires sociaux évoquaient et discutaient d’une nouvelle classification de fonctions pour les hôpitaux privés. La convention de 1975 qui mettait en place les fondements d’une classification de fonctions au sein des institutions hospitalières était devenue obsolète malgré les évolutions qu’elle avait subies au fil du temps. Après quarante années de subsistance, cette convention ne rendait plus compte des métiers du secteur, de sa complexification, de l’utilisation des nouvelles technologies notamment.

Le secteur devait s’armer d’un nouvel outil capable de prendre en compte la diversité des métiers hospitaliers. Lorsqu’on pense au personnel des hôpitaux on pense souvent aux équipes soignantes : les infirmières, les aides-soignants, les kinésithérapeutes… Ces métiers ne représentent en fait qu’une partie de l’iceberg et le fonctionnement d’un hôpital dépend de nombreux métiers tout aussi importants dans les services hôteliers, administratifs, financiers ou informatiques. Surfant sur le flou des fonctions et des barèmes existants, les hôpitaux ont développé des politiques salariales peu visibles.

C’est dans ce contexte que les accords sociaux 2000-2005 faisaient une large part à l’harmonisation salariale dont découlera la nouvelle classification de fonctions. En 2002 naissait l’Institut de Classification des Fonctions, soit l’ASBL IFIC, à qui le chantier a été confié.

Les buts de l’ASBL

Depuis sa naissance, l’ASBL a pour mission de développer une méthodologie de classification propre à elle. Une classification par le non marchand pour le non marchand. Comme d’autres méthodes, il s’agit de récolter les fonctions existantes dans les hôpitaux, les rapprocher, les regrouper par similarités pour ensuite leur attribuer une pondération sur laquelle viendra se greffer le modèle salarial, les nouveaux barèmes. De ce labeur est née la classification IFIC faite de 218 fonctions réparties en 18 catégories de salaires.

3 mois d’implémentation après 20 ans de négociations : les représentants des travailleurs tiennent la barre

C’est en décembre 2017 que les accords ont été signés et les budgets débloqués. Débute alors la phase d’implémentation qui s’est terminée au 31 avril 2018. Dans beaucoup d’institutions, cette phase ne s’est pas faite sans difficultés vu les délais attribués par les Conventions collectives de travail qui en réglaient l’agenda. Dans de nombreuses institutions, ces délais n’ont pas permis l’instauration d’un réel dialogue entre les représentants syndicaux et les directions pressées d’attribuer une fonction et une catégorie salariale à leurs salariés. L’intervention des délégués syndicaux fut souvent décisive déjà en phase préparatoire afin de faire mettre en évidence les spécificités propres à certaines fonctions. De même, dans la phase d’attribution des barèmes certaines institutions ont été tentées de raboter l’augmentation salariale que permettaient les nouveaux barèmes. Encore une fois la vigilance des délégués syndicaux a été primordiale. A l’heure actuelle des délégués se battent toujours pour récupérer les avantages de travailleurs qui ont été lésés par des prises de décisions trop hâtives faites par des directions souvent pressées par les délais. Ces difficultés sont maintenant, après plusieurs mois de négociations, en passe de trouver une conclusion heureuse.

Nous voici arrivés au moment de faire un premier bilan sur la mise en place de l’IFIC dans les hôpitaux du pays. Il est clair que dans beaucoup d’institutions, l’implémentation s’est passée sans grand heurt, souvent du fait du travail en amont des délégués syndicaux. Pour d’autres, les négociations ont été plus ardues et il a fallu se battre et tenir fermement face à certaines prises de décision. J’ai vu pendant ces derniers mois de nombreux délégués fatigués par le processus, parfois au bord de l’implosion, afin que les droits des travailleurs soient respectés et que la spécificité de leur fonction soit reconnue. Les travailleurs peuvent les remercier pour tout ce travail, toutes ces heures qu’ils n’ont pas passées en famille et pour toute la ténacité et le courage dont ils ont fait preuve.

Quel avenir pour l’IFIC ? Rapprocher l’ensemble des secteurs non-marchands.

Le manque de visibilité dans les fonctions et dans les barèmes reste une difficulté pour de nombreux secteurs du non-marchand. L’avenir d’IFIC se fera aussi dans ces secteurs avec un effort d’harmonisation entre des secteurs des soins, des secteurs sociaux culturels ou des aides familiales par exemple.

Un premier pas a déjà été franchi en Flandre avec la concrétisation des négociations sur l’implémentation de la classification dans les secteurs VIA. De même, les accords non-marchands bruxellois de septembre 2018 prévoient un budget pour la mise en marche d’une étude IFIC pour les secteurs récemment régionalisés par la 6ème réforme de l’Etat notamment (maison de repos, IHP…)

La classification IFIC a donc un bel avenir devant elle car elle a pour vocation l’harmonisation de l’ensemble des secteurs du non-marchand, de créer des passerelles entre des secteurs qui, parfois, pouvaient paraître hermétiques.

Anthony Osché Secrétaire Permanent CGSLB



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