Déborah, aide-ménagère sociale : "En général, on nous attend avec impatience"

Déborah, aide-ménagère sociale :

Déborah Magy est pétillante. Ce n’est pas elle qui le dit mais les personnes chez qui elle intervient en tant qu’aide-ménagère sociale dans la commune de Brunehaut. Et c’est d’ailleurs avec un rire communicatif et un franc parler que la travailleuse de 49 ans nous raconte son métier.

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Sur son vélo, Déborah Magy, une aide-ménagère de 49 ans, sillonne les neuf villages formant la commune de Brunehaut, dans le Hainaut. Dans les maisons où elle travaille, on apprécie surtout son caractère vif et pétillant. « J’aime bien discuter avec les gens, ça leur change les idées pendant leurs longues journées passées seul.es. Ils disent qu’on est le petit rayon de soleil de la semaine », débute-t-elle.

« Il y a une certaine dignité à vivre au moins dans une pièce correcte »

En tant qu’aide-ménagère sociale, Déborah Magy intervient chez des personnes âgées, porteuses de handicap, de pathologies lourdes ou légères. Et dans le milieu rural, elle rencontre tout type de public : des fermiers, des fermières, des personnes aisées, ou encore d’autres qui sont isolées géographiquement.

En assurant l’entretien quotidien de leur intérieur, Déborah Magy aide les gens à se sentir mieux chez eux. « Ce sont des personnes qui ont dû mal à nettoyer seules donc elles nous attendent avec impatience, ça les rassure. Certain.es attendent notre passage pour pouvoir inviter des voisin.es, la famille, parce qu’ils ou elles ont honte », raconte-t-elle. Et de continuer : « Ce n’est que du nettoyage mais c’est beaucoup pour eux car il y a une certaine dignité à vivre au moins dans une pièce propre ».

Au-delà de l’entretien courant, elle assure également un rôle de prévention, d’observation et de relais avec l’assistante sociale notamment. « Quand on arrive on doit regarder si tout va bien et on doit voir comment on peut les aider dans notre fonction de nettoyage », pointe-t-elle. En restant près de quatre heures dans chaque maison, Déborah Magy a le temps de voir ce qui peut échapper à d’autres. « On rentre dans la vie intime des gens, on a un contact important avec eux », explique-t-elle. Ce contact, c’est d’ailleurs ce qu’elle préfère. « J’aime savoir que je peux les aider, les motiver et qu’ils ou elles me font confiance », poursuit-elle.

« On ne peut pas porter tout le malheur des autres sur nos épaules »

Et si l’aspect humain est primordial pour l’aide-ménagère, elle fait quand même bien attention de mettre des limites. « Je reste vague quand on me pose des questions. Je vais dire que j’ai deux enfants mais pas plus. Je suis là pour écouter leur vie pas pour raconter la mienne. Toutes façons, il faut se dire que quand les gens posent une question c’est pour parler d’eux après », confie-t-elle en souriant.

Elle prend aussi bien soin de ne pas rapporter les problèmes des autres chez elle. Quand elle ferme la porte, l’aide-ménagère met sur pause. « J’ai une collègue qui me dit qu’elle aimerait être une souris pour voir ce qui se passe quand elle n’est pas là. Moi non personnellement. Pas parce que je m’en fous, mais je le verrai la semaine suivante. Je suis efficace quand je suis chez les personnes, je les aide mais on ne peut pas porter tout le malheur du monde sur nos épaules ». Surtout qu’à côté de son emploi, Déborah Magy doit non seulement gérer une vie de famille mais en plus endosser la casquette de professeure de dessin dans une école de mode tous les mercredis.

Toutefois, elle reconnait qu’il y a des moments plus difficiles que d’autres, comme le décès d’une personne par exemple. D’autant plus que Déborah Magy suit la moitié de sa clientèle depuis maintenant 17 ans, quand elle a commencé à travailler en tant qu’aide-ménagère au sein de l’ADMR.

À l’époque, Déborah Magy avait 32 ans et travaillait comme modèle pour des sculpteurs et des écoles après avoir étudié aux Beaux-Arts. « Mais il me fallait un emploi plus fixe », explique-t-elle. Ce sont ses deux grands-mères dont elle s’occupait – l’une étant atteinte de Parkinson et l’autre handicapée d’une hanche - qui lui ont suggéré de faire la même chose qu’elle faisait avec elles mais chez les autres.

Pas de formation pour les aide-ménagères sociales

Quand elle a commencé, les aide-ménagères sociales devaient suivre une formation. « Le plus gros module c’était l’hygiène, puis on apprenait à faire à manger, le soin à la personne et les termes médicaux qu’on pouvait être amené.es à entendre ou à utiliser », se souvient-elle. Cette formation aujourd’hui n’est plus requise. Les aide-ménagères ne sont pas non plus formé.es sur les différentes pathologies qui peuvent être rencontrées. « Ce n’est pas bien ! Aide-ménagère sociale ce n’est pas seulement faire du nettoyage. Il y a un rapport à l’humain, à la maladie et certaines personnes ne savent pas comment réagir ou quoi dire et se sentent bloquées », déplore-t-elle.

Si la professionnelle assure qu’elle n’a ni de peur, ni de gêne, encore moins de pitié face à la maladie, elle reconnait que certaines pathologies sont plus difficiles à gérer. C’est notamment le cas d’Alzheimer. « Tout d’un coup il y a un changement de réaction chez les personnes. Parfois, ça peut être même cocasse et il faut faire attention à ne pas trop rigoler », explique-t-elle.

Déborah Magy se souvient de cet homme qui soudainement a baissé son pantalon pour se tripoter. Voyant qu’elle ne pourrait pas le rhabiller, elle a finalement décider de sortir de la pièce en attendant qu’il se calme. « Ça c’est pour le côté cocasse. Mais par exemple il faut faire attention à toujours fermer la porte et les fenêtres que pour la personne ne s’enfuit pas », explique-t-elle.

Ainsi, Déborah Magy a appris à connaitre ses bénéficiaire.es et à savoir comment réagir selon les situations. Heureusement, elle peut également compter sur l’assistante sociale pour l’épauler dans les cas les plus compliqués. Comme avec cet homme qui l’insultait à chaque fois qu’elle y allait. « Il était paralysé et ne supportait pas sa situation. Les infirmières pleuraient chez lui. Jusqu’au jour où je lui ai dit qu’il ne devait pas parler comme ça et il m’a hurlé de fermer ma gueule. L’assistante sociale est venue et on est parti en disant qu’on ne reviendrait plus ».

Huit heures par jour pour 30 minutes de pause

Le métier d’aide-ménagère sociale n’est pas simple tous les jours, assure Déborah Magy. Aussi bien sur le plan psychologique que physique. La professionnelle travaille huit heures par jour avec seulement trente minutes de pause, dont quinze pour le déplacement. « Comme je suis à vélo, parfois j’arrive sans avoir mangé chez les bénéficiaires. Certain.es nous laissent le temps d’avaler notre tartine, puis il y en a qui aime manger avec nous donc on prend quinze minutes, on papote, on boit un petit café et après on se met en route. Mais il y en a aussi qui veulent qu’on commence tout de suite à 12h30 », explique-t-elle.

En plus du rythme soutenu, il y a aussi la fatigue physique. Après cinq de travail au sein de l’ADMR, Déborah Magy a décidé de prendre les choses en main. « J’ai commencé à avoir des bobos à droite à gauche puis je me suis dit que je devais faire attention à mon corps », explique-t-elle. Ayant pratiqué la danse classique pendant des années, elle a toujours été habituée à faire du sport. Encore aujourd’hui elle fait du Yoga et de la natation. « C’est utile pour mon travail car si on est raide et qu’on a peur, même un petit dérapage peut mal tourner », assure-t-elle. Malgré tout ça, l’aide-ménagère a dû être arrêtée pendant trois mois l’an passé à cause d’une chute dans l’escalier. « Les tendons se sont arrachés. Ça fait mal, oui... ».

Madame Prévention

Toujours dans un objectif de prévention, Déborah Magy aime se tenir informée sur le matériel et les astuces pour éviter les douleurs au dos, aux genoux, aux épaules, etc. Au point qu’on la surnomme désormais Madame Prévention. « Un ami kiné m’avait dit d’aller à l’école du dos où on peut apprendre beaucoup de choses. Ils ont aussi sorti un livre que j’ai toujours avec moi. Il y a des petits trucs bêtes auxquels on ne pense pas comme un petit marche pied pour pas faire trop d’extensions, par exemple ».

Enfin, la prévention passe aussi par une bonne utilisation des produits et la connaissance des dangers liés aux tâches que les professionnel.les peuvent effectuer ou non. « Par exemple, on n’est pas censé toucher les excréments d’animaux car ça peut être dangereux pour la santé. Avec les chats, il y a notamment le risque de toxoplasmose ». Et l’aide-ménagère de rebondir : « C’est pour ça que les formations devraient être obligatoires. On travaille avec des personnes très malades donc il faut être méticuleux ».

« On devient un peu plus humble »

L’autre qualité essentielle pour exercer ce métier, selon Déborah Magy, c’est la motivation. « Il faut être motivé.e pour nettoyer et éclaircir une maison parce que parfois c’est catastrophique », explique-t-elle en toute transparence. Le cas le plus dramatique qu’elle ait connu était ce couple de fermiers qui vivaient au milieu d’animaux et de leurs excréments. « Avec eux on n’a rien pu faire. On ne se rend pas compte que certaines personnes vivent dans des taudis et ça peut aller très vite ».

Pour Déborah Magy, on ne peut pas devenir aide-ménagère par défaut. Elle, en tous cas, aime son métier et encourage à le faire. « C’est sûr que si on pense qu’on va seulement nettoyer ce n’est pas attirant mais ce n’est pas que ça », répète-t-elle. Et de conclure : « On tombe sur des gens géniaux. On apprend plein de choses et on devient un peu plus humble aussi. Puis aider les gens c’est juste... waouh ».

Caroline Bordecq

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