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Ligue des familles : « Un bénévole, ce n’est pas de la main-d’œuvre gratuite ! »

04/09/26
Ligue des familles : « Un bénévole, ce n'est pas de la main-d'oeuvre gratuite ! »

2026 a été proclamée Année internationale des Volontaires par l’ONU. À cette occasion, MonASBL.be, en collaboration avec la Plateforme francophone du Volontariat, part à la rencontre d’ASBL pour questionner la place du bénévolat, ses évolutions et ses défis. Première à se prêter au jeu : la Ligue des familles, qui compte quelque 600 bénévoles. Sa directrice générale, Madeleine Guyot, nous partage son expérience et ses bonnes pratiques.

Le bénévolat change. Les profils évoluent, le temps disponible se réduit et les façons de s’engager ne sont plus les mêmes qu’il y a 10, 20 ou 50 ans. Dans le même temps, les ASBL doivent composer avec des moyens de plus en plus serrés. Une équation qui pose une question essentielle : comment continuer à faire vivre le volontariat sans en faire une main-d’œuvre de substitution ?

Pour dépasser les constats et voir comment les associations s’adaptent concrètement, MonASBL.be est allé à leur rencontre. Premier arrêt : la Ligue des familles. Avec quelque 600 bénévoles aux côtés de 65 travailleurs, l’association a de quoi partager son expérience. Comment garder le lien avec un réseau aussi large ? Comment s’adapter aux nouvelles manières de s’engager ? Combien de temps et de moyens faut-il y consacrer ? Et surtout, quelles pratiques fonctionnent vraiment ? Madeleine Guyot, sa directrice générale, nous répond.

Pour aller plus loin : « Le bénévolat doit rester un moteur d’inclusion, de créativité et de lutte… pas de la main d’œuvre gratuite ! »

« Certains projets ne pourraient tout simplement plus continuer »

MonASBL.be : 600 bénévoles font aujourd’hui vivre la Ligue des familles. Concrètement, que font-ils au sein de l’association ?

Madeleine Guyot : Nos bénévoles sont actifs dans plusieurs pôles. L’un des plus anciens, toujours très actif aujourd’hui, est celui des relais locaux. Partout en Fédération Wallonie-Bruxelles, des bénévoles organisent des activités au nom de la Ligue des familles : bourses aux vêtements, bébés-rencontres, activités en piscine…

Nous avons ensuite un autre projet très important : le Prix Bernard Versele, notre prix de littérature jeunesse. Environ 300 bénévoles s’y investissent tout au long de l’année. Ils participent aux comités de sélection, lisent les nouveautés en littérature jeunesse et sélectionnent les ouvrages qui seront ensuite proposés dans les écoles. Grâce à leur engagement, près de 40.000 enfants peuvent découvrir ces livres et voter pour leurs préférés.

Plus récemment, nous avons lancé CABANE, un projet d’accompagnement solidaire destiné aux familles monoparentales. Le principe est de mettre en relation un bénévole adulte avec un enfant afin qu’ils puissent partager des activités en dehors du domicile familial.

Notons encore, ces bénévoles qui s’investissent également dans nos cours de français langue étrangère.

MonASBL.be : On comprend qu’ils sont présents un peu partout. Si demain ces 600 bénévoles n’étaient plus là, que se passerait-il concrètement pour la Ligue des familles ?

Madeleine Guyot : Si demain tous nos bénévoles nous quittaient, nous serions contraints de cesser certaines activités. Ce serait notamment le cas du Prix Bernard Versele, car nous n’avons tout simplement pas les ressources humaines suffisantes pour remplacer cette véritable toile d’araignée que les bénévoles ont construite au fil des années. Ils ont créé autour de ce projet une communauté très forte, avec des liens qui vont parfois au-delà de ceux que peuvent créer les travailleurs d’une structure.

Nous devrions également arrêter les activités de nos relais locaux, avec pour conséquence une présence et une visibilité moindres sur le territoire de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Certains de nos projets ne pourraient donc tout simplement plus continuer sans nos bénévoles.

MonASBL.be : Quand on dépend autant de l’engagement bénévole, quel est aujourd’hui le plus grand défi : parvenir à recruter de nouveaux bénévoles ou réussir à les fidéliser ?

Madeleine Guyot : J’ai envie de dire : ni l’un ni l’autre. Le principal défi pour la Ligue des familles, c’est surtout de mieux comprendre le profil de nos bénévoles, car celui-ci a beaucoup évolué au fil des années. Aujourd’hui, ils ne s’investissent plus nécessairement de la même manière qu’auparavant et nous devons davantage co-construire avec eux. Quelles sont leurs envies ? Quelles sont leurs disponibilités ? Peut-on imaginer des projets qui ne nécessitent pas un engagement continu, mais permettent de s’investir plus ponctuellement ? Notre grand défi est donc de mieux connaître nos bénévoles et de nous adapter à leur réalité.

Je pense que cette évolution est aussi liée à l’histoire de la Ligue des familles. L’association s’est construite sur un très important réseau de bénévoles. Il y a 60 ou 100 ans, les questions familiales et l’éducation des enfants reposaient principalement sur les mères. Beaucoup de femmes au foyer pouvaient alors consacrer une partie de leur temps à un engagement bénévole – avec, à l’époque, l’autorisation du mari.

Aujourd’hui, la réalité est évidemment très différente. Les personnes susceptibles de s’investir autour des questions familiales sont souvent elles-mêmes des parents et, dans la majorité des familles, les deux parents travaillent. Le temps qu’ils peuvent consacrer au bénévolat est donc beaucoup plus limité qu’auparavant. Il faut donc s’adapter à l’évolution de la société, qui a forcément un impact sur la disponibilité des bénévoles.

Lire aussi : Ces techniques secrètes pour recruter des bénévoles et les fidéliser au sein de votre ASBL

« Ce n’est pas de l’esclavagisme : il faut donc aussi pouvoir investir »

MonASBL.be : On entend pourtant encore souvent qu’un bénévole « ne coûte rien » à une association. C’est un mythe ?

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