Les études en soins infirmiers délaissées à cause du Covid ?

Les études en soins infirmiers délaissées à cause du Covid ?

Le personnel en soins infirmiers traverse une période délicate. Le métier est en pénurie, les conditions sont rudes, les horaires difficiles et la crise sanitaire ne fait qu’empirer les choses... Pour les spécialistes, cela ne peut plus continuer ainsi.

“On est toujours les parents pauvres des soins de santé. L’absence de valorisation salariale et de reconnaissance de la pénibilité du métier n’incite pas les jeunes à s’engager dans un cursus de soins infirmiers”, déplore Aurore de Wilde, infirmière et présidente de la Fédération des infirmières indépendantes de Belgique (FNIB), dans Le Soir +. Le personnel infirmier est unanime : la profession souffre d’abord d’un manque de considération flagrant de la part des politiques. “Cela fait des années qu’on interpelle les politiques pour leur faire comprendre que s’ils ne rendent pas le métier plus attrayant, il va y avoir une pénurie”, poursuit-elle.

Les chiffres le confirment : les métiers d’infirmières et d’infirmiers généralistes et de service spécialisé sont placés en situation de “pénurie” par le Forem. Le terrain aussi : les étudiants en médecine de l’université de Liège ont été dépêchés en urgence lors des deux premières vagues pour pallier le manque de personnel déjà criant du service des soins intensifs du CHU de Liège. “Cette situation témoigne de la difficulté face à laquelle nous sommes. Notre rôle se veut complémentaire, pour alléger la charge de travail du personnel infirmier. Néanmoins, cette opportunité donnée aux étudiants en médecine est formatrice, elle permet de mieux comprendre le travail essentiel que réalise le personnel infirmier”, annonce Christian Clerebaut, président de la Fédération des étudiants de l’Uliège, au Soir +.

Un métier qui n’attire plus !

Les chiffres du réseau de l’enseignement catholique montrent une diminution évidente du nombre d’inscriptions en bachelier “soins infirmiers responsables de soins généraux” : le réseau Fedesuc, constitué de plusieurs hautes écoles de soins infirmiers en Belgique francophone, est passé de 1992 inscriptions en première année en 2015-2016 à 1491 en 2019-2020. Néanmoins, “les inscriptions ont l’air de se stabiliser”, annonce Céline Dury, directrice de la Haute école de Namur-Liège-Luxembourg (Hénallux), au Soir + “mais il faut attendre de voir les effets de la crise sanitaire sur cette pénurie”. L’Académie de recherche et d’enseignement supérieur (ARES) confirme cette tendance à la baisse : il y avait, en 2019, 700 inscriptions en bachelier en moins qu’en 2014.

La crise sanitaire a donc aggravé encore un peu plus les conditions de travail des infirmiers et rend le métier encore plus difficile et éprouvant. “Je pense que les étudiants, lorsqu’ils voient tout ce qui se passe dans l’actualité, n’auront pas envie de commencer des études d’infirmiers”, suspecte Aurore De Wilde. Le métier est de moins en moins attractif et les conditions actuelles (manque de moyens, horaires exigeants) laissent des traces : la santé mentale des infirmiers est mise à rude épreuve. Elle tire la sonnette d’alarme : “Je suis appelée par de jeunes diplômés qui ont déjà deux ou trois ans de métier, et qui me disent qu’ils sont complètement dégoûtés, qu’ils vont faire autre-chose. Ils changent complètement d’orientation, ou décident de faire un master de spécialisation en santé publique, ou de la délégation pharmaceutique. Parce qu’ils en ont ras-le-bol".

- Lire aussi :Une année de pandémie : témoignage d’un infirmier en psychiatrie

L’allongement des études nuit aussi à l’attractivité du métier

Le passage du bachelier de 3 à 4 ans d’études depuis 2016 pourrait également expliquer la pénurie d’infirmiers : “La mise en œuvre de ce programme a certainement eu un impact, avec des incertitudes liées au changement et au niveau d’exigence supplémentaire”, suggère Céline Dury. “C’est un élément qui peut freiner les futurs étudiants. Cette année n’est pas valorisée, elle est considérée non pas comme une année de master, mais comme une quatrième année de bachelier”, rajoute Laurie Debouver. Cependant, cet allongement du temps d’étude pourrait aussi bien s’avérer révélateur : “Cette quatrième année agit comme un filtre pour ne garder que les étudiants réellement motivés. Je pense que quelque part, cela recrédibilise la profession, et apporte un bagage de connaissances supplémentaires aux étudiants”, note Henry.

La revalorisation salariale reste en revanche au cœur du débat : “Vous faites quatre ans d’étude, et ce n’est pas considéré comme un master. Si l’étudiant décide de faire une cinquième année de spécialisation et un master, il arrive facilement à sept ans d’étude, ce n’est pas si différent d’un médecin. Ce n’est évidemment pas la même responsabilité, mais au niveau du salaire, il y a un écart financier qui n’est pas logique”, déplore Olivier Gendebien, président de l’Association belge des praticiens de l’art infirmier. Là encore, la balle est renvoyée dans le camp des politiques...

Jouer sur la forte demande de main d’œuvre

Pour faire face à la pénurie, des solutions existent. Elles sont proposées par le FOREM, associé à l’instance de formation IBEFE. Le secteur ayant besoin de main d’œuvre, les deux structures mènent des campagnes de sensibilisation destinées aux jeunes et aux personnes en reconversion professionnelle : “On fait beaucoup de publicité sur le travail incroyable que font les infirmiers et les infirmières au quotidien. On essaye de rappeler aux demandeurs d’emploi et aux futurs étudiants que, même si c’est un métier qui peut paraître pénible par certains aspects, c’est aussi un métier d’avenir”, souligne Thierry Ney, porte-parole du FOREM. De son côté, le secteur infirmier se mobilise également pour apaiser les tensions et étudie des pistes durables : “On réfléchit à comment améliorer le bien-être dans les équipes. Certains employeurs essaient d’adapter les horaires, de mettre en place des services de remplacement”, révèle encore Olivier Gendebien. “On a proposé aux politiques un système qui fonctionne par petits modules, pour les étudiants qui souhaitent travailler après la quatrième année. Ils pourraient ainsi commencer à gagner leur vie tout en continuant à se spécialiser en alternance”.



Commentaires - 1 message
  • En plus de tous ce problèmes rencontrés , les écoles d'infirmièrs cassent leurs élèves avec des taux d'échec de plus de 70% , je parle par expérience et pour avoir vécu. La première année en soins infirmiers l'école a affiché un taux d'échec qui décourage bien plus que la moitié des élèves, du coup beaucoup abandonneent , ceux qui persiste doivent compter entre 6 et 7 ans avant d'avoir leur diplôme en poche. Découragent....

    Mdo dimanche 16 mai 2021 13:45

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