Et si les quartiers aisés avaient aussi besoin de travail social ? L'expérience menée par 1km² à Ixelles
Les quartiers favorisés sont rarement associés aux enjeux du travail social. Pourtant, l’isolement et la solitude y prennent aussi racine. À Ixelles, dans le quartier Châtelain-Lepoutre-Brugmann, le projet 1km² rassemble des seniors et des adolescentes du foyer Lilla Monod autour d’ateliers créatifs pour recréer du lien, faire tomber les préjugés et explorer ensemble une question universelle : qu’est-ce qu’être chez soi ?
1km² Édition 2026 : les 1001 façons de concevoir le chez-soi
« Notre monde se polarise. On débat entre convaincus, on consomme ce qui nous ressemble, on évite ce qui nous dérange. Et si la solution était de créer des espaces où l’on se découvre, s’écoute, s’inspire ? C’est la mission du Laboratoire avec 1km² », lance d’emblée l’ASBL.
L’art et les médias pourraient être des outils puissants pour tisser du lien et dépasser les préjugés. Mais en réalité, ils renforcent souvent les inégalités : certain·e·s n’y ont pas accès, d’autres y sont stéréotypé·e·s ou invisibilisé·e·s. 1km² est né de cette urgence : utiliser la puissance des médias et de la culture pour encourager des rencontres qui changent les regards.
Concrètement : pendant six mois, des habitant·e·s d’un même quartier qu’a priori tout éloigne se rencontrent à travers des ateliers créatifs. Les publics explorent des richesses artistiques de leur quartier et en créent un souvenir média. Cette année, c’est l’exposition The House du centre de photographie Hangar qui a défini le fil rouge de l’édition 2026 : les 1001 façons de concevoir le chez-soi. Que signifie être chez soi ? Pour les ados de Lilla Monod, délocalisées et en chemin vers l’indépendance, la question peut effrayer mais est remplie de promesses. Pour les pensionnées, le chez-soi est tissé d’une vie entière de souvenirs et parfois d’un au revoir à sa propre maison. Différents regards, plusieurs histoires, une même question. De quoi susciter des réflexions, des émotions, des échanges et c’est précisément là l’idée.
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Briser la solitude, 1km² à la fois
Depuis la pandémie, la Belgique est le pays d’Europe occidentale où le sentiment de solitude chez les aîné·e·s a le plus augmenté. Et contrairement aux idées reçues, ce phénomène ne s’arrête pas aux quartiers défavorisés économiquement. En Belgique, parmi les personnes entre 60 et 85 ans, 32 % sont faiblement isolées et 23 % vivent dans un grand isolement social. Au-delà du bien-être individuel, la solitude est un vrai enjeu de santé publique : elle diminue l’espérance de vie en bonne santé et entraîne un recours accru aux soins.
Le quartier Châtelain-Lepoutre-Brugmann est un quartier où les seniors sont particulièrement les isolé·es car le tissu associatif y est particulièrement pauvre. C’est pour répondre à cet enjeu que la Fondation Clauwaert (Fondation Roi Baudouin) et le CPAS d’Ixelles ont demandé à l’équipe d’1km² d’intervenir là, spécifiquement dans le cadre du programme Projets Dentelle.
« Le Projet DENTELLE est un incubateur de liens pour seniors ixellois. Pour collaborer avec les adultes âgés de l’ouest d’Ixelles, une collaboration avec le Laboratoire.be nous semblait une évidence ! Leur méthodologie impactante associée à leur créativité intergénérationnelle nous promettent de belles rencontres humaines, qui sont bien parties pour se prolonger. » Agathe Moreau responsable du projet Dentelles.
Un modèle d’innovation sociale réplicable à l’infini
Cette édition 2026 se distingue par une démarche particulièrement innovante : plutôt que de s’appuyer sur des structures existantes (maisons de repos, centres de jour…), l’équipe d’1km² est allée chercher les seniors directement là où ils et elles vivent leur quotidien : à la pharmacie, chez le coiffeur, au bar, au scrabble du dimanche, même à la messe. En empruntant les codes du marketing pour se glisser dans les habitudes de vie des habitant·e·s, le projet atteint des personnes qui, sans cette approche, seraient restées invisibles.
« Après un pilote d’1km² en 2023 et le déploiement dans 3 quartiers en 2024 rassemblant près de 300 participant·e·s de tous secteurs (éducation, handicap,...), nous avons travaillé à la consolidation du modèle en 2025 grâce à une équipe de professionnelles de terrain et d’expertes en pédagogie. Cette édition 2026 est la preuve qu’1km² est une formule qui s’adapte aux problématiques de tous les territoires et de tous les publics. C’est réplicable à l’infini », explique Emilie Vervust la fondatrice du projet.
Dans les coulisses d’1km² : une méthode, mille surprises
Lors de leur première rencontre, pensionnées et jeunes filles du foyer Lilla Monod se sont découvertes à travers les photos de leurs téléphones. Puis, par binôme, l’une choisissait une photographie d’art contemporain et la décrivait à l’autre qui devait la peindre sans la voir. Une façon ludique d’apprendre à parler d’art, mais d’apprendre à s’écouter.
« Au fil des séances, le fil rouge du chez-soi s’est tissé de mille façons inattendues. Lors de la visite de l’exposition The House au Hangar, les jeunes filles du foyer n’avaient pas envie ou pu venir. Réaction ? Pas de culpabilisation : l’équipe des seniors a décidé d’organiser un souper sur place. Dianna, la Vénitienne a cuisiné un trio de pâtes digne des grandes cheffes ! Nous avons écouté les extraits audio enregistrés avec les seniors lors de la visite de l’exposition et les ados y ont réagi. Grâce aux médias, l’expo est sortie de ses murs, et les 1001 façons de concevoir le chez-soi, ce soir-là, se sont construites autour d’une table. »
« L’art et les médias nous permettent d’évoquer le quotidien, les situations de vie,… et le cadre bienveillant et sécurisant d’oser être vulnérable et d’exprimer ses émotions. Et les émotions c’est universel. Tout le monde a déjà eu peur, s’est senti·e seul·e,.. C’est là qu’on trouve nos points communs et que le partage se passe. » Emilie Vervust, fondatrice d’1km²
Même dans les beaux quartiers, tout le monde a son rôle à jouer
1km² ne fonctionne pas en solo. Le projet mobilise des acteurs locaux du public et du privé, convaincus qu’une société plus solidaire se construit ensemble. Cette édition en est la preuve : l’hôtel JAM a ouvert ses portes au projet avec une générosité qui dit beaucoup sur ce que peut faire un acteur privé quand il choisit de s’engager dans sa communauté. BXFM accompagne les ateliers radio. Hangar a ouvert ses espaces et son expertise. Ensemble, ils ont rendu possible ce que ni l’un ni l’autre n’aurait pu faire seul. Changer le monde, km² par km², ça se fait ensemble, pointe l’ASBL.
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La fin de l’aventure se fête... autour d’une piscine
L’aventure s’est conclu le 6 juin par une pool party au JAM Hotel. Mais pour certaines, elle ne se termine pas vraiment. Alina 13 ans, rejoint désormais l’atelier de peinture de Catherine un lundi sur deux. Nadia devient la maquilleuse attitrée de Marie-Carmen sur ses événements privés. Quant aux seniors, elles ont échangé leurs numéros pour aller boire des cafés au Supra Bailly. Françoise, l’une d’elles résume mieux que quiconque l’expérience : « C’est vraiment génial, ça gonfle mon coeur et me change de l’ordinaire ! Tout le monde devrait pouvoir vivre ce genre d’expériences ! J’ai surtout le désir que cela ne s’arrête pas ! »
Le site de l’ASBL Le Laboratoire, c’est ICI.


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