Mémoires/TFE

Qu’en est-il de la solidarité familiale face à un parent vieillissant ?


Discours de présentation pour ma défense orale :
------------------------------

Mon travail de fin d’études s’intitule : « Qu’en est-il de la solidarité familiale face à un parent vieillissant ? ».

C’est au sein du CPAS de Morlanwelz, dans le service d’aide aux familles et aux personnes âgées que j’ai effectué mon stage de troisième année.

À travers celui-ci, j’ai été interpellée par le fait que bien souvent, le maintien à domicile est plus facilement envisageable si la personne âgée dépendante a autour d’elle des aidants proches, tels que la famille, les voisins, les amis, …

Lors de mes visites à domicile, de nombreuses personnes âgées semblaient pourtant souffrir du peu d’aide et du peu de contact qu’elles recevaient encore de la part de leurs enfants.

En effet, de nombreuses évolutions de sociétés ont impacté les mentalités, ce qui pourrait laisser croire que la solidarité familiale a diminué …

Ces facteurs sont :
- Que la famille comporte de plus en plus de générations. Elles sont dites coincées, sollicitées tant par les ascendants que par les descendants.
- Que la famille compte aussi moins de membres, donc moins de personnes auxquelles on peut faire appel en cas de besoin.
- Que la société est de plus en plus individualisée et la famille de plus en plus vulnérable.
- Que les femmes, qui étaient au centre de la solidarité familiale, travaillent désormais en grand nombre à l’extérieur des foyers. Elles sont donc moins disponibles pour des tâches familiales.
- Enfin, que la cohabitation intrafamiliale se fait également plus rare et on accorde beaucoup plus d’importance qu’auparavant à l’intimité et à l’autonomie de chaque cellule familiale. Ce sont d’ailleurs parfois les personnes âgées elles-mêmes qui refusent la solidarité familiale. Elles revendiquent leur besoin d’autonomie et refusent de se vivre comme un fardeau pour leurs proches.

Toutefois, j’en suis tout de même arrivé à la conclusion que la solidarité familiale n’avait pas forcement diminué : elle a surtout changé de forme.

Les sentiments de devoir et d’obligation morale sont petit à petit remplacés par l’importance de l’affectif et du choix. La solidarité familiale n’est plus vue comme inconditionnelle : on réfléchit d’abord à son histoire familiale et à ses disponibilités.

Mes recherches sur le thème de la solidarité familiale m’ont permis de me rendre compte de l’importance de la cellule familiale. En effet, son rôle ne se réduit pas à des échanges affectifs : la famille garde une fonction instrumentale favorisant le maintien à domicile de nos ainés.

En m’intéressant à l’aide informelle, j’ai voulu reconnaitre et valoriser l’aide apportée par les aidants proches. Leur affection, leurs visites et les tâches de la vie quotidienne qu’ils aident à accomplir représentent autant de facteurs facilitant un maintien à domicile réussi.

Pour répondre à ma question de départ (« Qu’en est-il de la solidarité familiale face à un parent vieillissant ? »), je me suis aussi intéressée au phénomène « vieillesse ». Généralement, lorsqu’on en parle, c’est malheureusement pour y voir un problème ...

La vieillesse et la dépendance renvoient bien souvent à l’image d’une dévalorisation aux yeux de la société et le vieillissement de la population à un fardeau social ingérable pour les jeunes générations et à un déséquilibre pour les finances publiques ...

Derrière la solidarité familiale, il peut donc y avoir des visées politiques. La famille rend service gratuitement, la tentation peut alors être grande de transférer sur elle des tâches jusqu’alors assurées par la communauté.

Toutefois, selon moi, la solidarité familiale doit surtout être vue comme un complément et non comme un axe premier. La solidarité familiale doit être envisagée uniquement si des services existants permettent qu’elle soit librement choisie et agréablement vécue.

Il n’y a pas que des aidants qui vivent complètement bien ou complètement mal la relation d’aide. Les contraintes et les satisfactions s’entremêlent souvent dans la même situation. Deux points me semblent essentiels pour que l’aide soit bien vécue par le proche.

D’une part, il doit y trouver du sens. D’autre part, l’aide ne doit pas menacer son équilibre de vie.

Toutes mes recherches m’ont amenée à repenser le rôle du service de maintien à domicile. En effet, certaines situations m’ont frustrée en constatant le manque de temps consacré aux bénéficiaires, le manque de relais avec les aidants proches et le manque d’intégration des aides familiales dans le travail social.

Selon moi, le service de maintien à domicile devrait aller au delà de la rencontre des bénéficiaires une à deux fois par an. De nombreuses situations mériteraient qu’on s’y attarde plus longuement. En y consacrant davantage de temps, de nombreuses demandes implicites peuvent se révéler.

Par ailleurs, certains bénéficiaires n’ont pas de réelles problématiques et pourraient être redirigés vers les titres-services.

En tant que future assistante sociale, j’aimerais pouvoir donner une place plus importante aux aidants proches. Il serait nécessaire de complémenter véritablement leurs rôles à celui des aides familiales. Les aidants proches nous donnent déjà une quantité d’informations utiles. Nous devrions aller encore plus loin en les incluant dans nos entretiens et en allant plus fréquemment à leur rencontre.

Les aidants proches ont besoin qu’on reconnaisse leur investissement. Ils ont également besoin qu’on leur donne une place dans le plan d’aide à réaliser afin de ne pas les déposséder totalement de leurs compétences. Un Arrêté du Gouvernement wallon évoque déjà l’aide aux aidants proches. Toutefois, il me semble que cet aspect est avant tout symbolique car il y a de nombreuses améliorations possibles.

La mission de l’aide familiale doit s’exercer en étroite collaboration avec la famille et/ou l’entourage. Or, on ne travaille pas assez en réseau avec les familles. Nous devrions être plus disponibles pour elles, leur proposer de l’aide et assurer un réel accompagnement. Nous devons valoriser les solidarités familiales, voir même essayer de les élargir. Toutefois, on se doit d’être présent pour reconnaitre les difficultés des familles. Elles doivent pouvoir se sentir soutenues pour pouvoir admettre leurs limites, les exprimer et apprendre à les respecter lorsque l’aide devient trop lourde.

Il serait également intéressant de favoriser l’existence d’ASBL soutenant les aidants proches via notamment les groupes de paroles, les soutiens psychologiques et autres.

Lors de mon stage, j’ai pu entretenir des relations privilégiées avec les aides familiales. Grâce à mon statut de stagiaire, elles me considéraient comme une collaboratrice et voyaient en moi un réel soutien.

Cela n’était pas le cas avec les assistantes sociales : elles les considéraient comme des supérieures hiérarchiques à craindre. En cas de difficultés, elles ne se sentaient pas soutenues et, à force, certaines ne voyaient plus l’intérêt à se confier.

Selon moi, les aides familiales ne sont pas assez intégrées au travail social. Les réunions sont trop courtes et servent davantage à distribuer les horaires plutôt qu’à interagir ensemble. Il serait également intéressant d’effectuer les enquêtes de révision lorsque les aides familiales sont présentes au domicile des bénéficiaires. On pourrait aussi établir plus fréquemment avec elles un bilan de la situation en incluant l’entourage et les autres professionnels de la santé. Les aides familiales ont besoin d’être valorisées et leurs compétences doivent être reconnues par les assistantes sociales.

Je tiens à conclure en mettant en évidence un autre type de solidarité envers les personnes âgées. Il me semble intéressant à développer pour pallier à une solidarité familiale fragile ou impossible. Il existe une certaine tendance dans notre société, celle de concevoir des projets intergénérationnels non intra familiaux. Par exemple, la cohabitation entre diverses générations où chacune y trouve des avantages. Ces projets valorisent les personnes âgées et créent des liens sociaux. Les ainés participent alors au vivre ensemble : la vieillesse n’est plus considérée comme une « mort sociale ».

--------------
Note obtenue pour mon TFE : 17/20


Auteur

Vandamme Sylvie

Email :
Etudes : Assistant social
Etablissement : HELHA Charleroi
2011, 92p.

Thème : Seniors & aînés
(enregistrement le 19/08/11)

« Retour

Publier une annonce

Pour présenter votre mémoire sur guidesocial.be, suivez le lien suivant :

publier une annonce

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies.   J'accepte   En savoir plus